Les comptes du lapin vert d'après Benjamin Rabier.
Interprétation, Chloéorie, Réalisation, Patrick Martinez-Bourna.
Un mauvais caractère.
Une oie qu'on appelait Gertrude avait un bien mauvais caractère.
Elle ne souffrait ni observation, ni moquerie, ni contradiction.
Ce promenant un matin dans la campagne, elle croisa un lapin qui l'apostrofa en ses termes.
Bonjour Gertrude au mauvais caractère!
Gertrude, indigné, fondi sur Janon.
Celui-ci, beaucoup plus leste qu'elle, eut vite atteint son terrier et disparu sous terre.
Mais le lapin avait compté sans la longueur du coup de Gertrude.
L'oie, à l'accueillir le petit rongeur au fond de sa demeure
et le ramena à la lumière en le tirant par une oreille.
Janon fut obligé de demander pardon à loi.
C'est à cette condition seule qu'elle rendit la liberté à sa victime
et qui alla raconter l'aventure à ses parents
et pleura à chaud de l'arme son oreille meurtrie.
« Nous te vengerons, Janon! » dit le père à son rejeton.
Un soir que Gertrude reganniait la ferme, elle rencontra, sur son chemin, le canard Alfred.
Celui-ci, d'humeur facécieuse, se mit plaisamment à imiter la démarche lente
et incertaine de loi et à contrefaire son grognement habituel.
La pourpre de l'indignation monta au visage de Gertrude.
Loi, bondi sur Alfred, lui encerra le cou dans ses pattes
et, battant des ailes, le souleva de terre.
Gertrude traîna son fardeau à travers chemins et prairies pendant un bon quart d'heure.
Finalement, apercevant sous les fenêtres du teinturier un baquet rempli de teinture noire,
elle laissa choire sa victime dans le récipient en lui disant,
« Voilà de quoi t'éclaircir les idées! »
Alfred sortit du baquet noir comme la conscience d'un voleur de grand chemin.
Poussant des coins-coins plaintifs, il regagna, clopin-clopin,
l'affaire hospitalière en laissant la marque de ses pas sur le chemin poudreux.
Quand Alfred parut, pas un de ses amis ne voulu le reconnaître.
Ce ne fut qu'après d'amples explications sur son aventure
que le canard pu imposé son identité.
Un pauvre petit chat, qui ne s'était pas excusé en passant de Vangertrude,
fut saisi par celle-ci et traînait jusqu'à la rivière où elle le précipita.
Le pauvre chat, sous les yeux de sa mère attirée par ses cris, faillit se noyer.
Fort heureusement pour lui, l'eau était peu profonde
et il réussit à sortir de la rivière sain et sauf.
La maman du chat, le lapin jano et le petit canard noir-ci,
allaient retrouver Briffaud, le chien de la ferme,
et lui firent le récit des cruautés malfaisantes de Gertrude.
« Vangez-nous ! » s'écrièrent les trois plaignants.
« Comptez sur moi ! » dit le chien, qui se rendit à la ferme
et déroba dans la pharmacie un petit flacon d'opium
dont il versa quelques gouttes dans la pâtée de Gertrude.
Gertrude, qui ne se doutait de rien, avala goulument sa pâtée
et, sous l'influence du narcotique, s'endormit quelques minutes après
d'un sommeil de plomb.
Briffaud profita du sommeil de Gertrude pour la transporter près du puits
et de la trappe de la cave.
Le chien ferma la trappe de façon à emprisonner et à maintenir les pattes de l'oie,
puis il passa au coup de celle-ci le crochet,
qui servait à suspendre l'un des sauts en bois du puits.
Quant à l'autre saut, plein jusqu'au bord,
il était suspendu dans le vide du puits à l'autre extrémité de la corde.
Ainsi à marrer, le coup de Gertrude supportait un poids d'environ 25 kg.
Ses muscles se détendirent et son coup s'allongera.
Quand le coup de la victime mesura deux mètres de long,
Briffaud rendit la liberté à Gertrude,
qui ne reprit ses sens qu'au bout d'une grande demi-heure.
Quand elle voulait se remettre en marche,
elle ne put soulever son long-colle qui semblait ramper à terre comme un serpent.
Bientôt, reprenant ses forces,
Gertrude put redresser son coup et opérait son entrée dans la ferme.
Lois qui avait un mal de chien à tenir sa tête en équilibre,
dédaignât les colibés et les sarcasmes qui accompagnaient sa marche.
Bientôt, sa tête trop pesante pencha en avant,
Briffaud hupitier de loi.
Il lui rendit le grand service, en faisant un noeud à son grand coup,
de le réduire à des proportions normales.
Depuis l'aventure du puits,
le caractère de Gertrude s'est sensiblement amélioré.
C'est aujourd'hui une loi de commerce agréable et de caractère sociable.