Le grand malade - rediff

Durée: 10m52s

Date de sortie: 21/04/2022

Geoffroy était un peu lourd et personne à l’école ne l’aimait trop. Mais quand une gastro le cloue au lit, il commence à manquer à ses camarades. Alors, Cécile décide de lui apporter ses devoirs...


Crédits : cette p'tite histoire a été écrite par Cécile Rubin. Racontée par Karine Texier et Arnaud Guillou. Mix: Celsian. Générique : Léa Chevrier. Illustration : Camille Sainson.


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Avant d'écouter votre histoire, je dois vous parler d'un endroit mémorable.
Imaginez.
Une maison cachée au cœur d'une forêt de pain, où les branches murmurent des secrets
au vent.
La plage semble s'étendre jusqu'au bout du monde, et des sentiers mystérieux serpentent
entre forêts et océans promettant mis la aventure à pied ou à vélo.
Cet endroit rêvait, c'est Seigneus, et j'ai pu y s'yjourner en réservant sur
AirBnB.
J'y ai passé d'incroyables vacances avec ma compagne, mes enfants et leurs meilleurs
amis.
Chacun avait son petit royaume, sa chambre.
Notre cuisine était comme une grande table de banquets où tout le monde se retrouvait.
Et, se riz sur le gâteau, on avait un jardin parfait pour papoter jusqu'au bout de la
nuit.
C'était un endroit idéal pour déconnecter et construire de super souvenirs pendant les
grandes vacances.
D'ailleurs, si on a fait un aussi bon choix, c'est grâce aux coutures voyageurs sur AirBnB,
qui nous ont permis de piocher parmi les logements que d'autres voyageurs avaient adorés.
Et maintenant, placez à votre petite histoire.
Le grand malade.
Geoff Roy était absent.
Tout le monde a pensé que c'était parce qu'il avait la gastro.
Papa disait que c'était la saison, un peu comme pour les fraises.
Sauf que là, on ne dégustait pas pareil.
Aux informations, on disait sur un ton très sérieux que cette année, c'était une épidémie
jamais vue.
À force de les écouter, j'ai cru qu'une vague de vomi allait recouvrir tout le pays
et qu'on allait être transformé en zombie baveux.
Mieux qu'on n'aurait plus l'école.
Mais on a juste dû prendre des précautions.
Masque, lavage de main, déconvoulé prendre un truc, mais surtout interdiction de jouer
dans la cour.
Ça devait être pour ça qu'à la récré, on avait l'air d'un troupeau de moutons
perdu qui se changeait vite fait en gnome survolté dès qu'il retournait à leur
chaise.
Une chance pour notre maître M.
Girard que Geoff Roy ne soit pas là.
Personne n'a jamais trouvé le bouton pour l'arrêter.
À la récré, il s'incruste toujours pour raconter un truc incroyable.
En classe, il a toujours la main levée en faisant des petits bons sur sa chaise pour
donner une réponse ou poser une question.
Et gare à vous si vous lui répondez parce qu'il en a toujours 1000 autres en réserve.
M. Girard a bien essayé de l'ignorer même quand il est le seul à lever la main.
Mais s'il le fait, Geoff Roy ne peut s'empêcher de prendre la parole.
Alors le maître a mis en place une règle.
Geoff Roy n'a le droit qu'à 5 minutes de parole par heure.
Il a même mis un chronomètre sur son bureau.
Grâce à ça, tous les jours, on a le droit à un joli spectacle.
Un match de catch verbal entre M. Girard, l'ogre du tableau, et Geoff Roy, le moulin
à parole maigrichon.
Forcément, sans lui, l'ambiance n'était plus la même.
Et vingt de gnomes privées de vraies récré n'arrivaient pas à le remplacer.
C'est comme ça qu'on s'est rendu compte que même s'il était lourd, Geoff Roy nous
manquait.
À ma grande surprise, M. Girard nous a appris qu'il n'habitait pas loin de chez moi.
Je me suis tout de suite porté volontaire pour lui apporter ses devoirs.
Je mourrais d'envie de voir où il habite.
Geoff Roy racontait tout le temps que ses parents sont de grands explorateurs, qu'ils
ont écrit plein de livres et fait des reportages pour la télé.
En plus, Geoff Roy n'arrêtait pas de frimer en disant que sa maison était perchée juste
au-dessus de la forêt qui bordent la ville et que depuis sa cabane perchée en haut d'un
vieux chêne, il pouvait voir la nature s'étendre sur des kilomètres.
Avec tout ça, je m'attendais à une villa comme dans les films, avec des colonnes, une
piscine, un jardin qui ressemble à un parc et une piste d'hélicoptère.
Pas à cette maison banale qui était posée au fond d'une allée qui montait tellement
à pic que j'avais l'impression d'escalader une montagne.
Papa a voulu attendre avec moi.
C'était pas la peine, j'étais pas un bébé.
Il m'a laissé en me promettant de revenir dans une heure.
Le portillon a coïné comme dans un film d'horreur.
Pour atteindre la porte, je devais traverser un sentier de terre entouré de hautes herbes,
bien trop immobiles pour être honnête.
J'ai déglutti, fermé les yeux et j'ai foncé tête baissée.
J'ai sonné.
Derrière moi, les herbes ont remué.
Ça grattait le sol.
Ça avait l'air gros.
Mon cœur s'est mis à battre à dix mille à l'heure.
J'ai tambouriné.
La porte s'est ouverte si vite que je me suis étalée dans l'entrée.
Geoffroy m'a aidé à me relever.
Je ne l'avais jamais vu aussi gênée.
Cécile ?
Mais qu'est-ce que tu fais là ?
Je t'ai apporté tes devoirs.
Ah, cool.
J'aurais jamais pensé...
On est presque voisins.
Il s'est mordillé les lèvres, ses yeux allaient et venait de droite à gauche.
Tu m'invites ?
Comment ça ?
Papa ne revient que dans une heure.
Ça me laisse le temps de bien t'expliquer les leçons.
C'est que chez moi, c'est...
Différent de ce que l'on peut imaginer.
T'inquiète.
Ouais.
Papa et maman sont partis depuis longtemps.
Alors bon...
Pas grave, je te dis.
Il s'est détendu et a retrouvé sa petite tête de koala.
Dans l'entrée, ça sentait un peu la vieille valise fermée depuis des années.
Mais en dehors de ça, elle n'avait rien d'extraordinaire.
Un air de musique vieillote flottait dans l'air.
On s'en était loignés pour aller dans la cuisine qui était tout à fait classique.
Tu veux un truc ?
Non, merci.
Attends, j'ai un truc génial à te faire goûter.
Il a sorti une brioche, on a coupé deux tranches,
sur lesquels il a étalé de la pâte à tartiner.
Ce délice est une recette de maman.
Elle l'a découverte avant ma naissance auprès du chef de Palmakba,
une tribue perdue au fin fond de je sais plus quelle forêt.
Et même si c'est moi qui l'a fait maintenant,
je te jure que c'est la meilleure que tu pourras jamais manger.
Sa légende m'a ouvert l'appétit et franchement, il disait la vérité.
Il avait l'air fier de lui.
T'as pas vraiment l'air malade.
Qu'est-ce que tu crois ?
On est solides dans la famille.
Mais le médecin m'a interdit l'école toute la semaine.
Tu veux que je te montre les devoirs ?
Il y a un exercice un peu compliqué.
Au début, j'arrêtais pas de dormir.
J'avais chaud, froid, chaud, froid, et j'ai rempli au moins trois sauts de vomi.
Le premier jour, je pouvais à peine sortir de mon lit tellement tout tournait.
Il a servi deux vers de jus de pomme et m'en attendu un.
Bref, deux jours après, j'étais sur pied.
Du coup, j'ai fini les deux premiers Zelda.
Le premier est vraiment extraordinaire.
T'as déjà joué ?
Et puis j'en ai eu marre.
J'ai regardé la télé, mais comme on n'est pas en vacances,
il y a que des programmes nuls pour faire dormir les personnes âgées.
J'ai voulu sortir, mais j'ai pas eu le droit.
Interdiction du docteur.
Alors j'ai lu plein de BD et revus tous les reportages de papa et maman.
Au moins, t'as raté la dictée de la semaine.
Elle était trop dure.
Tu veux voir ma chambre ? On pourrait jouer.
Tu veux pas voir pour les devoirs ? Je peux pas rester longtemps.
Sa chambre était aussi grande que la mienne,
mais lui avait une vue sur son jardin sauvage.
L'herbe montait jusqu'au rebord de la fenêtre.
Dans un coin, j'apercevais un arbre avec un tronc énorme.
Autour de son bureau, il y avait un mur de livre et de BD.
J'avais l'impression d'être dans un magasin.
Au bout de son lit, sur une espèce de vieux coffre au trésor,
il y avait une antiquité, une petite télée en forme de cube
sur laquelle était branchée un gros boîtier blanc et gris.
Juste à côté, des dizaines de boîtes décolorées
étaient soigneusement empilées.
Qu'est-ce que c'est ?
La première console de papa.
Il y a un jeu de box trop génial.
Tu veux voir ?
Il n'a pas attendu que je réponde, a sorti une grosse cartouche grise
et l'a fourré dans la console.
Il m'a tendu une manette minuscule avec juste deux boutons.
Les graphismes étaient des pâtés de pixels.
On incarnait Little Mac, un petit garçon,
un maigrichon qui voulait devenir champion du monde de box.
Pour y arriver, on devait combattre des tas de boxeurs farfelus.
En fait, c'était comme un jeu de danse.
Tout était une question de rythme.
Il fallait observer les mouvements de l'adversaire, esquiver,
faire attention aux feintes et frapper au bon moment.
On a perdu contre le super champion qui faisait des tourniquets impossibles à éviter.
J'arrive jamais à le battre.
Papa m'a jamais expliqué comment il faisait.
Il va bientôt rentrer ?
Il a fait comme s'il n'avait pas entendu la question.
Il m'a touché l'épaule.
C'est toi le chat, tu ne m'attras pas à pas.
Il a filé comme une flèche.
Pour un ancien grand malade, il était drôlement en forme.
Son réveil affichait 17h27.
Il me restait 23 minutes pour le trouver et lui expliquer ses devoirs.
J'ai commencé par inspecter la pièce d'en face.
Un bureau au mur recouvert de livres, de cartes et d'étagères chargés de biblios.
Au centre, il y avait un bureau où tronnait une map monde gigantesque.
J'ai fait un tour rapide en me retenant de toucher à tout.
Puis, plutôt que de monter à l'étage, je me suis dirigé vers le salon
d'où s'échappait toujours une mélodie vieillote.
Penchée sur une grande table en bois, une vieille dame se frottait le menton,
une pièce de puzzle à la main.
Ses grosses lunettes lui donnaient un air de vieille taupe chiffonné.
Bonjour madame.
Qui c'est ça ? Ah, t'es une amie de Geoffroy.
Oui, je lui ai amené cette voie.
Et t'es toute seule ?
Oui. Enfin non, on joue à chat.
Il t'a eu par surprise, il s'est carapaté, c'est ça ?
J'ai acquiescé.
Son regard délavé s'est éclairé.
Ses rides se sont mises à danser sur son visage pour former un sourire éclatant.
Chat caché, un sacré jeu, non ?
Une invention de son père.
Je sais que ça se fait pas, mais vous pourriez m'aider ?
Il me reste plus beaucoup de temps et je dois lui montrer cette voie.
Oh, il doit être dans sa cabane, dans le vieux chêne.
Merci madame.
C'est bien qu'il est des amis, c'était important pour ses parents.
Le jardin avait l'air d'un gigantesque champ où la nature faisait ce qu'elle voulait.
Il y avait un chemin étroit d'herbe piétinée qui menait jusqu'à un chêne si imposant
qu'aucune tempête n'aurait pu le déraciner.
Il abritait une vraie petite maison suspendue à dix mètres du sol.
L'arbre offrait des tas de prises pour y grimper.
A l'intérieur, j'ai découvert une forteresse de coussin sur laquelle Jofrois ronflait la
bouche ouverte.
En cadrait au mur, huit photos de lui entouré de ses parents et de sa mamie souriant à
pleine dent devant un gâteau d'anniversaire.
Mais pour ses sept et huit ans, il n'y avait plus que lui et sa mamie.
Un rayon de soleil m'a ébloui.
En regardant par la fenêtre de sa cabane, j'ai aperçu un océan de verdure qui s'emblaissait
tendre à l'infini.
Je suis redescendue, j'ai prévenu sa mamie que Jofrois dormait tranquillement dans sa
cabane et que je n'avais pas voulu le réveiller.
Je suis allée dans sa chambre pour déposer ses devoirs en griffonnant quelques conseils
et en lui laissant un petit mot.
Après ça, j'ai salué sa mamie et je suis sortie.
Deux minutes plus tard, papa était là, pile à l'heure.
Je lui ai sauté au cou comme si je ne l'avais pas vu depuis des mois.
Il m'a ébourifé les cheveux.
Ça m'a fait des frissons.
Comment ça s'est passé ?
Il va super mieux.
On s'est tellement amusé que je l'ai invité à venir prendre le goûtet dimanche.

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Crédits : cette p'tite histoire a été écrite par Mathieu Genelle. Racontée par Karine Texier et Arnaud Guillou. Mix: Celsian. Générique : Léa Chevrier. Illustration : Remi Leblond.

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