Avant d'écouter votre histoire, je dois vous parler d'un endroit mémorable.
Imaginez.
Une maison cachée au cœur d'une forêt de pain, où les branches murmurent des secrets
au vent.
La plage semble s'étendre jusqu'au bout du monde, et des sentiers mystérieux serpentent
entre forêts et océans promettant mis la aventure à pied ou à vélo.
Cet endroit rêvait, c'est Seigneus, et j'ai pu y s'yjourner en réservant sur
AirBnB.
J'y ai passé d'incroyables vacances avec ma compagne, mes enfants et leurs meilleurs
amis.
Chacun avait son petit royaume, sa chambre.
Notre cuisine était comme une grande table de banquets où tout le monde se retrouvait.
Et, se riz sur le gâteau, on avait un jardin parfait pour papoter jusqu'au bout de la
nuit.
C'était un endroit idéal pour déconnecter et construire de super souvenirs pendant les
grandes vacances.
D'ailleurs, si on a fait un aussi bon choix, c'est grâce aux coutures voyageurs sur AirBnB,
qui nous ont permis de piocher parmi les logements que d'autres voyageurs avaient adorés.
Et maintenant, placez à votre petite histoire.
Aujourd'hui, car René Arnaud vous vous racontait, la première partie d'une étrange
pluie noire, une histoire écrite par Vero Cazo.
Gratt, gratt, gratt, gratt, gratt.
Depuis que le mariage de sa grande suragate a commencé, Rubi n'arrête pas de se gratter.
Sa mère, qui ne supporte pas les petits bruits énervants comme les machouillages,
les roniflages, les toussotages, les gargouillages et les gratouillages, lui demande sur le champ
d'arrêter et de se tenir tranquille.
J'aimerais t'y voir, c'est très difficile de pas se gratter quand ça grate.
Ça se passe dans ta tête, Rubi.
C'est exactement la même matière que ta salopette préférée.
Mais pour Rubi, peu importe que son vêtement soit en coton, en l'infroissé ou en soi
lavée, ou même en plume d'autruche, poil de sanglier ou peau de bébé, ce n'est
pas la matière qu'il a démange, c'est la contrainte.
La contrainte de porter cette robe de demoiselle d'honneur est de devoir rester assise pendant
des heures.
Car la jeune fille est allergique à deux choses, les robes blanches ridicules et l'inactivité.
Alors elle se gratte en écoutant d'une oreille distraite les adultes raconter des souvenirs
ou des blagues pas drôles aux jeunes mariés.
La plupart des invités ont tenu à participer.
Et il y a beaucoup, beaucoup d'invités.
Comme un signal ou un message d'espoir, Rubi entend un ventre gargouillé derrière
elle.
Et si elle l'entend, on peut être sûr que sa mère l'entend aussi.
Toutes les deux se retournent en même temps vers le ventre coupable.
C'est celui de Melvin, un camarade de classe de Rubi qui a toujours très faim quand il
s'ennuie.
Rubi sait qu'à partir de là, sa mère est trop contrariée pour réfléchir.
La voilà son échappatoire !
« Tu permets que je sorte donner un petit four à Melvin ? C'est gargouillé, dérange
tout le monde ! D'accord, mais juste un petit four, hein.
Vous revenez vite et vous ne touchez à rien.
Promis ! Mais on restera derrière pour ne pas vous déranger.
»
« Merci ma fille ! »
Rubi fait signe à Melvin de venir manger et celui-ci la suit sans hésiter.
Il quitte la cérémonie en se faufilant parmi les nombreux villageois entassés dans
la mairie.
En fin d'or, il respire à plein poumon, bras grands ouverts, comme si ils avaient tous
les deux manqués d'air.
La vallée est calmée, complètement déserte.
Tout le village a été invité au mariage.
De grandes tables ont été dressées dans la prairie avec des nables blanches, des fleurs
et de la belle vaisselle.
Melvin se dirige droit vers les petits fours et la pièce montée.
« Comme elle est belle, tu crois qu'on peut la goûter ? »
« Ah non ! J'ai promis de toucher à rien ! Alors tu prends un ou deux petits fours
et on va jouer ! »
« On ne retourne pas au mariage de ta soeur ? »
« Personne ne le remarquera.
Il fait si beau, j'ai besoin de me déguardir les jambes et de prendre des couleurs pour
compenser cette ville en or blanche.
« Elle est pas blanche, elle est, je dirais, crème chantilly, non, crème pâtissière.
»
« Ah si tu le dis ! Bon, alors à quoi on joue ? Cache, cache, chaparché, saut de boucatin.
« Je préfère rivacier au soleil en surveillant la pièce montée.
« Qu'est-ce que tu veux qu'il lui arrive à la pièce montée ? Elle va pas s'envoler,
hein ? On a au moins deux heures de liberté.
Moi, je vais me promener ! »
« D'accord, attends-moi ! »
« Plouc ! »
Le bruit d'une goutte de pluie détourne soudain leur attention.
« Plouc ! »
Une goutte noire rebondit sur le sommet de la pièce montée.
Melvin se précipite pour la protéger avec son chapeau qui prend deux gouttes à son tour.
« Plouc ! Plouc ! »
Rubi regarde avec de grands yeux effarés des petits points noirs apparaître sur sa robe blanche.
« Plouc ! Plouc ! Plouc ! »
Les deux amis lèvent les yeux.
Le ciel est parfaitement bleu à l'exception d'un minuscule nuage noir qui flotte au-dessus
de leur tête et s'égoute sur leur vêtement jusqu'à disparaître complètement.
« Qu'est-ce que c'était ? »
« Juste une averse. »
« Ah, t'as déjà vu de la pluie noire, toi ? »
Melvin ne regarde de plus près les taches sombres sur sa chemise et sur la robe de Rubi.
« À vrai dire, c'est plutôt bleu fonce. Non, non, non, violets. »
« Ah, si tu crois que ma mère va faire la différence. Taches noires bleues ou violettes,
je vais me faire passer un de ces savons. »
Melvin pouvent de rire.
« Le savon pourra peut-être détacher ta robe. »
Rubi ne rit pas, mais son visage se détend un peu.
« T'as raison. On va aller chez moi nettoyer ces quelques taches. Elles s'acheront vite au soleil
et tout rentrera dans l'ordre. »
« Bonne idée. »
Ploc.
Une nouvelle goutte noire est tombée sur la grande table du buffet.
Un autre nuage vient d'apparaître.
Un peu plus gros et tout aussi mystérieux que le premier.
Plic, ploc, plic, ploc.
« Oh, là, là, les feuilletés sont tout mouchetées. »
« Vite, faut tout mettre à l'abri ! »
Rubi et Melvin se dépêchent de mettre la vaisselle et tous les plateaux de victoire sous les tables.
Cette fois encore, le nuage s'évapore au bout de quelques longues secondes.
Mais un autre nuage passe au-dessus de leur tête et pleut à grosse goutte sur les toits du village.
Rubi aperçoit alors au loin tout un troupeau de nuages noirs bien dodus volés dans leur direction.
« Qu'est-ce que c'est que ce bazar ? »
Melvin est effrayé.
« C'est le ciel qui nous punit de ne pas assister au mariage ? »
« Le ciel est tout bleu. Je suis sûre qu'il y ait pour rien. Il doit y avoir une explication. »
« Oui, ben, dans le doute, on devrait vite rejoindre les autres avant de causer plus de dégâts. »
« Et de se faire injustement accuser ? »
« On a les mêmes tâches que la nappe et on est les seuls du village à être dehors. On est les coupables idéales ! »
« Il n'y a qu'une chose à faire. »
« Euh... se planquer ? »
« Mais non, trouver la cause et arranger les choses. »
« D'accord. Mais comment ? »
Suivons les nuages à Robrouspoil et voyons où ils nous mènent.
« Mais avant, essayons de limiter les dégâts. Il va pleuvoir de plus en plus fort. »
Pour protéger le village d'une inondation, Ruby et Melvin mettent tous les contenants qu'ils trouvent,
sauts, conténères à poubelles, casques à vélo, sous chaque gouttière au coin des maisons.
Puis, ils courent en direction de la montagne pour remonter la piste des nuages.
Ceux-ci deviennent de plus en plus gros et nombreux, et ils deviennent impossibles de se l'allomer entre les gouttes.
« Ploc ! »
La pluie coule sur le nez de Melvin.
Ils le reniflent et l'odeur lui paraît alors familière.
Ils goutent la goutte et la regoutent.
Ah, c'est sucré et légèrement assidulé.
Ça lui rappelle...
« Hum... il a le nom sur le bout de la langue. »
Alors, il forme un puits avec sa main pour recueillir une petite flacke noire,
puis il lèche sa main sous le regard dégoutté de Ruby.
« Bah... tu manges n'importe quoi.
Ah, c'est peut-être un poisson mortel qui va te faire pousser des boutons dans la gorge et t'es tout fait ! »
« Mais oui, bien sûr. C'est de la myrtille. »
« De la myrtille ? Pfff ! T'es sûr ? »
« Certains, du jus de myrtille... Non, non, plutôt de la confiture ou du sirop. C'est délicieux, tu devrais goûter. »
Ruby tire la langue et attrape une goutte.
« Ah, c'est vrai que c'est délicieux ! »
« Un régal ! »
Melvin, qui n'a plus peur de rien, court à la chasse aux gouttes avec ses deux mains en creux.
Mais soudain, il s'arrête tout mètre et semble se décomposer.
« De la pluie de myrtille ? Mais c'est une catastrophe ! »
« Évidemment que c'en est une ! Euh... pourquoi tu dis ça ? »
« Il y avait le meilleur coin à myrtille un peu plus haut. Je devais aller faire ma récolte annuelle demain avec Papy. »
« Et alors, pourquoi tu parles au passé ? »
« Bah, on a appris à l'école que les nuages sont constitués de vapeurs d'eau provoqués par de l'air chaud. »
« Eh ben, on peut donc dire que le ciel est couvert de vapeurs de myrtille. Il a dû faire trop chaud. »
« La myrtille a fini par bougir et hop ! Ma récolte est partie en fumée ! »
« Il faudrait qu'il fasse 100° pour ça. Si c'était le cas, les fleurs qui nous entourent seraient toutes desséchées et nous aussi. »
« Tu crois ? »
« Mais t'as pas tort pour la vapeur. Il faut creuser cette piste. Tu peux nous guider jusqu'à ton coin à myrtille ? »
« Bah euh... c'est mon coin secret. Papy m'a fait promettre de le garder pour moi. »
« Tu crois que c'est le moment de faire des cachoteries ? Regarde, notre village sera bientôt entièrement couvert de sirop de myrtille. »
« La belle maison, notre cours de récré, nos balançoires, les tables du mariage et la belle robe de ma sœur. La pièce montée aussi, hein ? Et même ton coin à myrtille. »
« Tout va disparaître sous la pluie noire si on ne trouve pas rapidement la source du problème. »
« Ça va, j'ai compris. Je suppose que je peux montrer mon coin secret pour la bonne cause. »
Rubi et Melvin montent encore plus haut dans la montagne. L'atmosphère devient lourd et inquiétante. Les deux amis se tiennent la main pour se donner du courage.
« C'est plus très loin. Il faut couper à travers bois, enjamber le ruisseau, longer la grotte de l'ours, et la clairière au myrtille est juste derrière. »
« La grotte de l'ours ? Ah mais c'est très dangereux de passer là-bas. Mes parents me l'ont toujours interdit. »
« Oh, c'est fois ce qu'ils t'arrêtent l'habitude. Moi j'y passe tous les étés pour l'accueillir et tu vois, je suis toujours vivant. »
« Ah bah moi j'y suis allée toute seule une fois et j'ai entendu des grognements bizarres, et puis des eaux craquées. Alors j'ai fait demi-tour en courant et je suis jamais retournée. »
Rubi et Melvin servent un peu plus leur main et pressent le pas pour ne pas changer d'avis. Ils courent à travers bois, sautent par-dessus le ruisseau et ralentissent à quelques mètres de la grotte de l'ours.
La peur de Rubi détend sur Melvin comme la myrtille sur sa chemise. Les deux amis avancent sur la pointe des pieds tellement tendus que leurs propres eaux se mettent à craquer.
Un grognement résonne dans la grotte. « Il se mette à courir, courir ! » Puis Rubi se détend soudain et s'arrête. Elle rebousse chemin et entre dans la caverne pour en avoir le coeur net.
Un gros courant d'air secoue sa robe et ses cheveux. Elle rejoint Melvin en riant.
« Ah c'est le vent qui fait grogner la grotte, pas un ours ! »
Il examine les arbres essots un par un et n'y trouve pas la moindre baie. Les myrtilliers ont tous été ratiboisés.
« Qui a pu faire ça ? On laisse toujours des myrtilles pour les autres, c'est la règle ! » Rubi trouve alors quelques myrtilles éparpillées par terre.
« Regarde, on dirait quel fort machement, le ou la coupable a dû en laisser tomber en route. »
« Les coupables, à mon avis. Il faut être nombreux pour ramasser autant de myrtilles. »
Rubi et Melvin remontent la piste tracée par les baies. Bientôt, ils voient une fumée s'élever un peu plus bas derrière de gros rochers pointus.
La fumée produit des tas de petits nuages qui, aidés par la brise, filent en direction du village.
Ils se dégagent dans l'air une forte odeur de myrtilles cuites. Une odeur irrésistible.
Melvin, né en avant, court comme si son nez, envouté par l'odeur sucré, pouvait lui échapper.
Rubi le suit, guidé par la curiosité. Il trouve un étroit passage entre les blocs de pierre, s'il faut fil, l'un après l'autre, et pousse un cri sans voix.
Au cœur d'une petite prairie des séchers et encirclés de rochers, une créature géante, énorme masse courbée en avant, remue avec un manche en bois, une gigantesque marmite de myrtilles.
Rubi et Melvin sont terrifiés.
Qu'est-ce que c'est que ça ? Un oeuvre, un oeuvre, une géante ?
On doit faire du mitour, mais mon nez m'en empêche.
Vous, là-bas, approchez, je ne vais pas vous manger.