Bonjour à tous.
Aujourd'hui je vais vous raconter une histoire incroyable.
Ça s'appelle la guitare de Django,
livre ciné Fabritio Silehi et Alfred,
aux éditions Sarbakan.
La guitare de Django,
deuxième partie.
Les amis de Django s'étaient réunis autour de Louis Péguri,
un drôle de zigue,
qui en même temps qu'il jouait,
dévourait des carottes crues avec leurs feuilles devant un public médusé.
Louis regarda l'assistance,
croqua dans sa carotte et il vit.
Mh, faisons une collecte.
Il va falloir plusieurs mois pour charmètre.
Il a deux doigts paralysés,
il ne pourra plus jamais jouer,
et chaque femme attend un enfant.
Pauvre Django,
un tzigan sans sa guitare,
c'est comme une ville sans habitants,
dit un autre,
surnommé la bagouse,
parce qu'il portait aux petits doigts une bague énorme,
certes, d'un diamant étincellant,
qui ébluissait le public quand il jouait à l'ange rouge de Montmartre.
On portait l'arme,
la bagouse renifla,
et sortit de sa poche une poignée de billets.
La collecte terminée, quelqu'un demanda,
« On y va ensemble ? »
« Oui ! »
Répondirent les autres.
Et ils entrairent tous ensemble dans la chambre d'hôpital,
apportant une enveloppe remplie de billets froissés
qu'ils remirent à la femme de Django.
Joseph, son frère, était parmi eux.
Et moi aussi.
Joseph me tenait dans ses bras.
« Django ! »
dit-il.
« Je t'ai apporté un cadeau. »
Et il m'a posé sur son lit.
Django feront sale et sourcil.
Comment jouer de la guitare avec deux doigts seulement ?
Le banjo a des cordes trop dures.
Avec la guitare peut-être...
un bredouillet, Joseph.
On me reléga sur une chaise, dans un coin.
Puis, ce fut la valse triste des aurovoirs,
des sourires forcées, des têtes d'enterrements,
une procession de part de suffroissés,
dieux luisants, d'habires apiessés,
d'où émanaient une odeur de rue et de poussière.
C'est alors qu'une infirmière entra et dit,
« Allez, ouste ! »
Les chassants, comme une bande de volailles.
Nous restâmes seuls.
« Bon, mon manou chez moi, il me regardait.
Parfois, il pleurait.
Il regardait sa pauvre main tordu,
comme une serre de rapace, et il pleurait.
Comme il était beau, avec ses fines moustaches,
à la clarque Gable.
Puis, un jour, sa femme arriva avec un étrange paquet.
Il prit doucement le paquet dans ses bras,
et il sourit.
Pour la première fois depuis la tragédie,
il sourit.
Son fils était né, et Django souriait.
Dans les yeux noirs de l'enfant,
il y avait l'infini de l'océan indien
et la magie des forêts de Tamarie.
Les reflets brillants des danseuses de Duga
et des myriades de promesses,
des sommes d'amour et de félicité.
Comme sa femme allait quitter la chambre,
il la rappelait et lui dit,
« Passe-moi la guitare !
Elle obéit sans avoir le courage de croiser son regard
et son fil, les larmes aux yeux.
Il ne lui restait que deux doigts pour faire vibrer mes six cordes.
Mes cordes étaient molles, et ses doigts durs.
Hésitant, sa main était comme une araignée estropiée,
un train sans roue.
Le Django élégant, vêtue d'un costume chic
et chaussée de voyantes bottines au talon rouge,
n'était plus qu'un souvenir.
Ces deux doigts encore faibles,
nus et blancs comme les jambes d'une funambule
sur son fil de fer,
se mirent assautés d'une corde à l'autre,
tentant des acrobaties.
Mais la frais-le-danceuse était gauche comme un éléphant
et n'arrêtait pas de tomber.
Malgré tout, courageusement,
elle remontait du fond des filets de protection
jusqu'au sommet du chapitaux,
là où les visages des spectateurs ressemblent
à des têtes d'épingles,
à des notes noires émouvantes
et graînées sur le pourtour des gradins.
Un mois encore,
elle est pas se fier plus précis.
Déjà, la ballerine faisait des engembés de gazelle
et comme un danseur noir habité par le rythme,
sautait sur mes cordes dans un frénétique type TAP.
Et ses doigts-là étaient bien plus que deux,
parce qu'il courait en toussans sur mon manche,
si vite qu'on ne pouvait plus les compter.
Au bout de quatre ou moins d'hôpital,
les deux doigts étaient devenus
les jambes nerveuses et svelte,
de deux amants dansant le tango.
Un mois de plus,
ils osaient les figures les plus audacieuses.
Six mois plus tard,
nous sortîmes ensemble de l'hôpital,
enlacés comme deux amants,
et notre secret faisait battre à l'unisson
son cœur de chair et mon cœur de bois.
Ils jouent, ils jouent !
Le mot était magique dans toutes les bouches.
Ils jouent et c'est magnifique.
Mais comment fait-il avec seulement deux doigts ?
Deux doigts, oui, mais qui semblent être mille quand ils jouent.
Ces amis nous rendent des visites express
pour le voir jouer.
Lui fumait, le sourire au lèvres,
et ses doigts, ses deux doigts.
Courait et sautait d'une corde à l'autre,
pareil à des kangourous australiens,
des bouctins suisses,
des chevaux afghans,
des danseuses de ciganes,
des sauterelles et des grenouilles.
Et cela n'avait rien à voir avec un quelconque phénomène de foire.
C'était de la vraie musique,
et quelle musique !
Les spectateurs ébaillent,
écoutaient la mâchoire pendante,
les oreilles grandes ouvertes,
les yeux fixés sur ses mains
de prestidigitateurs.
Et ce fut comme si on entendait jouer de la guitare
pour la première fois.
Et l'on découvrit une nouvelle façon de jouer,
la sienne,
avec ses doigts survoltés qui battaient le tempo
sans avoir besoin d'être accompagné d'une batterie de percussion,
parce qu'il savait tout faire.
Et l'on entendait une musique
comme jamais on en avait entendu,
un nouveau jazz
qu'on venait de loin écouter.
Avec son smoking super classe,
et ses bottines à talons vers les arts métalisés,
Django fit parler de nous dans tout Paris,
à Londres, et dans toute l'Europe,
et même jusqu'en Amérique.
C'est là-bas qu'il rencontra le public le plus exigeant.
Il avait passé la journée afflanée dans les rues,
et le soleil, le soleil, le soleil,
il avait rejoint sur scène Duke Ellington,
le roi du jazz américain.
Et le tzigan de la zone,
qui avait inventé une manière unique de jouer de la guitare,
sert à la main à cet autre génie qui était Duke.
Puis, il s'assit,
et me prit dans ses bras avec douceur,
comme on embrasse une femme aimée.
Je sentis ses doigts se poser sur mes cordes,
tandis que le silence se faisait dans la salle.
L'Amérique regardait
la patrie du jazz tendait l'oreille
vers le prodige et, l'instant d'après,
se laissa emporter par sa musique.
Duke Ellington marquait le rythme au piano en acquessant de la tête.
Et moi, j'étais là, avec eux.
J'étais la guitare de Django.
La guitare du plus grand guitariste de tous les temps.
Voilà, c'était la guitare de Django,
livre signé Fabridio Silehi et Alfred,
aux éditions Sarbakan.
Si tu as aimé ce livre,
tu peux le demander au père Noël, tiens.
Ça, c'est une idée. Qu'est-ce t'en penses ?
Encore une histoire est un podcast
réalisé par Alexandre Ferreira,
raconté par Céline Kalman, c'est moi,
et produit par Benjamin Muller.
Le montage est signé Théo Albaric
et la musique, on la doit à l'excellent Raphaël Duber.
On se retrouve sur notre compte Instagram, celui d'Encore une histoire.
Et si vous souhaitez nous suggérer des thèmes de livres
que vous aimeriez bien écouter en podcast,
on est preneurs d'idées.
A très bientôt.
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