Bonjour à tous ! D'abord, je voulais vous souhaiter à tous une très belle année 2020.
Aujourd'hui, je vais vous raconter une nouvelle histoire.
Ça s'appelle « Le Roi-moi »
Livre écrit par Jean-François Chabat et Thomas Bass
aux éditions « Alban Michel Genès ».
Le Roi-moi avait un ventre rond, des mains potelées et une grosse tête au cheveu bouclé sur laquelle tenait à grand peine sa couronne.
Il était sans nul doute le plus riche des souverains. On ne voyait pas la fin de ses terres.
Ses parents étaient morts des fièvres et comme il n'avait ni frère ni sœur ni femme ni enfant,
il régnait seul assis sur son trône de bois noir, incrusté de pierres précieuses.
Son palais s'élevait au sommet d'une haute falaise qui surplombait un lac aux overtes.
C'était un bâtiment gigantesque.
En haut de ses tours innombrables flottait les étendards du Roi-moi.
Chaque jour, qu'ils ventent, qu'ils pleuvent ou que la neige tombe de rue,
des gens venaient au palais pour divertir le Roi-moi et lui offrir les présents les plus magnifiques.
C'est que chacun, redoutant sa puissance, vous laisse en faire un allié.
Mais ce roi était célèbre pour son étrange tempérament.
Soit il était triste, soit il était en colère. On ne le voyait jamais tout à fait content.
Quand il était triste, il soupirait et soupirait encore.
Quand il était en colère, il criait.
Puisque son caractère était désormais connu de tous, on lui rendait visite contre en blanc.
Le Roi-moi désirait toujours plus de cadeaux et de distractions.
« Je veux qu'on m'amuse, » disait-il.
« Je veux qu'on m'offre les plus belles des choses. Je veux qu'on s'occupe de moi. »
Et sa couronne se mettait un peu plus de travers sur sa tête.
« C'est inouï, c'est en vraisemblable. Qu'elle me pendent, capable. J'ai le droit. J'exige d'être satisfait. »
Les ministres, les conseillers, les mille courtisans chuchotaient entre eux.
« Qu'est-ce qui pourrait bien plaire à son alpès ? Avez-vous une idée ? »
« Avez-vous une idée ? Il faut trouver, il faut trouver, il faut trouver. »
« Je sais ! » dit un jour un courtisan.
« Construisons un éléphant mécanique dont la trompe crache de l'or fondu. »
« Mais ce sera ruinu ! » répondit le premier ministre.
« Rien d'être cher pour le Roi-moi. »
Tous les savants, tous les artisans du royaume se mièrent au travail, dans le plus grand secret.
Car, ce devait être une surprise.
Après des jours, des semaines et des mois, l'éléphant fut prêt.
C'était une machine admirable, ressemblant si bien à l'animal, qu'on découvrait sa nature seulement quand elle crachait de l'or.
« Voilà le plus extraordinaire des présents. Notre roi sera forcément ravie ! » s'exclama le ministre des Arts.
Lorsqu'elle vit la fabuleuse invention, le roi-moi souleva un sourcil.
Un autre, quand de la trompe mécanique, l'or s'écoula.
Enfin, il m'armona.
« C'est tout ! »
Les artisans qui avaient travaillé si dur, j'aimiraient se tordir les mains.
Courthisan, ministre et conseiller, rentraient la tête dans les épaules.
Le roi-moi poussa le soupir déchirant d'un homme plongé dans la plus grande tristesse.
« Quelle envie ! »
Le premier ministre, masse-moi les pieds.
« J'ai envie pour une fois qu'on prenne soin de ma personne.
Ah ! Et pendant que tu y es, fais-moi des compliments ! »
Par un soir de terrible hiver, qui voyait le lac aux eaux vertes pris dans plus d'une main de glace,
un cortège se présenta aux portes du Palais du roi-moi.
C'était la princesse Na, accompagnée des siens.
Le voyage qu'elle avait entrepris, contrarié par les intempéries,
elle demandait à Zil en attendant que le temps devienne plus clément.
Le roi-moi qui espérait toujours une distraction l'invite.
Na était une jeune femme d'une grande beauté et elle avait beaucoup d'esprit.
Depuis sa tendre enfance, elle avait fait la joie des professeurs,
des philosophes qui s'étaient appliqués à l'éduquer.
On disait également qu'elle était gentille et savait écouter.
Au soir de l'arrivée de la princesse Na dans son palais,
le roi-moi convient la jeune femme à sa table.
La cour murmurait que peut-être, peut-être,
son altesse avait-elle trouvé là, par la grâce de l'hiver, une compagne.
« Comment trouvez-vous mes couverts ?
Vous n'en verrez pas de plus somptueux, dit le roi-moi.
La princesse Na fit un sourire poli.
Notez que la coupe que vous tenez est en or massif.
Continuez le roi-moi.
Un propos n'avez-vous vu mes mains, mais servant de prétendre qu'elles sont magnifiques.
Na considérait son eau avec beaucoup d'attention.
Il se dit aussi que j'ai une belle voix, n'est-ce pas ? demanda le roi-moi.
Ainsi se déroula le repas.
La princesse Na écoutait.
Le roi-moi pérorait en agitant sa tête sur laquelle brinque balai sa couronne.
Le tien se royaume sur mes seules épaules.
Je suis mal secondée.
Heureusement que moi, je suis là pour tout réjenter.
Je suis trop important pour qu'il me perde.
C'est mon avis.
S'interrompant tout à coup, le roi se racla la gorge.
Je suis assez parlée.
Et vous, qu'est-ce que... qu'est-ce que vous pensez de moi ?
Je me suis dit que je vais s'adrir.
Ce que je pense, je pense, sire, quand je préfère encore le froid.
Elle se leva, quitte à la table, et fit appeler ses gens.
Un instant après, à la lueur des torches, elle sortait dans la nuit de glace.
Les années s'écoulèrent.
Tout en pirat.
Le roi-moi devint de plus en plus triste et de plus en plus en colère.
Il réclamait toujours plus de distractions, de surprises, de compliments et de caresses,
en y prenant de moins en moins de plaisir.
Petit à petit, il perdit le goût de vivre.
Il passait de longs moments devant l'immense miroir de la salle du trône.
Se regardant, s'examinant comme s'il était une rare émeraude.
Parfois, il chuchotait.
Moi, moi.
Le roi aurait pour de bons perdus l'esprit, s'il n'y avait pas eu le petit ramoneur.
On trouvait au palais une forêt de cheminée.
Il fallait s'en occuper.
À cette fin, un ramoneur vivait à demeure dans les lieux.
C'était un jeune garçon mal payé, vêtu de haillons encrassés dessus.
Il logeait sous un escalier des communs, avec les chiens de chasse.
On s'arrangait à la cour pour que, malgré son constant travail dans le palais,
jamais ce ramoneur crasseux ne puisse importunner le roi moi par sa présence.
Un jour, pourtant qu'il s'était attardé sur une cheminée récale citrante,
le garçon vit entrer dans la pièce son altesse royale.
La mine mossa de la couronne de Gengois sur ses cheveux, qui désormais grisonnait.
Le ramoneur posa un genou à terre, baisse à la tête.
Le roi moi passa devant lui, comme s'il était invisible.
Mais le garçon, qui gardait les yeux fixés au sol,
vit qu'un fil d'or venait de tomber des fastueux vêtements du souverain.
Comme il était naïf et très honnête, il le ramassa et s'écria.
Si, retenez, un fil vous venait de le perdre.
Le roi moi regarda par-dessus son épaule.
« Que veux-tu que j'en fasse ? Garde-le ! »
« Oh ! Merci, merci ! »
Le petit ramoneur enroula le fil d'or autour de son doigt, ce qui lui fit comme un anneau.
Il y eut une seconde, une petite seconde,
où le roi moi faillit se détourner pour ne plus jamais poser les yeux, sans doute, sur le ramoneur.
Mais pendant cette seconde-là, il se passa une chose surprenante.
Devant le ravissement du garçon en noir guignet,
le roi avait éprouvé un léger plaisir,
une sorte de brise de joie, un zé fier de contentement.
Il en fut extrêmement surpris.
« Que venait-on de lui donner ? »
« Rien. »
« Ni cadeau ni flatterie, rien du tout. »
Il n'y avait dans la pièce que lui et ce misérable couvert de suie,
qui souriaient de toutes ses dents.
« Est-ce que, par hasard,
d'un geste vif de sa main d'audu, le roi moi ficigne au petit ramoneur ?
« Approche, mon garçon ! »
Puis il tira sur sa manche un autre fil d'or.
« Tiens, prends ! C'est pour toi ! »
« C'est trop, Cyr, c'est trop ! »
« Prends, te dis-je ! »
« Oh, c'est le plus beau jour de ma vie ! »
Le visage du ramoneur rayonnait de béatitude.
Le roi moi ressentit un nouveau bien-être plus aigu.
Alors il sauta du doigt une des belles bagues qu'il portait et l'attendit au garçon.
« Pour toi aussi ! Et attends, j'ai également cette chaîne de platine. Aide-moi à l'enlever ! »
Le petit ramoneur sortit de la pièce surchargée de bijoux.
Il portait même sur son dos la veste du roi.
Et perdu de bonheur, il se disait qu'il était à l'abri du besoin jusqu'à la fin de ses jours.
Quand au roi moi, en chemise et délesté de toutes ses parures, affichant un large sourire,
dont il avait depuis si longtemps perdu l'habitude, il avait un peu mal au jour.
Lorsqu'il croise à une femme de chambre en se rendant à la salle du trône, il lui demanda,
« Voudrais-tu quelque chose ? Comment on pourrait-je te faire plaisir ? »
D'émotion, la femme porte à la main à son cœur.
Son altesse la regardait, elle lui parlait, elle tomba, évanouit dans les bras du roi confus.
Il eut de profonds changements en la cour du roi moi et dans son colossal domaine.
Le souverain distribua des biens au plus affamé de ses sujets et s'il fut un peu moins riche,
les misérables furent beaucoup moins pauvres.
Le roi rendait visite, s'enquérait du bonheur de tous.
Il n'avait plus de temps pour le miroir.
Chaque allégresse qu'il provoquait faisait grandir son contentement et sa sérénité.
Il vit que l'existence des autres lui était plus intéressante que la sienne qu'il connaissait déjà.
Comme les gens découvraient-ils, étaient passionnants et divers.
Le roi moi garda toujours cependant une préférence pour le petit ramanheur qu'il avait ouvert à sa nouvelle vie.
Il l'invitait souvent en Satan et il discoursait avec lui comme avec un égale.
Un après-midi de clair printemps, la princesse Na vint voir le roi moi.
Comme c'était une personne directe, elle déclara,
« J'ai entendu dire que vous avez changé. Je viens, curieuse, vérifiez sa racontar. »
Le roi frotta l'une contre l'autre ses mains potiers.
« Je crois, » dit-il,
« Que j'étais un péguiste, mais tout cela est passé. Comment allez-vous et comment vont vos sujets, princesse Na ? »
« Je vais bien, mais si j'ai aussi. Mais pas mieux que les vôtres, j'imagine. La joie règne sur vos terres. »
« N'est-ce pas ? N'est-ce pas ? »
« J'en suis enchantée. »
La princesse Na scrut à le roi moi, fronçant un sourcil et relevant l'autre.
Ce qui lui donnait une drôle de tête, puis elle murmura.
« Faites-moi donc visiter vos jardins, qui ont l'air fort beau. »
« Ensuite, vous m'inviterez à dîner, car je crois, Cyr, que j'apprécie votre compagnie. »
Voilà, c'était le roi moi, un livre écrit par Jean-François Chabat et Thomas Bass, aux éditions Alba Michel Genès.
Podcast réalisé par Alexandre Ferrera, produit par Benjamin Müller,
raconté par Céline Kalman avec la participation exceptionnelle de Lola.
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Et voilà !