Avant d'écouter votre histoire, je dois vous parler d'un endroit mémorable.
Imaginez.
Une maison cachée au cœur d'une forêt de pain, où les branches murmurent des secrets
au vent.
La plage semble s'étendre jusqu'au bout du monde, et des sentiers mystérieux serpentent
entre forêts et océans promettant mis la aventure à pied ou à vélo.
Cet endroit rêvait, c'est Seigneus, et j'ai pu y s'yjourner en réservant sur
AirBnB.
J'y ai passé d'incroyables vacances avec ma compagne, mes enfants et leurs meilleurs
amis.
Chacun avait son petit royaume, sa chambre.
Notre cuisine était comme une grande table de banquets où tout le monde se retrouvait.
Et, se riz sur le gâteau, on avait un jardin parfait pour papoter jusqu'au bout de la
nuit.
C'était un endroit idéal pour déconnecter et construire de super souvenirs pendant les
grandes vacances.
D'ailleurs, si on a fait un aussi bon choix, c'est grâce aux coutures voyageurs sur AirBnB,
qui nous ont permis de piocher parmi les logements que d'autres voyageurs avaient adorés.
Et maintenant, placez à votre petite histoire.
Les petites histoires de Tellming.
Aujourd'hui, Karine Arnaud vous voit raconter le troisième épisode de Lila et les Salgos,
qui s'intitule Une sortie d'enfer, une série imaginée par Thomas Le Petit-Cors.
Voilà une nouvelle journée qui commence à l'usine à Salgos.
Les soleils brillent, les oiseaux chantent et les élèves hurlent ce chameil et se poursuivent
dans toute la cour.
Je vais finir par me faire à ce collège.
À côté de moi, dans son cahier, Samuel dessine des caricatures de nos profs, tandis
que Bernard essaye de me faire deviner les modèles de tracteurs qui limitent en faisant
des bruits de bouches.
La sonnerie indiquant le début des cours retentis.
Et il était temps parce que je commençais à avoir peur de me noyer dans les postillons
de Bernard.
On s'installe en classe de français et M. Gamel prend place derrière son bureau.
M. Gamel sait pas son vrai nom.
On l'appelle comme ça parce que, vu qu'il est myope comme une taupe, il trébuche au
moindre obstacle.
Et un jour, c'est sûr, il va se prendre une méga-gammelle.
On commence à étudier les règles palpitantes du COD et du COI quand la porte de la classe
s'ouvre d'un coup.
Tout sourire, le directeur du collège entre.
Le directeur qui est également mon père.
Mais chut, ça, personne ne le sait ici.
Non mais je rêve.
Papa vient de me faire un clin d'œil là.
S'il recommence ça, tout le monde va comprendre.
Les enfants, j'ai une excellente nouvelle à vous annoncer.
On va enfin avoir des cours de tracteur acrobatique.
Les vacances d'été commencent en février ?
Euh non.
Vous allez partir en sorties scolaires.
Ouais !
Où ça ? Sur la Lune ?
À la foire internationale des directeurs ?
Alors, presque.
Car nous allons tous ensemble visiter le musée des télécommunications de la superbe
bourgade de Saint-Suprise de l'Angoisse.
À seulement 10 minutes d'ici.
Mes camarades tirent des têtes de six pieds de l'an.
J'ai rarement entendu un silence pareil.
Même M.
Gamel semble déçu.
Mais mon père ne se démonte pas.
Ça va être super.
On va apprendre plein de choses.
En plus, nous y allons avec un autre collège.
Vous allez vous faire plein de copains et de copines.
C'est qui ce collège ?
Le collège des Bienémi.
Quoi ?
Bah quoi Lila ?
Tu déconnais ?
Euh non, non.
Enfin, oui.
Enfin, oui, oui, oui.
C'est mon ancien collège.
C'est pas un collège ultra chic ça ?
Oh que si.
Là, j'ai mis le question qui galopte dans ma tête.
Est-ce que les Bienémi vont se moquer en me voyant avec les salles gosses ?
Et s'ils sont méchants avec Samuel ou Bernard ?
Et les salles gosses, ils vont pas me mettre une honte intersidérale ?
Allez, allez, allez, trèves de blabla.
Le bus pour nous rendre musée nous attend.
M. Gamel, vous venez avec nous.
Avec ma classe, on monte dans le quart tout déglingué.
Quelques minutes plus tard, alors que je commençais à avoir mal au derrière
à cause de ces sièges durs comme la pierre, on arrive.
Et là, méga horreur.
Malgré la crasse sur les fenêtres, je vois mon ancienne bande.
Celle que tout le monde appelait les triple A.
Il y avait donc moi, Lila, mais aussi Emma et Lucas.
Ensemble, on passait notre temps à critiquer et à se moquer de tout le monde.
J'essaye d'enfoncer mon bonnet le plus possible sur ma tête
et de remonter mon manteau jusque sous mon nez pour pas qu'il me reconnaisse.
Mais apparemment, je suis pas aussi forte en camouflage que ce que je pensais.
Eh, mais c'est Lila !
Vraiment ? Avec cette bande de pouilleurs.
Ah, salut ! Alors, t'as attiré à l'usine à salle gosse ?
Ma pauvre, quelle enfer ça doit être ?
Oh, oh, vous savez, on ne sait pas si pis, hein.
C'est vrai qu'à la cantine, ils mangent leur poux.
Où qu'ils sentent plus mauvais qu'une foubelle de couche sale.
Hein ? Euh, non, non.
Eh, vous avez vu, leurs habits, non mais ils sont trop ringards, quoi.
Ouais, c'est vrai que certains sont un peu dépassés.
Et leurs coupes de cheveux.
Y a pas de quoi faire, là, vous habitez ?
Ah, si, si, si, mais je crois qu'ils n'y aiment pas trop ça.
Ah, bah c'est ce voie, hein.
Et vous devriez voir les jeux qui font dans la cour.
C'est n'importe quoi.
Ce matin, encore, y en a un qui a fait des bruits de tracteur pendant dix minutes.
Mes deux anciens amis éclatent de rire.
Désolé, les salles gosses, mais c'était la seule manière de les faire taire.
Sauf que ce que je ne savais pas, c'est que quelqu'un nous écoutait.
Allez, allez, tout le monde en rend. La visite va commencer.
Je quitte les bien-aimés et, soulagés, je rejoins Samuel et Bernard.
Notre guide de musée est la définition même du mot « ennuie ».
Grand, maigre comme une allumette, le timble à phare et des lunettes rectangulaires sur le nez,
il parle d'une voix qui donne envie de roupier.
Et ce qu'il raconte est tout aussi barbant.
La première heure est consacrée aux différences entre la parabole XT-116 de 1987
par rapport au modèle WUBX de 1998. Wow, super.
Ensuite, nous passons en revue tous les téléphones ayant existé.
Mais quand je dis tous, c'est tous.
Du premier combiner fait en Paudia Hourte, jusqu'aux vieux engins que même mes grands-parents trouvent dépasser.
J'ai l'impression que le temps s'étira non plus finir.
Heureusement, l'heure du repas arrive enfin.
Avec Samuel et Bernard, on s'assoit dans l'herbe avec le reste de la classe.
On découvre alors le déjeuner préparé par les cantignés de l'usine.
Un sandwich jambon beurre, sans trop de jambon et sans trop de beurre.
C'est là que la bande des 3A pointe le bout de son nez.
Lila, voyons, tu vas quand même pas avaler cette chose infâme.
Bah viens avec nous, nous on s'est mangés.
Euh... Ouais, je...
Ce sera l'occasion d'avoir des discussions, disons, euh, plus intéressantes qu'ici.
Lila, tu peux y aller si tu veux.
Du moment que ces deux gignoles nous laissent tranquilles, nous ça nous va.
Quoi ? Qu'est-ce qu'elle a dit la blouque là ?
Hop hop hop, on se n'aure pas, ok ?
Bon, d'accord, je vais en manger avec vous, ok ?
Et, euh, Samuel, euh, Bernard, on se retrouve tout à l'heure de toute façon.
Ouais, ouais, c'est ça, ouais, ouais, si tu veux, ouais.
Et c'est comme ça que, pour un délicieux hamburger, je quitte Samuel et Bernard.
L'après-midi, la visite continue.
Et j'ignore comment c'est possible, elle est encore pire que le matin.
Sans doute parce que notre guide devient de plus en plus désagréable,
en s'apercevant qu'on ne s'intéresse pas vraiment à ce qu'elle raconte.
D'un autre côté, quelle idée de détailler pendant 45 minutes
la conception des antennes A675 imaginées en 1954 ?
Samuel, c'est moi ou elle est horrible cette visite ?
Pfff, mais quoi ? Tu me parles plus ?
Pfff, eh, mais allez, fais-moi un de tes petits sourires.
Oh, ça va, laisse-moi l'hila.
Eh, Bernard, tu sais ce qu'elle a, Samuel ?
Ouais.
Et c'est pas, c'est quoi, tu peux me le dire ?
Ouais.
Eh ben, eh ben vas-y Bernard !
Eh ben, il suffit de demander.
Elle est énervée parce que tu nous as abandonné ce midi
pour aller avec les bien-aimés qui nous prennent de haut.
En plus, Sophie, la commère de notre classe,
elle nous a répétées que ce matin tu t'étais maugré de nous
pour faire rire tes anciens copains.
Et ça, Samuel, elle a détesté.
Oui, moi aussi, ça m'a rendu triste.
Mais, je t'aime trop pour te faire la tête.
Quand Bernard termine ses explications, j'ai la gorge nouée.
Il faut absolument que je trouve Samuel pour lui dire
que je voulais juste que les bien-aimés arrêtent de se moquer.
Pour lui avouer que je n'ai jamais eu de meilleure copine qu'elle.
Pour lui dire qu'elle me fait trop rire avec son caractère de cochon
et ses dessins tordants.
Je cours pour la rejoindre et, sans faire exprès, je bouscule Mathis,
un sale gosse de ma classe.
Comme un domino, il s'affale et tombe sur Lucas.
Hé, le pec-nou, tu me touches pas avec tes salles pattes.
J'ai pas envie d'être à plus une maladie, moi.
Mathis ne prend même pas la peine de répondre
et écrase le nez de Lucas avec son point.
Aussitôt, le musée des télécommunications
se transforme en champ de bataille.
D'un côté, nous avons les bien-aimés
qui miment des gestes de boxeurs
ou des screamers pour faire peur à leurs adversaires.
De l'autre, nous avons les sales gosses
qui ne miment rien du tout et qui foncent dans le tas.
Partout, je regarde.
Ça se tire les cheveux, ça se fait des croches pattes
et ça exécute des figures de catch.
Mon père est dépassé.
M. Gamel court dans la mauvaise direction et s'étale par terre.
Fallait bien que ça arrive un jour.
Le guide du musée tente de protéger ses précieux téléphones
que les sales gosses n'hésitent pas à balancer sur leurs ennemis.
Ohlala, vite, vite, vite, je dois arrêter ça.
Ah, j'ai peut-être un plan.
Un plan dont je suis pas sûre.
Un plan qui passe ou qui casse.
Stop !
Oh, dis donc, je savais pas que j'avais autant de voix à moi.
Faut que je pensais devenir chanteuse d'opéra.
Bon, on verra ça plus tard.
Pour le moment, tous les regards sont tournés vers moi.
Mes camarades sont figés dans des positions grotesques.
Certains avec des touffes de cheveux en moins.
D'autres avec le visage aplati par une semelle de chaussures.
J'active maintenant la deuxième phase de mon plan.
Les envoyer promener.
Ce que vous faites, c'est complètement stupide.
Vous vous battez parce que vous vous pensez différent.
Mais c'est faux, hein.
Hé, parle pour toi.
On ressemble pas, c'est minable.
Emma, vu le nombre de fois où je t'ai vu coller tes crottes de nez sous ta chaise en cours,
tu ferais bien de te taire.
Non, mais euh...
Ah mais non, c'est pas vrai.
Et toi, Lucas, tu fais le frimeur.
Mais tout le monde sait que tu peux pas t'endormir sans ton doudou.
Ton doudou qui savait être une chaussette de ta maman.
Trop dégueu.
Hé, mais toi aussi hein Bernard, t'as tes petits secrets.
D'ailleurs, si on sait que tu aimes autant les tracteurs,
c'est surtout parce que tu ronfles comme une ptêteuse.
C'est plutôt classe moi je trouve.
Et moi alors, bah moi aussi j'ai plein de défauts.
Tout à l'heure, je me suis moqué de vous,
les sale gosses voilà.
Mais en fait, vous me faites trop rire.
Et surtout toi Samuel.
Et puis bien aimé et sale gosse,
on n'est pas si différents en fait.
Samuel, elle est fan de Hard Rock et Emma de musique classique.
Bah c'est pas le même style mais c'est de la musique quand même.
Bernard est fan de tracteurs et garde courses de formule 1.
Les deux parlent de moteurs quoi.
Et toi Lucas, tu adores le golf et ma tiste lui,
il manie la battre de baseball comme personne.
Je suis sûre qu'il y a moyen d'inventer un nouveau sport avec ça.
Alors vous voulez bien qu'on arrête de se chamailler.
Petit à petit, les points se dessert et les grimaces s'effacent.
Sale gosse est bien aimé et se regarde différemment.
Notre guide veut reprendre sa visite,
même mon père le remercie
et nous propose de finir la journée par une balle aux prisonniers géantes.
Et pour les équipes, on mélange les élèves des deux collèges.
Quand on doit rentrer chez nous, des nouvelles amitiés se sont créés.
Avant de repartir dans notre bus tout cabossé,
Lucas et Emma viennent me voir.
Hé Lila, tu nous inviteras chez toi un jour ?
Ouais avec plaisir, on fera une grande fête avec tous les sale gosses.
Je grimpe dans le car et je retrouve Bernard et Samuel assis côte à côte.
C'est bon Samuel, on se fait plus la tête ?
Ouais c'est bon, mais...
Ne regarde pas trop mon cahier à dessin
parce que tu vas peut-être voir des croquettes de toi qui vont pas te plaire.
Oh t'inquiète, j'ai trop hâte que tu me les montres.
Ouf, c'est le journée, c'est terminant fin, je peux me détendre.
A l'avant du bus, mon père prend le micro qui grésille pour s'adresser à tout le car.
Je t'en ai remercié Lila, qui a su trouver les mots pour arrêter cette dispute.
Bravo à toi ma fille.
Attends, le directeur de l'usine à sale gosse, c'est ton père ?
Oh non...
Finalement il peut exister des silences plus pesants que celui entendu en classe ce matin.
Tous les sale gosses me regardent sans rien dire.
Merci d'avance, je vous embrasse et je vous dis à bientôt.