C'est l'histoire de Milidae.
Coucou, c'est moi Milidae.
Quand tout le monde dort, les lettres de l'alphabet en profitent pour se dégourdir un peu les
jambes et se retrouvent pour discuter.
Mais ces derniers temps, l'ambiance n'est pas au rendez-vous.
Certaines lettres n'en font qu'à leur tête.
Le air, particulièrement mal luné, préfère rester seul.
Mes deux autres lettres vont bientôt le rejoindre.
Tu es bien installé ? Je vais te raconter.
Dans la nuit étoilée, les volets des maisons sont fermés.
Les rideaux sont tirés, les dernières lumières se sont éteintes, les trains se reposent dans les gares, les voitures dans leur garage.
Tout est calme.
Par an, enfant, grand-parent, tout le monde dort paisiblement.
Pourtant, si on t'entend l'oreille, tout n'est pas si calme que ça.
La nuit, les lettres collées dans les cahiers des écoliers, dans les journaux ou encore sur les panneaux publicitaires, se décollent discrètement et se retrouvent pour discuter.
Monsieur O, c'est assis à côté de Madame I qui adore s'accompagner.
Madame I passe son temps à raconter des histoires et des petits secrets à Monsieur O.
Alors elle m'a dit que, et c'est là que...
Et oui !
Monsieur O écoute toujours Madame I avec des yeux de mer l'enfri.
La bouche ouverte est son grand-tère étonné.
Oh, oh, oh, mais non, ça alors...
Les autres lettres ne comprennent pas toujours ce que ces deux-là se racontent.
Ils aiment bien faire des cachoteries.
Mais en tout cas, cela doit être drôle car ils rient toujours aux éclats.
Oh, oh, oh, oh, oh...
Moi !
Mais ces derniers temps, l'ambiance entre les lettres de l'alphabet est plutôt morose.
Monsieur R surtout est du numéro exécrable.
Il... rale.
Il... ronche un.
Il... russe pète...
...sans arrêt.
Rrrrr !
Rrrrr !
Rale, bol !
Rale, casquette !
Ah, il y en a marre ! Marre ! Marre !
Madame I a bien essayé de lui parler.
Allons-bos, Monsieur R. Qu'est-ce qui vous arrive ?
On ne fait plus risette, oh Madame I !
Monsieur R regarde Madame I en soupirant,
puis lui tourne le dos en prenant des grands airs.
Madame I, plutôt que de se taire, insiste alors lourdement.
Allons, Monsieur R. Soyez gentil !
Faites-moi un petit sourire.
J'ai envie de vous entendre rigoler
et même rire à gorge déployé !
Monsieur R, exaspéré,
réagit alors de manière totalement inattendue et disproportionnée.
Il se met à rugir.
Madame I est d'abord restée droite comme un I,
paralysée par la peur,
puis elle a retrouvé ses esprits et s'est enfui en hurlant,
et en alertant aussi toutes les autres lettres de l'alphabet.
Monsieur R a perdu la tête !
Monsieur R a perdu la tête !
Monsieur R a perdu la tête !
Depuis, Monsieur R préfère se promener en solitaire.
Mais un soir, il croise par hasard Madame I.
La pauvre a l'air complètement abattue,
accablée, arracée,
à bout de force.
Oh la la la la la, je suis flagada, j'en ai assez !
Les gens m'appellent tout le temps.
Une histoire d'amour, et hop, je dois y aller.
Quand les enfants veulent apprendre à lire et écrire,
hop là, c'est encore pour moi.
Et dans les cours de récréation aussi, je suis là.
En cas de bagarre.
Allé, attaque !
Quand les enfants se font mal, et aussi en cas de désaccord.
Hé espèce de patate !
Hé patate, toi même !
Tu es une bonne une !
Réagis Monsieur R.
Comme je vous comprends, comme ça doit être fatigant,
restez avec moi, et reposez-vous un peu.
C'est alors que nouvelle lettre débarque complètement paniqué.
Ta, ta, ta, ta, ta, ta, help !
Je cherche une planque pour faire une petite pause.
Je suis Mr. P.
Pauvre de moi, pitié, je n'en peux plus !
Ah, vous non plus ?
Mais pourquoi ?
Parce que les amoureux m'utilisent permanence pour se donner des petits noms ridicules.
Ma petite princesse honnête, ma pupusse, mon pupiu, mon petit poulet, ma poupounette,
mon pudding, non franchement un peu, ça va, mais là, c'est trop pour moi.
Pa pa pa pa pa pa, je dis stop !
Pa pa pa pa pa pa !
Monsieur R. et Madame A font une petite place à Mr. P.
Oh !
Mais qu'est-ce qu'on pourrait bien faire ?
On ne va quand même pas rester muet ?
Ah non, moi j'ai envie de parler,
et j'ai aussi envie de chanter sur des rythmes saccadés.
Excellent idée, Madame A.
Et en plus, on a plein de choses à dire.
Moi, Monsieur R, j'en ai plus cassé de rester chez moi.
Je tiens plus en place tout ma gasse.
Alors je grimace et je perds la face.
Moi, Monsieur R, je veux changer d'air.
Dites-moi, Madame A, ça vous dirait de venir avec moi ?
Si c'est pour faire de la musique à moitié chantée, à moitié parlée,
moi je suis prête à voyager dans le monde entier.
On pourrait commencer par l'Amérique pour bien travailler notre technique.
Pour une diction rime et rythmée,
il n'y a qu'une solution, c'est s'entraîner.
Et toi, Mr. P, tu pourrais prendre un ceinté
et une platine DJ pour nous accompagner.
Mr. P, Mr. P, Mr. P !
Faut de joie, Mr. P se met alors à danser.
On ne peut plus l'arrêter.
Il se contentionne et gesticule comme un robot.
Puis il met la tête par terre et tourne comme une toupie à la vitesse de l'éclair en criant
Hip, hip hop, hip hop, hip hop !
Mr. R et Madame A sont très impressionnés.
Quand enfin Mr. P se relève après sa toupie en diablée,
il attrape une bombe de peinture et spraye un mot sur le mur.
Il dessine un grand R, un grand A et un grand P.
Ce qui donne le mot rap.
Désormais, vous, Mr. R, vous, Madame A et moi, Mr. P, nous allons faire du rap.
C'est ainsi que nos trois amis s'y honnèrent le monde, voyagant des États-Unis jusqu'en France et en Suisse.
Ils embarquèrent avec eux toutes les lettres de l'alphabet pour composer ensemble des chansons et écrire des textes engagés.
Et grâce à ces trois lettres, on vit bientôt débarquer dans les rues,
puis à la radio et sur les plateaux télé, des rappeurs et des rappeuses enchaînés des mots à la vitesse de la lumière
pour exprimer tantôt leur tristesse, tantôt leur colère et dénoncer sans artifices les injustices des vastes atrices.
Depuis les guétaux américains et les banlieues, leur rap contagieux s'effrayait un chemin et est désormais présent sur tous les continents.
Même les enfants rapent maintenant dans les cours de récré.
Pour imiter les rappeurs et rappeurs dont ils connaissent les textes par cœur.
Alors si toi aussi, cette histoire t'as donné envie de râper, vas-y, lance-toi pour commencer, écoute du rap un peu, beaucoup,
et sens le rythme dans ta peau, puis écris un peu, beaucoup, et en faisant des rimes surtout.
À force de râper, tu deviendras peut-être une célébrité dans ta famille, dans ton quartier, ou même dans le monde entier.
Alors, ça te dit d'essayer ?
Oh non, l'histoire est déjà finie !
T'en fais pas ? Tu peux retrouver Milidea en t'abonnant à son podcast, Les Histoires de Milidea.
Mais oui, le podcast est disponible gratuitement sur Apple Podcasts, Spotify, la RTS et toutes les plateformes de streaming audio.
C'est super facile, il suffit de taper dans la barre de recherche les Histoires de Milidea.
Tu peux y écouter toutes ces aventures, il y en a une nouvelle chaque dimanche matin.
Yes, trouves bien !
Alors, ça t'a plu ? C'était L'heure du Rap, écrit par Christine Pompey. Allez, ciao bisous !
Voilà, c'était l'histoire, l'histoire de Milidea.
Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org