"Le coq solitaire"

Durée: 10m56s

Date de sortie: 04/09/2018

durée : 00:10:56 - Une histoire et... Oli - Alain Mabanckou nous raconte l'histoire du Grand-Père Moukila et de son double animal "le coq solitaire", dans un village africain. La légende veut qui si l'un meurt, l'autre part avec lui.

Je suis Alain Mabankou et je vais vous raconter l'histoire de mon grand-père Monkilla et du coq solitaire.
Grand-père Monkilla était le chef de notre village, l'Obulu. Un jour, il me montrait un mouton et me dit,
« Ce mouton est un membre de notre famille, tu dois le respecter comme s'il était un être humain. »
Je regardais un moment l'animal qui, remuyait ses oreilles comme s'il acquiessait les paroles de mon grand-père.
Un peu plus loin, une chèvre brûtait l'herbe et balançait sa queue. Je voulais me rapprocher d'elle, mais là encore, grand-père m'avertit.
Cette chèvre, cette attente maternelle, ne la dérange pas. Est-ce que tu aimerais que quelqu'un t'interrompe quand toi tu manges ?
Quelques minutes après, un pigeon vin se posait sur le toit de notre case. Il recoulait, regardait dans notre direction.
Comme je déteste ce bruit, je m'emparais d'un caillou pour le projeter vers l'oiseau.
Grand-père Monkilla ne m'attrape pas le bras juste à temps. C'est pigeon, c'est ma défunt-cousine.
Une mort il y a vingt ans, elle s'est transformée en pigeon et me donne les nouvelles de nos ancêtres tous les jours.
Un jour, finalement, à gasser, je lui ai demandé pourquoi il m'interdisait d'approcher certaines bêtes.
Il s'est d'abord caressé la barbe avant de répondre. Tu peux les approcher, mais tu n'as pas le droit de les brimer comme font les enfants de la ville,
lorsque nous vénons au monde. Nous avons tous notre animal. Et c'est ce qu'on appelle un double. J'ai mon double animal.
Ta mère en a, ton père en a et toi aussi. Tu as ton double animal. Je lui ai demandé très étonné. Mais il est où mon double animal ?
Il est quelque part dans la brousse. Mais je peux le voir. Non, tu ne peux pas, tu es trop petit, tu aurais peur de lui et il aurait peur de toi.
Un après-midi, alors que mon attention était attirée par un coque immobile devant la basse cour, grand-père est venu discrètement derrière moi pour m'éprévénir.
Ne fais jamais de mal à ce coque solitaire. C'était un vieux coque avec une crête recourbée. Ses plumes étaient dressées comme les picants d'un porc épique.
Il avait des problèmes de vue et heurtait parfois le grillage du poulailler au lieu d'entrer par la petite porte.
Ces pâtes skelétiques me laissaient penser que s'il était un être humain, il n'aurait pas moins de 80 ans et porterait des lunettes de myopia.
En s'est déplaçant, il boitait. S'arrêtait pour reprendre son souffle et quand il faisait très chaud, il se réfugiait vite à l'ombre, la langue bien dehors et il s'ennolait.
Lorsqu'il apparaissait au milieu de la basse cour, les poules l'entouraient, picorait des graimes qu'elle balançait vers lui, puis elle poussait des cacquettements en signe de révérence.
Toute la journée, il tournait en rond dans la cour. Le soir, au lieu d'entrer dans le poulailler, il préférait dormir sur une seule pâte devant la porte de la case.
Même si j'étais un enfant de la ville, je savais depuis longtemps que les coques chantaient toujours très tôt pour annoncer le jour.
Pourtant, les rares fois où j'avais entendu chanter notre coque solitaire, ils faisaient encore nuit.
Certains villageois étaient alors désorientés et se levaient plutôt que d'habitude pour aller au champ avant de constater qu'il était encore une heure du matin.
Furieux, ils retournaient dans leur lit et modissaient ce coque solitaire.
Malgré l'avertissement de grand-père, je repoussais chaque fois ce coque solitaire à cause de ces excréments dont la forte odeur m'empêchait de respirer.
Mais, même quand je le chassais devant notre case, l'animal t'est-tu, revenait quelques minutes plus tard pour me défier.
Énervé, je m'ai lancé une nouvelle fois sa poursuite jusque dans les plantations de manioc où il réussissait à se cacher.
Je revenais dans le village très enragé de ne l'avoir pas attrapé et puni.
J'étais étonné de le retrouver devant la porte de la case, le bec en l'air. C'était sa façon de se moquer de moi.
Moi, je me demandais, mais comment s'est-il arrangé pour arriver là avant moi alors que je l'avais laissé dans la plantation ?
Est-il plus rapide que moi, lui qui n'arrive pas à se déplacer et qui voit très mal ?
Comme je ne supportais pas d'avoir été humilié, un jour je me suis emparé d'un morceau de bois dans l'espoir d'assommer ce coque.
J'avais encore la main levée au-dessus de ma tête quand j'ai entendu une grosse voix dans mon dos.
Qu'est-ce que tu fais ? C'était grand-père. Je ne l'avais pas vu dans une colère aussi rouge.
Petit fils, viens avec moi, je dois te parler.
Il m'a pris par la main, m'a entraîné derrière la case et m'a dit de m'asseoir à même le sol.
Il suiait tout d'un coup le souffle coupé.
Tu voulais me tuer, c'est ça ?
Non, compère, ce n'est pas toi que je voulais frapper, mais ce coque qui pue.
Comme d'habitude, il a longuement caressé sa barbichette grise et a soupiré.
C'est la même chose. Si tu frappes ces corques, c'est que tu m'effrapes moi aussi.
Tu le comprendras un jour, mais serait-je encore vivant quand tu t'en rendras compte ?
Grand-père Monkilla n'est plus de ce monde.
Il est mort à cause de la gourmandise de mon oncle Pandi qui avait tenu à manger le coque solitaire le jour du nouvel an.
Tonton Pandi vivait derrière la case de grand-père.
Chaque fin d'année, on devait choisir un coque dans le pouletier de grand-père pour célébrer la fête du nouvel an.
Jusque là, le coque solitaire avait survécu parce qu'il écoutait aux portes
et ne traînait pas loin du lieu où se déroulait la réunion familiale.
Quand on décidait de manger deux jeunes coques blancs, le coque solitaire savait qu'il n'était pas concerné.
Et pendant des années, il avait échappé de finir dans une marmite et dans notre ventre.
Mais cette fois-ci, au mois de décembre, Tonton Pandi avait déclaré devant toute la famille,
« Il faut manger ce coque solitaire. Il est trop vieux et ne nous sert plus à rien.
En plus, il pue et chante en pleine nuit. »
Grand-père qui assistait à la réunion était resté silencieux.
Le coque solitaire avait entendu les propos de Tonton Pandi.
Il a disparu avant le neveu du jour et n'est revenu que vers le 5 janvier.
On avait mangé deux autres coques à sa place.
A la fin de l'année suivante, Tonton Pandi a eu une autre idée.
Il a dit pendant la réunion, « Finalement, on ne mangera pas ce coque solitaire. Il est trop vieux. Il ne voit plus rien. Il est idiot. Il ne vaut pas la peine.
Si on le mange, on souffrera tous de la diarrhée. Je propose qu'on mange plutôt les deux poules que nous avons achetées l'année dernière à Mouillon-Dix.
Le coque solitaire était certain d'échapper encore une fois à son sort. Il n'a pas quitté le village.
Le 1er janvier, à 6 heures du matin, mon oncle a attrapé devant la case de grand-père et lui a tranché la gorge d'un coup sec.
La fête a été longue et joyeuse.
Les adultes ont bu du vin de palme et ont dansé toute la journée. Les enfants buvaient du jus, des gingembres et jouaient à casse-cache derrière les cases du village.
Seul grand-père moquille assemblait s'ennuyer et s'omnollait dans un fauteuil en liane.
A la fin de la journée, grand-père s'est retiré dans sa chambre en murmurant à la famille.
Je pensais que vous m'aimiez, mais je me suis trompé toute ma vie. Je vous souhaiterais donc une bonne fête.
Personne n'avait compris qu'il venait de dire ses dernières paroles et qu'on ne le reverrait plus.
Le 2 janvier, aux alentours de 10h du matin, Tonton Pandit est allé frapper à sa porte.
Il a trouvé grand-père étendue par terre les bras en croix.
Il avait autour de lui toutes les plumes du coq solitaire qu'on avait pourtant jeté loin du village.
C'est depuis ce jour que nous ne mangeons plus de coqs, de peur de manger le double animal, des membres de notre famille.
Le jour de la fin de la journée, grand-père s'est retiré dans sa chambre en murmurant à la maison.
Voilà, l'histoire est finie et maintenant, au lit.
Non, il n'y a pas de soucis.
Le jour de la fin de la journée, grand-père s'est retiré dans sa chambre en murmurant à la maison.

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Oli

Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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