"Le renard et le poulailler"

Durée: 10m6s

Date de sortie: 04/09/2018

durée : 00:10:06 - Une histoire et... Oli - Alors que Bernadette, Josette et Colette, trois poules discutent tranquillement de philo et de liberté dans leur poulailler, un renard vient toquer à la porte. Si la liberté existe, dit le renard, il faut me laisser entrer chez vous.

Je suis Gio Meurice et je vais vous raconter une fabuleuse histoire de liberté, le renard et le poulailler.
Il était une fois trois poules, Josette, Colette et Bernadette qui habitait un très joli poulailler.
Un grand nichoir à l'abri du vent, de la paille bien sèche et une grande étendue d'herbe verte faisaient d'elle les poules les plus heureuses de la terre.
Tous les jours, après leur ponte, elles se réunissaient pour discuter.
Assises chacune sur leur nid, elles cactaient ainsi des heures durant, de la météo, du prix des graines de maïs ou des œillades du coq voisin.
Tu crois qu'un jour ils me diront, t'as de beaux oeufs tu sais ?
Elles s'amusaient bien, gloussaient beaucoup.
Parfois, ces discussions prenaient des allures plus sérieuses, car toutes trois aimaient également parler philosophie ou encore littérature.
De tôt le matin à tard dans la nuit, ainsi pouvaient-elle refaire le monde des heures durant, jusqu'à ce que le sommeil les emporte vers de doux rêves,
peuplés de quignons de peintures et d'épis de maïs à grignotter.
Ainsi vivait-elle en parfaite harmonie sans aucune prise de bec.
Par une belle matinée de printemps, alors que toutes trois devisaient tranquillement en profitant des premiers rayons du soleil, elles entendirent gratter au portail.
Surprise, elles dressèrent leur tête. Aucune visite ne semblait être prévue aujourd'hui.
« Heu ! Qui êtes-vous ? » s'inquiéta d'abord Josette.
Une voix douce et rassurante perça le silence.
« Je suis un renard. Je peux entrer ? » Josette, Colette et Bernadette se regardèrent, interloqués.
« Heu ! Un renard, vous avez dit ? » répondit Colette.
« Oui, » répondit-il. « Je suis un gentil renard. »
« Heu ! Bah disons enfin... » fit Colette.
« Bah oui, si, disons que bon... » fit Bernadette.
« Disons que quoi ? » insista le renard.
« Bah, vous êtes un renard, donc... »
« Donc quoi ? Je ne comprends pas. »
« Bah, si on vous laisse entrer, bah, vous allez nous manger, si on s'y saime que ça, quoi... » affirma Josette.
« Vous mangez ? Ho, ho, ho ! Mais non... »
« Mais qu'est-ce qui vous fait croire ça ? » répondit le renard.
« Hé, oh, hé ! Nous ne prenez pas pour des jambons, on est des poules, là... » s'écria Josette.
« Non, je n'ai pas faim, je vous assure. »
« Oui, hé, oh ! Hé, attendez-nous, on connaît les fables de la fontaine, hein. »
« À chaque fois, ça finit mal dans ce genre de situation, ça va, hein. » rend chéri Colette.
« Bah, c'est vrai qu'il n'y a rien que d'y penser, hein ! » s'effraya Bernadette.
« Ça te donne les chers de poules ? » réplique à Colette pour tenter de détendre l'atmosphère.
Ratté. L'heure n'était pas à la plaisanterie. Leur renard reprit.
« Mais, les fables de la fontaine, ce sont des histoires inventées par un humain pour parler à des humains. »
« Là, ça n'a rien à voir. Je suis juste un gentil renard et je vous demande de rentrer. »
« Mais, attendez, euh... D'abord, pourquoi vous voulez rentrer ? Est-ce que vous êtes en danger ? Quelqu'un vous veut du mal ? Vous vous demandez de l'aide ? »
« Tout va bien pour moi. »
« Bah alors, pourquoi ? »
« Eh bien, simplement, je viens de passer par hasard devant votre poulailler et je vous ai entendu discuter. Vous parliez d'un sujet qui m'intéresse beaucoup. »
La discussion du jour portait sur l'importance d'être ou de se sentir libre dans la vie. Bernadette, Colette et Josette étaient friandes de ce genre de thématique, sur lesquels elles aimaient réfléchir des heures.
« Ça vous intéresse ? » répondit Colette.
« Et pourquoi donc ? »
« Eh bien, vous voyez, moi, par exemple, je pensais que j'étais libre. Mais si vous ne me laissez pas rentrer, eh bien, ça veut dire que je ne le suis pas vraiment. »
Prise à leur propre piège, les trois poules restèrent tout d'abord silencieuses. Puis, Colette, Osa.
« Ah ben, disons que là, il nous a bien cloués le ! Mais vous dites t'importe quoi, Michel Renard ? »
« Vous êtes trop dangereux ! »
« Attendez, je dis n'importe quoi. Expliquez-moi, eh, et ma liberté, que faites-vous de ma liberté ? Pourquoi vous m'empêchez d'aller là où je veux ? » implora le Renard.
Le doute commença à poindre dans le regard de Colette et Bernadette.
« Ah ben, c'est vrai que là, il n'a pas tort, quoi ! C'est vrai qu'il n'a aucune raison de l'empêcher d'accéder à ce terrain, le Renard est libre après tout, vous m'a... »
« Mais attendez, la liberté du Renard dans le poulailler, vous y croyez-vous ? »
S'inquiéta tout de même, Josette. Les trois poules, immobiles, dressées sur leurs pattes, semblaient dans l'incapacité de prendre une décision.
« Eh bien, vous n'avez qu'à voter ! » s'exclama le Renard.
« Euh... Voter, c'est-à-dire ! Voter ! » lui répondit Colette.
« Eh bien, chacune d'entre vous décide, si elle est pour ou contre, la liberté ! » répondit le Renard.
« Attendez, non, si elle est pour ou contre, votre liberté ! » reprit Josette.
« Oui, enfin, voilà, comme vous voulez. L'important, c'est que vous soyez libre de votre choix, n'est-ce pas ? » conclut le Renard.
Les trois poules semblaient de plus en plus perdus et désemparés.
« Bon ben, euh, on fait ça ? » questionna Bernadette.
« Ben oui, voilà, on dit quoi, essayons quoi ? » répondire les deux autres. Bernadette organisa.
« Bon ben, on prend cette mangeoire pour faire une urne, et puis on dit, euh, petit caillou noir, on laisse rentrer, petit caillou blanc, on le laisse dehors. »
Chacune partit alors à la recherche de ce petit bulletin de vote bien particulier,
et puis, une fois débusqué, Alain le déposait dans une petite école.
« Bon ben, il reste plus qu'à compter ! » s'exclama Bernadette. Le résultat était net.
Deux petits cailloux noirs, un petit caillou blanc.
Bernadette soupira.
« Oh, vous avez gagné, Renard, voilà, bon ben, on va vous laisser rentrer, quoi ! » annonça-t-elle d'une voix peur-assurée.
« Merci, vous avez agi avec une grande sagesse, » répondit calmement le Renard.
Timidement, Josette s'approcha du portail et s'empara de sa poignée.
A peine était-il en couvert que le Renard, toute canine d'or, badine retroussée, se ruassurelle dans un mouvement rager.
Bernadette et Colette furent d'abord un mouvement de recul, puis restèrent pétrifiés devant la boracité du Renard.
Josette, de son côté, tenta de fuir, mais sentit des crocs lui agriper la patte.
Alors, Colette prit son triage à deux ailes et se rua sur l'arrière-trein du Renard.
Une fois à sa portée, elle lui asséna de grands coups de bec, furieux.
Le Renard se retourna brusquement, laissant à Josette le temps de fuir pour se réfugier dans le nichoir.
Pas le temps pour le Renard de reprendre son souffle.
Bernadette se précipita sur son dos et s'agripe pas à son pelage.
Surpris, il tenta de s'en débarrasser en secouant de toutes ses forces,
mais Bernadette s'agripe à ne plus belle et commence à lui becter les oreilles.
Paniquée, ne sachant plus au donné de la tête, le Renard nu d'autres solutions que de faire demi-tour,
sous le cacquetement joyeux des trois amis.
Alors qu'au loin, on le voyait s'enfoncer piteusement dans le sous-bois,
Josette, Colette et Bernadette tentèrent de se remettre de leurs émotions.
Bernadette mis quelque temps à se relever.
Colette remit de l'ordre dans son plumage.
Josette passa timidement la tête par la porte du perchoir.
« Eh ben ! s'écria-t-elle.
C'est une bonne leçon de philosophie que nous avons prise aujourd'hui, » soupira Bernadette.
« Ah oui ? laquelle ? se demanda Colette.
Eh ben disons que parfois, la liberté des plus forts oprime celles des plus faibles.
Une leçon à méditer pour toutes les petites poules et tous les jeunes coques
au risque de se faire dévorer d'eau crue.
On a aussi appris autre chose aussi, je peux me permettre.
Ajouta Josette.
Ah oui quoi donc ? questionna Bernadette.
Eh bien qu'en toute circonstance, l'union fait la force ! répondit fièrement Josette.
En effet, une leçon toujours utile lorsqu'on veut éviter de se faire plumer.
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant, au-lis les bioches.
Non, pas au-lis.
Au-lis les mômes.
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Oli

Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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