
"Les villages du Versant"
Durée: 8m22s
Date de sortie: 15/10/2018
durée : 00:08:22 - Une histoire et... Oli - Une histoire d'antan au fin fond des contrées montagneuses de l'Italie. Une histoire qui chante l'accent du nord des Italiens. Une histoire de villages voisins sur deux versants. Une histoire un peu étonnante tout de même...
Je suis à Lise-Dénitère et je vais vous raconter l'histoire de deux villages sur la montagne et de la route qui les séparera au lieu de les rassembler.
Il était une fois, une fois multipliée par le nombre de crêtes et de sommets, une montagne en Italie qui se tenait debout, couronnée de sapins debout et ce depuis une époque lointaine, avant les hommes, avant les maisons et bien sûr avant les voitures.
La montagne était déjà âgée de plusieurs millénaires lorsque l'on avait construit sur son verse en or un premier village du nom de Drundo.
Et juste après, moins d'une année après, ce qui à l'échelle de la montagne comptait comme un dixième de seconde, un deuxième village sur son verse en sud qui répondait au nom de Drunda.
Les habitants de Drundo méprisaient les habitants de Drunda qui n'étaient que des imitateurs et des retardataires.
Et les habitants de Drunda se moquaient des habitants de Drundo qui avaient choisi la face la plus exposée, la plus venteuse et la plus froide de la montagne.
Cependant, comme la vallée était loin, comme les grandes et grosses villes d'en bas paraissaient presque inatténables, surtout en hiver,
les habitants de Drunda et ceux de Drundo se parlaient tout de même de façon polie et se rendaient à l'occasion quelques menus services parce que bon,
il n'y avait que sur la montagne, ça aurait été bête de se fâcher.
Quelques décades passèrent encore, une poussière de temps pour la montagne, une bouloche de seconde oubliée sous un lit,
et un jour, monta de la vallée un petit groupe d'hommes-construction avec des casques de chantier fluo et des portes documents sous le bras.
Il y avait aussi des hommes-mesures aux bras allongés par des décimètres et des lasers.
Ils avaient pour projet de construire une route, un beau serpent gris de route qui relirait la vallée au sommet de la montagne
et permettrait d'effectuer le trajet en à peine quelques heures.
Très bien, dire les habitants de Drundo avec leur accent venteux et froid.
Très bien, dire les habitants de Drunda avec un tendre tard.
Oui mais seulement voilà, expliquait les hommes-construction et les hommes-mesure.
Cette route ne pourrait passer que d'un côté de la montagne.
Elle passerait soit à Drundo, soit à Drunda mais elle ne pourrait pas desservir les deux villages.
Oui, les serpengries-routes ont des caprices, ils ne veulent serpenter que sur un versant à la fois sinon ils ont peur de se mordre la queue.
Oh ! soufflèrent les habitants de Drundo qui voyaient venir le problème.
Ah ! au-que-terre les habitants de Drunda qui n'étaient pas nés de la dernière pluie.
Exactement, dire les hommes de la vallée en faisant clignoter leurs casques.
Il fallait désormais choisir quel village connaitrait la modernité de la route
et quel village resterait perdu dans l'éternité de la montagne debout et des sapins debout.
Ils proposèrent un vote la semaine suivante dans les bureaux de la vallée.
Pendant les jours qui suivirent, les villageois de Drundo comme ceux de Drunda préparèrent leurs descentes.
Et maintenant qu'ils savaient que bientôt il y aurait peut-être une route,
ils trouvaient très incommode de devoir emprunter les petits chemins, sauter les ruisseaux et parfois rouler et tomber sur les pierres.
Ils se disaient, c'est ici que la route devrait passer parce que j'en ai vraiment besoin bien plus que les gens de l'autre côté.
Au moment venu, une cohorte de villageois partit du versant nord, baluchant sur le dos et une autre du versant sud, panier à la main.
Les deux cohorts avaient exactement la même longueur car fait amusant,
à Drundo comme à Drunda, il y avait 115 habitants en âge de voter.
Ils défilairent tous dans les bureaux de la vallée.
Pour glisser dans une enveloppe, un papier qui indiquait Drundo ou Drunda.
Quand ce fut le tour de Pietro, un berger du versant nord, il se trouva bien embêté.
Il avait les deux petits papiers, ok, il avait l'enveloppe, d'accord,
mais il n'arrivait pas à savoir laquelle des deux lettres à la fin des mots était un O et laquelle était un A.
Il ne voulait pas se tromper mais il n'osait pas non plus sortir la tête du petit bureau pour demander de l'aide.
Les autres, eux, s'étaient débrouillés tout seul.
Alors il se gratta la tête, retourna les papiers dans tous les sens et finit par décider que c'était là.
C'était sur cette feuille-là qu'était marquée Drundo.
Deux heures plus tard, les hommes de la vallée annonçaient qu'il y avait 114 voix en faveur de Drundo et 116 en faveur de Drunda.
C'est ainsi que Pietro compris qu'il s'était trompé.
Quelques années passèrent, encore, le serpent de route vint se louver sur le vers en sud.
Les habitants de Drunda en étaient très satisfaits.
Les habitants de Drundo essayèrent de continuer à vivre à leur rythme, c'est-à-dire au rythme des chemins, des ruisseaux et des cailloux.
Ils furent semblants de se moquer de ceux de Drunda avec leur route signaniania et leur vitesse signanianie,
mais peu à peu, on constata des disparitions.
Ah, il manquait le forgeron, la boulangère. Leur maison était vide et on les retrouvait bientôt de l'autre côté de la montagne,
installée à Drunda, en bordure de route.
Ils disaient, ouais, mais vous comprenez, c'est pour les affaires.
Bientôt, il n'y eut plus à Drundo que Pietro, qui se sentait coupable.
C'était sa faute si le village était abandonné.
Alors, il essayait, pour se rattraper, d'y conserver la vie à lui tout seul.
Il tachait d'être tous les habitants à la fois.
Il dormait chaque soir dans une maison différente.
Il courait d'une échope à une autre.
Il arrosait toutes les plantes, arrachait les mauvais herbes devant tous les pattes portes.
La nuit, avant de s'endormir épuisé,
il lui semblait qu'il entendait le ronronnement des voitures
qui filait sur le serpent gris-route de l'autre côté de la montagne.
Et puis, il finit par se résoudre à quitter lui aussi son village.
Il ferma chaque porte de chaque maison et glissa chaque clé dans sa poche.
Le trajet fut long jusqu'à Drunda, avec toute cette ferraille qu'il encombrait.
Il s'installa dans une petite maison qui ressemblait à celle qu'il avait sur le vers son or.
Et il décora les murs avec les clés de toutes les tailles
et de toutes les couleurs qu'il avait amenées de Drundo.
Sous chacune d'elles, il nota l'adresse de la maison,
au cas où quelqu'un se déciderait à l'habiter de nouveau.
La dernière fois que je me suis rendue dans le nord de l'Italie,
les clés étaient toujours au mur.
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant, au lit.
...
Episode suivant:
Les infos glanées
Oli
Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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