
"Orso, les 4 géants et la petite ours"
Durée: 9m38s
Date de sortie: 20/02/2019
durée : 00:09:38 - Une histoire et... Oli - Je m’appelle Orso. Ça veut dire ours en corse. Mes parents m’ont donné ce prénom parce qu’ils m’ont fabriqué là-bas, en Corse, il y a sept ans.
Raph en père.
C'est Oli.
O.L.I.O.C.
La bibli des petits.
Je suis pas petit.
Je crois.
Bonjour, je suis Agnès De Sartre
et je vais vous raconter l'histoire d'Orso,
des quatre géants et de la Petite Ours.
Je m'appelle Orso.
Ça veut dire ours en corse.
Mes parents m'ont donné ce prénom parce qu'ils m'ont fabriqué là-bas.
En corse il y a sept ans.
Je ne pas trop penser à ça.
À la corse et à mes parents qui me fabriquent.
Et puis la corse c'est un endroit où il fait chaud alors que là,
au moment où je vous parle,
je suis dans la neige.
Au ski.
Au ski c'est super.
Sauf que j'ai envie de pleurer parce que je viens de tomber du remont de pente.
C'est une des pires choses au monde.
Comme c'est dangereux de rester au milieu de la piste,
je m'éloigne et j'attends sur le côté.
Des bouts de soleil passent entre les branches.
Je commence à avoir soif.
Hier, au diner, j'ai demandé à mon père si on pouvait boire de la neige fondue.
Mon père est ingénieur.
Il adore expliquer.
Mais je n'ai rien écouté.
Parce que ma mère avait disparu.
Oui, vous avez bien entendu.
Disparu.
Quand j'ai demandé à mon père où elle était,
il m'a répondu comme si c'était complètement normal.
Ta mère avait mal au coeur et elle avait besoin de réfléchir.
Alors elle est descendue dans la vallée pour être un peu seule.
Réfléchir à quoi j'ai demandé ?
Elle te le dira peut-être un jour.
Un répondu, mon père.
Toi, tu sais, papa, elle te l'a dit à toi.
Tu veux des nuggets sous la pizza dans le menu enfant ?
Mon père changeait de sujet parce qu'il était gêné.
Peu importe.
Car maintenant, ce qui compte,
c'est que moi aussi j'ai disparu.
A jamais, dans la neige.
Je suis perdue.
J'ai toujours soif et je commence à avoir un peu peur.
Tout à coup, j'entends une voix.
Au début, c'est plutôt un souffle dans les arbres.
Je t'en l'aurai et ça se précise.
Il était une fois un géant froid comme la neige.
Un géant chaud comme l'été.
Un géant beau comme l'automne et un géant gentil comme le printemps.
Mais attention, les saisons dépendaient de leurs caractères.
Pas le contraire.
Je cherche d'où vient la voix.
Je tourne la tête, je lève les yeux vers les cimes vers sombre.
La voix reprend.
C'était une voix un géant froid comme la neige.
C'est une voix de fille.
Un géant chaud comme l'été.
Et c'est une histoire ancienne.
Un géant froid comme l'été.
Antique, dirait ma mère,
qui est professeur de latin et de grec.
Mais attention, les saisons dépendaient de leurs caractères.
Je me déplace encore prudemment sur les fesses en m'aidant de mes mains.
Je suis la voix.
Elle me fait oublier la soif et la peur.
Je descends.
Je roule sur moi-même.
Mes bâtons s'emmèlent un peu avec mes skis.
Mais ils se démêlent aussitôt.
J'écoute la voix qui répète toujours la même phrase.
J'ai pourtant l'impression d'écouter une histoire.
Et je continue de descendre.
Sans faire exprès, je réussis à retrouver le bas de la piste.
Soudain, je suis face à Mathieu, mon moniteur.
Il est étonné.
« Tu es très débrouillard, me dit-il.
Mais la prochaine fois, attends-moi.
Je t'aiderai.
La prochaine fois, c'est aujourd'hui.
Et dès le début du cours, j'ai remarqué que le bruit des skis sur la neige,
surtout quand on fait un virage, ressemblait à la voix de la fille.
Alors je multiplie les virages.
Parce que j'ai envie de savoir la suite de l'histoire.
Si les géants sont des frères ou s'ils sont des ennemis,
si les saisons existent ou si elles dépendent de notre caractère.
Quand je tourne à gauche, je vois le géant chaud comme l'été
et celui qui est gentil comme le printemps.
Ils sont frères.
Moi, je suis fils unique.
Quand je tourne à droite, je vois le géant beau comme l'automne
et son cousin, celui qui est froid comme la neige.
Le soir, nous dinons tête à tête, mon père et moi.
Ma mère est toujours en train de réfléchir à je ne sais quoi, je ne sais où.
Je ne pose pas de questions.
Je surprends mon père en train de compter quelque chose sur ses doigts.
C'est étrange pour un scientifique comme lui.
Je ne fais pas de remarque.
C'est ce qu'on appelle le respect de la vie privée.
Et c'est quelque chose de très important dans notre famille.
Une fois au lit, je reprends l'histoire des géants où je l'avais laissé.
Mais je m'endors avant d'avoir trouvé la suite.
Quand je me réveille le lendemain matin, j'appelle mon père.
Je veux savoir l'heure qu'il est.
Comme il ne répond pas, je me penche par-dessus le rebord de la médezanine
pour vérifier s'il dort encore dans son lit qui est juste au-dessous du mien.
Le lit est vide.
Les draps sont tout froissés, la couverture rejetée.
Je suis seule.
Seule dans ma chambre, seule dans l'hôtel, seule au ski, seule au monde.
Mais je n'ai pas peur.
Je me sens fort et grand.
Je choisis moi-même mes vêtements dans la vallée et je m'habille.
Quand j'arrive dans la salle du restaurant, je redeviens petit d'un coup.
Dès que je vois maman juste en face de moi, assise devant une tasse et incroissant,
j'ai envie de me rouler en boule sur ses genoux, de respirer son odeur et qu'elle me sert dans ses bras.
Je me précipite vers elle.
« Tu as fini de réfléchir ? » je lui demande.
« On n'a jamais fini de réfléchir » répond-elle en m'embrassant.
« Pourquoi tu es revenue alors ? »
« Pour vous, pour voir la montagne.
Tu n'as pas besoin de m'expliquer, maman.
Raconte-moi juste une histoire.
Je te dis le début et tu fais la fin, d'accord ? »
Elle hoche la tête et je lui récite la phrase que j'ai entendue avant-hier,
quand je suis tombée du téléski.
Il était une fois un géant froid comme la neige,
un géant chaud comme l'été,
un géant beau comme l'automne et un géant gentil comme le printemps.
« Ah oui, je vois, » dit-elle.
C'est une légende antique inventée par Nora, la petite ours.
C'était à l'époque où les saisons n'existaient pas.
Elle dépendait de l'humeur de quatre géants.
Deux d'entre eux étaient frères, les deux autres étaient des cousins.
« Et qui était Nora, la petite ours ? » j'ai demandé.
Une enfant perdue dans la montagne, qu'un couple d'ours avait recueilli.
Elle a grandi avec eux et quand elle est revenue dans la vallée parmi les hommes,
elle est devenue compteuse.
« Comment elle a appris à parler ? » j'ai demandé.
Personne ne le sait, moi je crois que c'est grâce à l'écho.
Elle entendait les voix venues de la plaine.
« Qu'est-ce que t'en penses, toi, papa ? Tu es scientifique ? »
Mon père n'a rien répondu.
Il nous regardait en secouant la tête comme si nous étions un trésor.
« Ma petite famille » a-t-il dit comme si c'était la réponse à ma question
et il a répété encore « ma petite famille ».
Plus si petite que ça a fait ma mère.
Et soudain j'ai tout compris comme Archimède avec son oréca.
J'ai compris à quoi ma mère réfléchissait et j'ai compris ce que mon père comptait sur ses doigts.
Moi aussi j'étais un scientifique finalement.
Si c'est une fille, j'ai demandé.
On l'appellera Nora.
Mes parents en riausent éclats et m'ont dit en cœur « ce sera un garçon ».
Aujourd'hui c'est le dernier jour des vacances et je passe ma deuxième étoile.
Il neige mais je suis tranquille.
Je sais que même si je tombe une voix me guidera.
Et je sais aussi que cette voix c'est la voix de ma petite sœur
qui n'étra dans huit mois selon les calculs que mon père a fait sur ses doigts.
Je sais aussi que même si mon père est un savant et que ma mère réfléchit beaucoup,
il se trompe parfois.
Je pense à Nora, la petite ours, la sœur d'orso.
Et je me dis qu'on va devenir une grande famille.
Et voilà, l'histoire est finie.
Maintenant, au lit.
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Oli
Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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