Radio classique présente des histoires en musique avec Elodie Fondacci.
Des histoires, des histoires, des histoires! Est-ce que je peux avoir une histoire s'il te plaît?
Tu me racontes une histoire?
Encore une histoire? Vous avez été sages, vous êtes sûrs?
Bon d'accord, je vais vous raconter l'histoire de Mère Misère.
Vous êtes prêts? Vous êtes bien installés?
Alors, chut, plus de bruit, parce que l'histoire va commencer.
Il était une fois, une femme si pauvre qu'on l'appelait Mère Misère.
Elle habitait dans une cabane à moitié en ruine et n'avait pour tout bien qu'une petite chèvre maigre
et une petite marmite noircie par le temps qui ne servait pas souvent,
car Mère Misère n'avait guère de quoi se nourrir.
Cependant, à côté de sa mesure, se trouvait un arbre, un sol.
Un poirier magnifique dont les fruits en automne faisaient le bonheur de Mère Misère.
Malheureusement, les gamins du village venaient bien souvent les manger avant elles.
Elle les trouvait installés sur les branches qui se pourlaient chez les babines.
Mère Misère avait beau se fâcher. À quoi bon? On ne peut changer les enfants.
Et vieille comme elle l'était, elle ne pouvait guère leur courir après.
Un soir d'hiver, alors qu'il gelait à pierre fondre, on ne frappa à la porte de la cabane.
Mère Misère se leva péniblement et trouva sur son seuil un homme
qui avait l'air encore plus maigre et plus misérable qu'elle ne l'était elle-même.
Je vous en prie, dit l'homme, je suis si épuisée et épitiait de moi.
Pour l'amour de Dieu, laissez-moi passer la nuit sous votre toit.
Mère Misère connaissait la fin.
Elle ouvrit donc sa porte et mit sa dernière bûche au feu.
Mon toit est percé, répondit-elle, je n'ai que le lait de ma chèvre et un mauvais graba,
mais il ne sera pas dit que j'ai laissé un malheureux mourir de froid.
Elle donna sa paillasse au vieil homme et elle a se couché elle-même dans un coin de la mesure.
La tête contre son escapot.
Le lendemain, lorsque Mère Misère se réveilla, elle trouve à l'homme déjà prêt son bâton à la main.
Il la regarde à droit dans les yeux.
Tu es la seule, dit-il, à m'avoir aidé quand tant d'autres m'ont laissé groloter à leur porte.
Pour te remercier de ta bonté, je vais t'accorder un peu.
Que désir-tu le plus au monde ?
Mère Misère fut bien étonné.
Je ne désireurais rien, dit-elle, et ce n'est pas par intérêt que je t'ai porté secours.
Mais, puisqu'il faut souhaiter quelque chose, eh bien il me vient d'une idée.
Je suis l'asque les galopins du village viennent me voler mes poires dès que j'ai le dos tourné.
Aussi voici mon vœu.
Je souhaite que Kikonk grimpera sur mon poirier, ne puisse plus en descendre sans que je lui en donne la permission.
Soit, dit l'homme en hauchant la tête,
ce que tu as demandé te sera accordé.
Et il s'éloigna, et disparu bientôt au détour du chemin.
Mère Misère au salet-épaule et retourna à ses occupations.
Pourtant, l'homme n'avait pas menti.
À l'automne suivant, quand les poires furent à nouveau murs,
les gamins revinrent comme une nuée de moineaux et grimperent sur l'arbre pour chapparder les fruits.
Mais lorsqu'ils voulaient redescendre, impossible.
Ils se trouvaient comme collés aux branches.
Ils urbent au crier, supplier, appeler la vieille femme à leur secours.
Mère Misère se contenta de rire.
Pour leur donner une bonne leçon, elle les laissa percher plusieurs jours sur leurs branches.
Ce n'est que quand ils eurent juré de ne plus jamais recommencer
qu'elle les laissa enfin sauter dans l'herbe et se sauver.
Et les années passèrent.
Mère Misère vécu tant paix dans sa cabane.
Toute l'année, elle se réjouissait à l'idée de manger à l'automne
ces belles poires juteuses que personne ne lui volait plus.
Et puis, il arriva ce jour qui nous arriva tous.
La mort vint un matin se présenter à la porte de la cabane.
Je viens de chercher Mère Misère.
Dis la mort.
Déjà ? répondit Mère Misère.
Déjà ? confirma la mort.
Ton heure a sonné. Il faut que tu me suives.
Eh bien soin, dit Mère Misère, le temps de mettre ma robe du dimanche et je suis à vous.
Pendant que je me prépare, je vous en prie, cueillez donc une poire dans le poirier.
Ce sont les meilleurs du pays.
La mort, sans soumévier, grimpe à l'arbre en l'attendant.
Mais quand elle voulu redescendre, elle ne le put.
Elle supplia, menaça tant péta, mais Mère Misère se garde à bien de la délivrer.
Et la mort reste à là, coincée dans le poirier.
Les jours, les mois et les années passèrent.
Sur terre, plus personne ne mourrait.
Au début, tout le monde s'en réjouit bien sûr.
Mais les choses ne tardèrent pas à se gâter.
Il y eut bientôt tant et tant d'habitants en ce monde que l'on pénète à les nourrir.
D'autant plus qu'on ne pouvait plus tuer ni un lapin ni une poule, pas même un moustique.
Il n'était pas rare de croiser des centenaire raccablés de vieillesse et de décrépitude
que la mort ne pouvait plus soulager, emprisonné comme elle l'était dans le poirier.
Et peu à peu, Mère Misère, compris le mal qu'elle avait fait sans le vouloir.
Elle marcha jusqu'à l'arbre et appelle à la mort.
« J'accepte de te laisser descendre, lui dit-elle,
mais à une seule condition, que tu ne te saisisses jamais de moi, promet-tu ?
Pour ne pas rester sur le poirier jusqu'à la fin des temps, la mort dû donner sa parole.
»
Mère Misère prononça alors les mots qui délivraient la mort.
Et la mort puisse en aller reprendre sa besogne.
Mais elle respecta sa promesse.
Jamais elle ne revint du côté de la cabane.
Voilà pourquoi Misère est au jour de ce monde.
« Mère Misère, un conte de Belgique adapté et raconté par Elodie Fondaci sur le coiture de Gabriel Forêt.
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