C'est l'histoire de Milidae.
Coucou, c'est moi Milidae.
Alors que la nuit est tombée,
des grondements résonnent au salon du livre.
Certaines lettres sont mécontentes,
elles ne sont pas les seules.
Les expressions aussi ont leur mot à dire.
La nuit va être longue.
Tu es bien installé ?
Je vais te raconter.
Ils sont des milliers de livres
à être venus ici au salon du livre.
La nuit est tombée,
le calme règne.
Enfin, tout n'est pas aussi calme que cela en a l'air.
Des grondements montent.
Une petite révolution se prépare.
Elle vient du côté des dictionnaires.
Certaines lettres sont en pétard
et n'hésitent pas à le faire savoir.
Zan et Mar.
Zozote, la lettre Z.
Pourquoi vous ne m'invitez pas plus dans les livres ?
La lettre E, la lettre A,
elles sont là à chaque page,
dans toutes les phrases.
Alors que moi,
le Z,
zéconté,
et parfois,
zapparaît zéro fois sur la page.
Z,
trouve ça,
en zut.
Oh lala, mais tu exagères.
Il y a quand même des livres
où tu es très présente.
répliquent les romans.
Vous pouvez savoir lesquels ?
Eh bien, dans les livres,
il y a des zèbres,
des zombies.
Et tu occupes aussi la première place
dans le nom de grands héros comme
Zoro,
Zorah la Rousse,
Zébulon,
ou encore Zeldin.
Franchement,
toi, la lettre Z,
tu n'as pas à te plaindre.
Pour moi, le Y,
c'est beaucoup plus dur
d'être la première lettre d'un mot.
Ou alors,
il faut que les personnages des livres
mangent des yoghurtes,
croise un yéti,
la face du yoga,
ou jouoyoyo.
Peut-être,
mais quand on récite l'alphabet,
ce n'est pas toi le dernier.
La lettre à la traîne
qu'on annonce toujours en dernier.
C'est moi, le Z.
L'alphabet, c'est de AZ,
A, B, C, D, E, F, G,
H, I, J, K, L, M, N, O,
P, Q, R, S, T, U, V,
D, V, X, Y, Z.
Personne n'apprend l'alphabet à l'envers.
Z, Y, X, W, V, U, T, S, R.
Ça sonnerait pourtant mieux,
je trouve.
Et si on faisait dans cet ordre-là,
peut-être que les ons
penseraient plus à moi
et que j'apparaîtrai
plus souvent dans les livres.
Excusez-moi,
j'ai entendu que vous n'étiez pas contents.
Je voulais vous dire
que vous n'êtes pas seuls.
Nous aussi, nous sommes en colère.
Euh, vous êtes qui ?
On se connaît ?
Pas vraiment.
Je représente
le syndicat des mots anciens
qui risquent bien de passer aux oubliettes.
Si personne ne réagit.
Alors vous aussi, on vous oublie ?
Se réjouit le Z qui se sent déjà moins seul.
Malheureusement, oui.
Certains mots existent,
mais on ne les prononce plus,
on ne les lit plus dans les livres.
Comme certains animaux,
ces mots sont en voie d'extinction,
et risquent de disparaître à tout jamais.
Mais c'est horrible !
Que peut-on faire pour éviter cette catastrophe ?
C'est simple.
Il faut remettre ces mots anciens au goût du jour
et les parsemmer dans les livres.
Alors, il faut absolument parler au roman.
Oh, les romans, vous nous entendez ?
C'est bon, on vous écoute.
Merci, c'est très aimable à vous.
Alors, voici quelques suggestions.
Au lieu d'écrire, les enfants n'arrêtent pas de se chamailler.
Vous pourriez noter, les enfants n'arrêtent pas de se harpigner.
Harpigner, c'est joli, vous ne trouvez pas ?
Bon.
Ah, vous n'aimez pas.
Dommage.
Mais ce n'est pas grave.
Attendez, j'ai autre chose.
Tenez, quand quelqu'un râle,
et entre nous, ça arrive assez souvent,
vous pourriez grire, arrêtez de rôgner.
Rôgner ?
C'est noté.
On essaiera de le ressortir.
Autre chose à ajouter,
parce que nous là, on aimerait bien les scoucher.
Annonce les romans en bayant.
Tuttut, poussez-vous, cet annonce, qu'est-ce que vous croyez ?
Qu'on compte pour des prunes.
Mais qui êtes-vous ?
Sacre bleu, sa perlie popette, non un petit bonhomme.
Ne me dites pas que vous nous avez oubliés.
Nous sommes les expressions des huètes,
celles des grands-papas et grands-maman.
Dites donc les romans, bandes de petits-chnappants.
Vous avez intérêt à nous utiliser ?
On ne sait pas casser la nennette pour rien toutes ces années.
Et on ne va pas non plus attendre la sangle-inglins
pour se retrouver dans vos bouquins.
C'est bon.
On va essayer de vous faire un peu de place.
Mais on a aussi les nouveaux mots et expressions à utiliser.
Se justifie les romans.
Mais c'est formidable ! Plus on est fou, plus on rit.
On se réjouit de faire leur connaissance.
Oh, vous savez, les nouveaux mots ne sont pas toujours très drôles.
Tenez, le verbe « bader » vient de faire son entrée dans le dictionnaire
et devrait bientôt arriver dans les romans.
Ah, intéressant !
Et ça veut dire quoi exactement ? Bader ?
Eh bien, cela signifie qu'on est inquiet.
Ongoissé.
On peut dire par exemple « j'ai badé l'autre jour »
ou alors « j'étais en PLS ».
Bref, je me sentais mal.
Ah, d'accord.
Très drôle cette nouvelle expression.
À notre époque, on disait qu'on avait le moral dans les chaussettes.
Mais il n'y a pas de nouveaux mots dans le dico un peu plus joyeux.
Euh, attendez, laissez-nous regarder.
Ah si, il y a le mot « crush » !
C'est quand on a un coup de cœur pour quelqu'un.
Vous voyez ce que je veux dire ?
Ah, bien sûr, on voit bien !
Chichichichii, mais très bien même !
On n'est pas nés de la dernière pluie.
Nous, on disait qu'on avait le bégin.
Quand on avait des petits cœurs dans les yeux.
Bon, eh bien, les romans.
Vous vous débrouillez comme vous voulez.
Mais nous, les mots anciens,
on veut se retrouver avec les mots « nous ».
Nous, nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous v
voulons vous dire que nous voulons vous dire que nous voulons vous dire qu'on sera un interface entre nous.
ordonne la lettre Z.
Cette nuit, il n'y a plus que moi qui ai le droit d'exister.
Le silence s'installe.
Et alors que les premiers livres sombrent dans un sommeil profond,
le ronflement raisonne
pour le plus grand bonheur de la lettre Z.
Oh non, l'histoire est déjà finie.
T'en fais pas ?
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Tu peux y écouter toutes ces aventures.
Il y en a une nouvelle chaque dimanche matin.
Yes, troupe-garde.
Alors, ça t'a plu ?
C'était Petite Révolution au salon du livre,
écrit par Christine Pompey.
Allez, ciao, bisous.
Voilà, c'était l'histoire.
L'histoire de mille idées.