
"Les papiers d'Omar"
Durée: 9m33s
Date de sortie: 18/02/2020
durée : 00:09:33 - Une histoire et... Oli - Chic, chic, Oli, le podcast original à écouter en ligne et disponible en téléchargement, revient avec des histoires à écouter sans modération, pour vous les parents et pour vos enfants.
Prends-femme père.
C'est Oli.
O-L-U-R-I.
La bibli des petits.
Je suis pas petit.
Bonjour, je suis Sophia Aran.
Et je suis Sévrine Vidal.
Nous allons vous raconter l'histoire des papiers d'Omar.
Un jour, dans les couloirs de mon école, j'ai rencontré Omar.
Ça me paraît loin, parce qu'il s'est passé beaucoup de choses depuis.
Au tout début de la première seconde, de la première minute de notre rencontre,
c'était juste le monsieur avec le balai qui fait le ménage dans ma classe.
Après l'école, les élèves qui restent à l'étude prennent leur goûter dans la cour.
C'était le moment où Omar faisait sa pause.
Moi, j'ai rencontré Omar.
Assise sous le solarbre de la cour, j'aimais beaucoup le regarder.
Un jour, il m'a fait un grand sourire, un sourire brûlant, un peu triste.
On a commencé à se parler, tranquille.
Chaque soir, Omar et moi ont sé-raconté nos vies,
ma toute petite et sa grande histoire à lui.
Omar a fait un très long voyage jusqu'à la France.
Il a traversé des mères, des routes, des chemins.
Il a quitté son pays et sa famille à cause de la guerre.
Omar pleurait presque parfois, mais je voyais quand même son sourire caché sous les larmes.
Lui qui disait toujours, on n'a qu'une vie louvre.
En l'écoutant, moi j'en vivais mille.
Omar a vécu tellement d'aventures, des aventures incroyables,
de quoi remplir tout un livre.
Il m'a demandé de raconter mes rêves.
Tu veux faire quoi plus tard, quand tu seras la grande louvre ?
Moi, je voudrais être poète.
Mais le papy dit que ce n'est pas un vrai métier.
Omar m'a répondu.
Il a drôle d'idée ce papy. Il faudra qu'on se parle, lui et moi.
Poétesse, c'est bien, c'est très bien.
Et puis un jour, à l'école, un lundi gris pourri,
on a entendu des bruits de pas bizarres, des portes claquées,
et par la fenêtre des gyrophares bleus éclairés la salle de classe.
On a eu très peur. Le maître est allé voir ce qui se passait
en revenant dans la classe, il a dit...
C'est Omar. Vous savez, le monsieur du ménage.
Les policiers sont venus ici pour l'emmener.
Il doit retourner dans le pays où il est né, parce qu'il n'a pas de papiers.
Dans ma tête, tout s'est complètement fermé.
Alors j'ai dit, mais, mais des papiers, il y en a plein dans la classe,
on va lui en donner. Le maître a souri.
Pas du papier comme ça, louvre.
Les papiers sur lesquels il y aurait écrit qu'Omar peut rester ici, en France.
C'était l'heure de la récré, alors on est sorti dans la cour.
Dans le rang, j'ai parlé d'Omar. J'ai dit que c'est mon ami.
Les copains aussi s'inquiétaient.
Sauf un Billy qui a dit...
Qui ? Celui du ménage ?
Bof, je m'en fiche, moi.
Depuis l'arbre de la cour, j'ai vu Omar sortir entre deux policiers.
Ces yeux regardaient partout, tout agité.
Ils me cherchaient, c'est sûr.
J'avais ma bande avec moi, Zayn, Naya, Leon et Vanny.
Venez, c'est trop injuste. Il est gentil Omar, et il n'a rien fait de mal.
Billy a pris son air fâché, comme si c'était lui le chef.
N'importe quoi, on va jouer plutôt.
J'ai rien écouté, il m'énerve Billy, et j'ai couru vers Omar.
Les autres m'ont suivi. Vous imaginez ?
Louvre et sa meute.
On a fait comme une grande ronde autour de lui. J'ai crié,
personne n'approche, on ne vous laissera pas l'emmener.
Même Omar a essayé de nous raisonner.
Ne vous mettez pas de ça, les enfants, allez manger le goûter, c'est rien.
A lui non plus, on n'a pas obéi.
Au début, c'était pour montrer qu'on n'était pas d'accord.
Omar, c'est notre ami.
Et puis, c'est devenu de la poésie. Ça rimait.
Notre école, c'est chez lui. Omar est le bienvenu ici.
D'autres élèves nous ont rejoint. Isaac, Blanche, Nael.
On criait, on chantait en regardant les policiers.
Omar, c'est notre ami.
Notre école, c'est chez lui. Omar est le bienvenu ici.
Notre école, c'est chez lui. Omar est le bienvenu ici.
Il y en a un, je crois qu'il m'a fait un clin d'œil.
Mais je suis pas sûrsure.
Les maîtresses et le maître sont arrivés. Ils nous filmaient.
Celui qui avait l'air d'être le chef des policiers,
a décidé de repartir sans Omar.
Vous voyez pas que les unités...
Mais on reviendra.
À 4h30, on a tout raconté aux parents,
aux grands frères et sœurs, aux nounous, aux grands parents.
Il était hors de question de rentrer chez nous en laissant Omar tout seul.
Et si la police revenait le chercher ?
La maman de Selma est avocate.
Ça veut dire que son métier, c'est de défendre les gens
qui ont de gros problèmes, comme Omar.
Elle a passé beaucoup de temps au téléphone.
Le père de Blanche est éducateur. Il l'aidaient.
Ça avait l'air compliqué.
Les adultes se pressaient autour de notre Omar.
Ils lisaient des mots tordus, j'y comprenais. Rien.
Titres de séjour, centres de rétention, expulsions...
Une poésie, avec des rimes aussi, mais pas très jolis.
D'autres parents sont arrivés à la fin de l'étude.
Certains ont repris leurs enfants en ralent.
Maman a aidé à peindre sur une grande banderole,
des papiers pour Omar.
Et sur une autre, en rouge, en vert, en violet,
ils n'ont pas de papiers, mais ils ont des droits.
Toute l'école s'est organisée.
On s'est relayé, on a même parlé de nous à la radio et à la télé.
C'est dingue, non ?
Quelqu'un surveille l'entrée.
On a décidé d'un code, 3 coups de sifflet pour annoncer l'arrivée de la police.
S'il revienne, on est prêt.
On se remettra autour d'Omar pour faire rempart.
Les parents de Ram et Asmar ont commencé à porter des plats,
à partager.
Tous les adultes cuisinent et ont fait des pique-niques géants dans la cour.
Ou sous le préau, quand il pleut.
On se régale et on rigole.
Ce qu'on fait, parait que ça s'appelle occuper l'école.
On dort sur des matelas.
Le soir, Omar nous raconte des histoires.
Dans son pays, son arrière grand-père, son grand-père, son père était des griots.
Des compteurs d'histoire, des histoires qui ne sont pas dans les livres,
mais qui se racontent au coin du feu.
Ici, c'est au coin des tapis de sport, mais c'est pas mal non plus.
Il nous a dit qu'il a toujours eu peur de se faire arrêter,
dans la rue, dans le métro.
Il a dit que c'était nervant, que ça lui donne l'impression d'avoir fait quelque chose de mal.
Il dit que parfois, il se met à courir, comme ça, pour rien.
Moi, je voudrais courir avec lui.
Moi, vite, derrière à la traîne, parce que j'ai des petites jambes, mais quand même.
Ce soir, je suis rentrée chez papy.
Il n'est pas très d'accord avec tout ça.
Ça sert à rien ce que vous faites, Louvre.
À rien du tout. Vous perdez votre temps.
Sur le coup, moi, je n'ai rien répondu.
Mais plus tard, dans mon lit, avant de m'endormir, j'ai pensé à ce que je pourrais dire à papy.
Je lui ai dit, en criant très fort dans ma tête, ça m'a défoulé.
En vrai, je ne crée jamais sur papy. Il est trop vieux.
N'importe quoi. Ça sert beaucoup. Ça sert à montrer qu'Omar, il n'est pas tout seul.
Ça sert à faire quelque chose tous ensemble.
On sera peut-être de plus en plus à la fin et on sera énormément d'humains, derrière Omar.
Et toc, dans tes dents, papy.
J'ai eu du mal à dormir ce soir-là.
Ça me fait mal au cœur d'habiter dans un pays qui dit aux gens comme Omar,
Va-t-en. Tu déranges. J'ai pas fermé l'œil, moi.
On a attendu, attendu longtemps, des semaines.
Maintenant, on n'attend plus, on espère, a dit le maître.
Enfin, un matin de grand soleil, la maman de Selma est arrivée avec la bonne, la belle,
la merveilleuse nouvelle qu'on voulait tous entendre.
Omar avait enfin des papiers, des vrais avec le tampon et tout.
Il a le droit de rester en France, de garder son travail pour de bon et de vivre avec sa famille.
On a décidé d'organiser une jolie fête dans la cour de l'école le lendemain.
Omar avait préparé un discours qu'il a dit tout doucement.
Il fallait tendre l'oreille pour l'écouter. Il a dit...
Je sais que je ne suis pas tout seul. Non, je ne suis plus tout seul.
Avec mon verre de faux champagne, je me suis approchée de lui.
Il m'a fait ce sourire brûlant. Le même sourire qu'en début d'année, quand on est devenus amis.
Hier, j'ai revu papy. Je lui ai tout raconté.
Je lui ai dit que l'autre jour, il s'était trompé, que ce qu'on a fait, ça n'était pas rien.
Comme le chant des oiseaux.
La bonne odeur de la pluie dans les jardins.
La musique qui fait danser.
L'amour.
L'amitié.
La poésie.
Le souvenir de ma vie.
Et les autres trucs comme ça, qui ne se voient pas. C'est pas rien non plus.
Plus tard, je penserais toujours à cette aventure qu'on a vécue tous ensemble pour garder Omar avec nous ici.
Et puis, je serais poète. Comme lui, j'inventerais des mots.
Des mots qui se disent sur une scène ou au coin du feu, qui s'écrivent, se chantent, se dessinent, passent des uns aux autres.
Des mots pour changer le monde.
Voilà, l'histoire est finie. Et maintenant, au lit.
Non, une autre.
Oui.
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Oli
Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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