"Le peintre qui volait la couleur des choses"

Durée: 8m55s

Date de sortie: 22/07/2020

durée : 00:08:55 - Une histoire et... Oli - Avec Oli, vous allez pouvoir profiter de moments privilégiés pendant les vacances avec vos enfants en écoutant les contes avec eux, ou en échangeant sur la façon dont ils ont compris les histoires.

Prouve un père !
C'est Oli, O, L, I, O, I.
La bibliothèque des petits.
Je suis pas petit.
Je crois.
Bonjour, je suis Miguel Bonnefoix et je vais vous raconter l'histoire du vieux peintre qui volait la couleur des choses.
...
Au 4e étage du 46 rue Madame vit un vieux peintre sans aucune inspiration.
Il passe ses journées vides devant la fenêtre de sa chambre, à côté de son chevalet,
à attendre un événement que quelque chose se passe, entouré de ses plantes, de ses toiles vierges et de ses peaux de couleur.
Pour faire un tableau, il aimerait que son esprit soit peuplé de perroquets, de pirates, de palais, de diamants et des curies, des léphans.
Il aimerait imaginer des géants et des centaurs, des guerriers et des villes magnifiques.
Or, le vieux peintre du 46 rue Madame, cet homme petit et gras,
chauve avec des lunettes, ne se contente que de fixer sa fenêtre solitaire, abandonnée, enquête d'un sujet.
Soudain, dehors, un oiseau se pose sur la balustrate de sa fenêtre.
C'est un petit moineau bleu.
Ah ! s'exclame le peintre.
Voilà un bon sujet de tableau.
Avec des gestes prudents, il mouille son pinceau, sort une toile, installe son chevalet, mais le temps de préparer sa palette, l'oiseau, c'est déjà en volet.
Déçu, il se dirige vers la cuisine, coupe un peu de peint et pose, sur le rebord de la fenêtre, une petite assiette de miettes.
L'oiseau revient.
Le peintre le regarde picorer, tandis qu'il ouvre ses peaux de peinture.
Et subitement, derrière le moineau, apparaît une dizaine de pigeons en agitant leurs ailes, lançant des coups de bec, et, en quelques secondes, il vide la petite assiette et disparaisse dans une magarre.
« Malheur ! » dit le peintre.
Ils ont fait fuir le petit oiseau.
Le peintre, sous pire, range le pinceau, déplace sa toile, nettoie sa palette.
Il va se lever pour fermer la fenêtre, quand tout à coup, un ballon rouge, flottant au-dessus de la rue, entre dans sa chambre.
Le ballon traverse la pièce avec une chorégraphie amusante et reste coincée, à l'angle d'une porte.
Surpris, le peintre attrape le ballon et l'attache à son chevalet.
« Ah ! » répète-il.
« Voilà, un bon sujet de tableau ! »
Timidement, il essaie de copier la couleur dans sa palette, mais il n'y parvient pas.
Il tente de reproduire ce rouge, mais la couleur de son peau n'est pas la même que celle de son ballon.
Alors, il a une idée.
Il s'avance, caresse du bout du pinceau, la surface en latex, et s'aperçoit que le rouge s'imprègne à la pointe.
« Miracle ! » critine.
La couleur reste.
Il tire un trait sur la toile, c'est un trait rouge.
Avec délicatesse de nouveau, il effleure le ballon et capture cette même couleur qu'il fait renettre sur la toile.
Ainsi, centimètre après centimètre, il finit par effacer entièrement la couleur du ballon jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un fil suspendu dans l'air.
En ingeste à droit, il retrace cette ligne nue et réalise son premier tableau.
Le peintre se redresse finalement et dit, avec une émotion pleine de magie,
« Pour faire un tableau, il suffit de voler la couleur des chausses ».
Il se tourne vers ses plantes.
Il saisit une autre toile et fait disparaître sous son pinceau chaque feuille dont le verre reste au bout.
Ensuite, il repeint la plante sur son tableau et crée une nature morte.
Une fois que les plantes ont été effacées, il passe à sa bibliothèque.
Il touche avec son pinceau la surface de chaque livre, chaque couverture de papier
et en quelques minutes, il ne reste de toute sa bibliothèque de ses 100 livres
que quelques tableaux encore frais de peinture qu'il range dans un coin.
Saisi par une fori, il sent la nécessité de s'emparer de la matière qu'il entoure.
Il n'a plus besoin d'imaginer des perroquiers, des pirates, des palais et des écuries d'éléphants.
Il n'a plus besoin de rêver à des géants, cueilleurs, d'étoiles et à des centaurs furieux.
À présent, il peut se nourrir des couleurs de la réalité.
Désormais, les formes et les nuances du monde lui appartiennent.
Il peut défaire le réel pour en bâtir un nouveau.
En quelques heures, il finit par voler à sa chambre toutes ses couleurs.
Du lit au salon, il effleure de son pinceau chaque surface, la peau de toute chose,
la pierre et le bois, les nappes et les draps.
Ils se tournent vers le miroir et, en quelques gestes, défait son propre reflet.
Puis le peintre dit, je veux voler la lumière.
Alors, il marche vers la seule source de lumière, la fenêtre,
et la main tremblant sur le pinceau suivant le contour des volets.
Il la ferme pour toujours.
Le soir, dans sa chambre, vie des sombres, le vieux peintre allume une chandelle.
Autour de lui, il n'y a plus rien.
On ne trouve que des centaines de tableaux éparpillés en désordre
qui représentent le quatrième étage du 46 rue Madame.
Il est assis par terre. Il n'y a plus de fenêtres ni de plantes,
il n'y a plus de lumière ni d'objets.
Lui qui ne voulait qu'un peu d'inspiration a fini par défaire tout ce qui l'entourait.
A présent, ni perroquiers ni pirates, ni rois ni éléphants,
seuls l'obscurité d'une chambre comme dans un musée, peuplé de mille tableaux muets.
Le vieux peintre se lève.
Pour meubler sa solitude, il accroche au mur le portrait du ballon rouge.
Puis, il déroule ses autres toiles, celles de ses plantes et de sa bibliothèque.
Il accroche les tableaux de ses bras.
Il accroche le temps aussi, qui reste suspendu à l'heure de son portrait.
Il accroche la porte, le miroir et enfin la fenêtre.
Il s'assoit en face, comme au début, et observe ce tableau qu'il vient d'accrocher en attendant.
En attendant que quelque chose se passe, il attend devant sa fenêtre en peinture.
« Il manque quelque chose, dit-il.
Il se lève alors et dessine, dans le coin en bas à gauche, une petite assiette de miettes de pain.
Il se rassoit.
Soudain, le moineau bleu échappé revient.
Se pose en équilibre sur la balustrade et picore timidement et tendrement les miettes.
Le vieux peintre prend une nouvelle toile et mouille son pinceau.
Maintenant, dit-il, aucun pigeon ne viendra déranger mon tableau.
Et voilà, l'histoire est finie et maintenant, au lit.
Non, une autre.
Au lit.

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Oli

Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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