Salut à toi ! Un petit message pour te dire que l'épisode que tu vas écouter est un
compte d'Afrique de l'Ouest qui a été enregistré à Abidjan.
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A très vite et bonne écoute !
Il était très habile de s'aimer son métier, il était coiffeur. Mais attention, ce n'était pas n'importe quel
coiffeur, non, non, non, non. C'était un grand coiffeur, on l'appelait Macaulélé.
Macaulélé, coiffelle, petit, les grands, les gros, les minces, les enfants, les jeunes,
les vieux, les hommes et les femmes, les rois et les reines, les princes et les princesse.
Macaulélé coiffeait les gens au-delà de son village, au-delà de sa région, au-delà de son pays.
À cette époque, c'était le coiffeur le plus réputé. Il faisait la renommée de son village
et les gens venaient du monde entier pour se coiffer chez lui. Il venait de Tupalélé,
Thiebelé, Mafiéqué, Ménacrelélé, Hepelelé. Chaque matin,
drapé dans son grand boubou multicolore, lorsqu'il sortait de sa case pour aller à son atelier,
tous les enfants du village l'attendaient et chantaient son nom.
Macaulélé, macaulélé, le coiffeur macaulélé, le roi des coiffeurs macaulélé,
le coiffeur macaulélé, le roi des coiffeurs macaulélé,
et lui, tranquillement, tout doucement, il traversait le village, profitant du rythme,
dansant, chantant, jusqu'à son atelier, tous les matins c'était la même ambiance.
En plus de son talent de coiffeur, on raconte que Macaulélé était aussi un magicien. Attention,
ce n'était pas n'importe quel magicien, non non non non, c'était un magicien redoutable.
Personne ne savait d'où il tenait cette magie, toujours est-il qu'il l'utilisait quelque
fois sur ses clients. Lorsqu'il était de mauvais humeur, il était capable de dire des
paroles bizarres.
Sinc-bobolou, tacatoune-sinc-bobolou, sim-sim-sim-sinc-bobolou, tacatoune-sinc-bobolou,
aussitôt, il faisait pousser les cheveux de tous les enfants du village afin qu'ils
viennent se coiffer chez lui. On dit qu'il était capable de faire disparaître un peigne
sur la tête d'un client et de le faire réapparaître sur la tête d'un autre. En
somme, rien de bien méchant même si tout le monde n'appréciait pas ces blagues. Mais
personne n'osait lui faire se reproche. On commassa tout de même à penser qu'il
avait pris un peu la grosse tête. Ce qui n'empêchait pas les enfants de chanter son nom
tous les matins.
Un jour, arrivant au village un étranger, c'était un vieil homme. Un groupe d'enfants
lui indiqua l'atelier de Macaulélet. Il le salua et demanda à se faire coiffer,
précisant qu'il venait de très loin. Au début tout se passait bien. Macaulélet
le coiffait au bout d'un moment. Sachant que le vieil homme venait de loin, il décida
de lui jouer un tour. Il murmura entre ses dents sa fameuse formule.
Grâce à cette formule, lorsque Macaulélet finissait de coiffer un côté de la tête
du vieillard et passait à l'autre, grâce à sa magie, les cheveux repoussaient sur
le côté déjà coiffé. Et ainsi le suit. C'est ainsi que Macaulélet coiffa le vieillard
pendant une heure. Une heure. Deux heures. Deux heures. Trois heures. Trois heures.
Et puis quatre heures. Quatre heures. Il était fatigué. Cinq heures. Épuisé. Six
heures. Le vieillard n'en pouvait plus. Il compris
que le jeune homme se moquait de lui. Ce que Macaulélet ne savait pas, c'est que
son client, malgré son apparence simple, était aussi un très grand magicien. Il dit
à Macaulélet, excuse-moi mon garçon, puisque tu n'arrives pas à terminer ton travail,
voici ce que nous allons faire. J'ai des courses à faire en ville, alors je vais te
laisser ma tête. Macaulélet ne voyait pas du tout où il voulait en venir. C'est alors
que le vieil homme prononça la même formule dont il croyait seul détenir le secret.
Cinq, ba ba lou. Tac, a, tor, ne, cinq, ba ba lou. Cinq, cinq, cinq, cinq, ba ba lou.
Tac, a, tor, ne, cinq, ba ba lou. Il détacha sa tête de son cou et la posa dans les mains
de Macaulélet. Puis, sans sa tête, il sortit de l'atelier et s'en alla. Macaulélet fut
sidéré, aba sourdi. Il lui froid dans le dos. Il trembla de peur. De toute sa vie, il n'avait
jamais vu une telle magie. Il tenta de se débarrasser de la tête. A chaque fois qu'il
la jetait loin, elle lui revenait dans les mains. Il tenta plusieurs fois mes envins.
La tête du vieil homme revenait toujours dans ses mains. Prie de panique, Macaulélet
courait dans tout le village, allant de porte à porte pour chercher de l'aide. Tout le monde
avait de la peine pour lui, mais personne ne comprenait ce qui se passait. Lorsqu'on
vit à un vieil homme sans tête faire ses courses au marché, on finit par faire le lien.
Et Macaulélet courait partout. La tête du vieux collé dans ses paumes, demandant
secours à toute personne sur son chemin. Mais tout le monde avait peur de cette tête qu'il
trimballait partout. Il pleurait, suppliait, jurait et promettait de le plus recommencer.
Alors, ses paroles furent rapportées au vieil homme qui se décida enfin à rompre le sortilège.
Il reprit sa tête et partit du village le même soir.
Le lendemain, la case de Macaulélet reste à close, son atelier aussi. Au bout de trois jours,
les villageois comprirent qu'il était parti. Il n'avait certainement pas aimé perdre la face
devant tous. À force de se payer la tête des autres, il a failli perdre la sienne. On ne le
revit plus jamais. Une certaine rumeur dit qu'il était toujours coiffeur, mais d'un autre genre.
Il paraît que désormais, il coiffait les mots, comme savent si bien le faire les compteurs et
autres poètes. Si par un pur hasard, il vous arrivait un jour de le croiser sur votre route,
dites lui que là-bas dans son village, tous les matins, les enfants espèrent son retour et
continuent de chanter son nom. Macaulélet, le coiffeur Macaulélet, le roi des coiffeurs
Macaulélet, le coiffeur Macaulélet, le coiffeur Macaulélet.