Radio classique présente des histoires en musique avec Elodie Fondacci.
Des histoires, des histoires, des histoires. Est-ce que je peux avoir une histoire, s'il te plaît ?
Tu me racontes une histoire ?
Encore une histoire ? Vous avez été sage, vous êtes sûr ?
Bon, d'accord. Je vais vous raconter l'histoire de la jarfée Lé.
Vous êtes prêts ? Vous êtes bien installés ?
Alors, chut ! Plus de bruit ? Parce que l'histoire va commencer ?
Il y avait autrefois en Inde, un pauvre homme.
Chaque matin, au lever du jour, il s'en allait chercher de l'eau.
Il suspendait deux jars aux deux extrémités d'un solide bâton,
qu'allèvent fermement le bâton sur ses épaules et marchaient jusqu'à la rivière.
Une fois arrivés, il remplissait ses deux jars.
Puis, il revenait à Palan, le dos simplement un peu plus ployé qu'à l'allée.
Or, l'une des jars était fêlée.
La fissure était presque imperceptible, mais, à chaque voyage, l'eau goûtait sur le sol.
Et à chaque pas que faisait l'homme, la jar perdait un peu plus de son précieux contenu.
De sorte que, quand le porteur d'eau arrivait chez lui,
il n'avait plus guère qu'une jar et demi à donner à sa famille.
Tout se passait ainsi, jour après jour, pendant deux années entières.
Évidemment, la jar qui était sans défaut se montrait très fière de son travail parfaitement accompli.
Mais la pauvre jar fêlée, elle, était tout honne de son imperfection.
Elle se désolait sans pour autant oser en parler au porteur d'eau.
Un beau jour, ni tenant plus, elle s'attressa à lui au moment où il s'apprêtait à la remplir.
Je te prie de m'excuser, murmura-t-elle, je me sens tellement coupable.
Pourquoi ? demanda le porteur d'eau étonné ? De quoi veux-tu t'excuser ?
N'as-tu donc jamais remarqué mon défaut ? Répondis la jar tristement.
Moi pourtant, je ne vois que lui. J'ai une fissure au côté droit.
Depuis deux ans par ma faute, tu n'apportes à la fin de chaque voyage que la moitié de mon eau à ta famille.
Je t'ai bien mal récompensé de tant d'efforts.
Le porteur d'eau ne répondit rien.
En silence, il acheva de remplir les deux jars et il chargea le bâton sur ses épaules.
Enfin, il s'adresse à la jarfée Lé.
Nous allons rentrer à la maison.
Pendant le trajet, je voudrais que tu observes attentivement le chemin.
La jar est onnée, acceptant et le porteur d'eau se mit en route.
À mesure qu'il marchait, la jar émerveillait, regarda le sentier qui longait.
Il était bordé de fleurs magnifiques.
À vrai dire, elle n'y avait jamais vraiment prêté attention,
tout occupé qu'elle était à se morfondre.
Quand le porteur d'eau fut rentré, il questionna la jar.
Alors, dis-moi, qu'as-tu vu sur le chemin ?
La vieille jar répondit.
J'ai vu des fleurs de toutes les couleurs.
A-tu remarqué que ces fleurs ne poussaient que d'un seul côté ?
Demande à l'homme ?
Hum, maintenant que tu le dis, c'est vrai.
Dis la jar, sans comprendre.
C'est sur le côté droit que ces fleurs ont poussé.
Dis le porteur d'eau, sur ton côté.
Vous êtes-tu ? J'ai toujours su que tu étais fêlée.
De ton côté du chemin, j'ai donc planté des graines,
car je savais bien que chaque jour, elle serait arrosée.
Ces fleurs que tu as admirées, c'est grâce à toi qu'elles ont poussé.
Et plein de compassion, le porteur d'eau ajouta.
Ne change rien ma bonne amie.
Et surtout, ne regrette pas des failles.
Voie comme elle nourrisse la vie.
C'est d'elle souvent que naissent les plus beaux jardins.
...
...
C'était La Jar fêlée, un conte de sagesse indien adapté et raconté par Elodie Fondaci
sur la rêverie orientale d'Alexandre Glazunov.
Retrouvez les plus belles histoires en musique, en livre cédé,
aux éditions Gauthier Langroup et tous les comptes d'Elodie Fondaci
en podcast sur radioclassique.fr
Radio classique des histoires en musique.