
"La fable de l’enfant qui avait trop de choses à dire"
Durée: 8m22s
Date de sortie: 22/07/2020
durée : 00:08:22 - Une histoire et... Oli - Tobias a huit ans et même si on lui dit qu'il est trop petit pour comprendre la vie, il savait pleins de mots comme inculte, comme élégant ou aïeule mais il faisait exprès de ne rien dire. Il parlait à ses jouets, seulement à eux. Un conte écrit et raconté par Sophie Fontanel.
Prends-vous un père ?
C'est Oli, O-L-I-O-S.
La bibli, les petits ?
Je suis pas petit, je crois.
Bonjour, je m'appelle Sophie Fontanel et je vais vous raconter la fable de l'enfant
qui avait trop de choses à dire.
Tobias, qui avait huitandage, était amoureux du langage.
Cet enfant à qui l'on disait qu'il était beaucoup trop petit pour vraiment comprendre
la vie.
Seul dans sa chambre devisait.
Deviser, c'est-à-dire des choses, Tobias en savait quelque chose.
Parlait à s'y jouer nombreux auquel il faisait des aveux.
J'ai bien l'impression qu'un adulte, d'accord, c'est grand, mais c'est un culte.
Un culte, il connaissait le mot.
L'un culte est quelqu'un qui sait rien, disait-il d'un ton rigolo.
Il faisait l'académicien comme ça, juste pour le plaisir.
Répétais le mot pour derir, un petit peu le faisait frire, après il passait à un autre.
Mais, important à préciser, apprendre et connaître et parler, tout ça chez lui était caché.
Dans la vraie vie disait Dodo, que des mots courts et prémachés gardaient pour lui tous
les cadeaux que le langage lui offrait.
Il expliquait à ses joujous, « Ecoutez, je le dis qu'à vous, les gens disent gentils
toutou, mais c'est un lévréier afghan, et c'est un secret entre nous.
» Il trouvait vraiment élégant de savoir un peu nommer tout.
« Élégant ? Oui, savez le mot ? » C'était un étonnant marmot.
« Là, vous vous racontez déjà qu'il était premier de la classe ? »
Eh bien, ce n'était pas le cas.
Il était silencieux, Tobias.
Et les mots restaient dans son cœur, où une certaine chaleur les faisait pousser à l'abri.
Les mélangaient avec le reste.
« Fous ce que l'on contient du reste ? »
Nos pensées, sensations, nos cris, se jamais poussés justement.
Et nos sauts de joie, du dedans, tout ça fabriquait d'Antobias, un grand pays, un horizon.
L'horizon, c'est un vaste espace, où c'est qu'on ne voit pas le fond.
Et c'est cela qu'est-ce qu'est Tobias, la forme inconnue de l'Odas.
Si vous avez tout bien suivi, qui suit bien sur cette terre,
j'ai résumé l'étrange vie de Tobias par le vocabulaire.
Assez doué pour la culbute, j'ai dit qu'il trouvait les adultes, bon,
résumons, un peu primaires.
Pourtant, tout son vocabulaire, c'est de la bouche des adultes qu'il le tenait.
C'est clair que l'adulte trouvait un culte, à vrai dire, cultivait Tobias,
en lui mettant dans la besace ces mots nobles miraculeux,
ces mots qui font se sentir riches, qui font de vous un bien heureux.
Alors, que voulait-il dire Tobias, traitant les adultes d'un culte ?
Il aurait dû vouer un culte à ses adultes, et alors grâce, à leur phrase et providentiel.
Mais je n'ai pas d'il essentiel.
Ce que Tobias avait appris, c'est que les adultes jacassent.
Dans leur bouche, les mots s'entassent, ils font croire qu'ils ont tout compris,
mais ces mots, sur eux, attention, sont comme des décorations.
Souvent, ils sont vides de sens, ou alors n'en ont aucun, débile.
C'est pas du tout comme ça que Tobias voyait la langue.
Pour lui, elle faisait bing et bang, et faisait des petits, tout ça.
Quand Tobias repérait un mot vraiment beau, pas un biblot,
il le faisait monter au ciel de son écoute et de son âme.
Le mot faisait comme une flamme et éclairait toute la tête de Tobias.
Oh, c'était la fête !
À force d'être prononcée, écoutée, soupeusée, pensée,
le mot débobinait sa science, et Tobias, mis en sa présence, se sentait fort.
Mais attention, surtout de sa compréhension,
d'avoir deviné, et tout seul, ce que ça voulait dire, aïeule.
Une aïeule, lointaine grand-mère,
lointaine, pas sur cette terre, lointaine dans la stratosphère.
Mais qu'est-ce que c'est que l'au-delà, là où l'on va après la vie,
il mangeut-on du chocolat ?
Tobias s'en répondait que oui.
La nuit, il voyait des tablettes, et le dit passé des planètes,
ou bien parfois, ne voyait rien.
Parce que c'était bien trop aïeule et cahilleule, et plus loin qu'ailleurs.
Et que c'est vraiment pas pour rien que les deux mots aient ce qu'on fonde.
Bref, Tobias devinait le monde.
Sauf que voilà, ça nous amène à la visite médicale.
Le cabinet est ru de gêne.
Le docteur est gêné.
Banal.
Ça fait 20 minutes qu'il tente de faire parler ce patient.
Est-ce que des bonbons ça te tente ?
Tobias tente la main et en prend.
Il les enfourne dans ses joues.
Puis il les mâche, l'âme se règne.
On parle pas la bouche pleine.
Les bonbons sont au chocolat.
Ils sont venus de l'au-delà.
Et Tobias attend paciellement.
C'est impatient. Il est patient.
Il sait très bien ce qui se joue.
On va encore l'examiner, voir si ça langue ses tournées.
Et on va faire des analyses, des tests et des suppositions.
Tobias a toute sa raison.
Et sur le gâteau, la cerise,
Tobias est très intelligent.
Il a peut-être peur des gens.
Ses parents le reconsidèrent avec ce nouvel élément.
Le docteur, il essuie ses verres.
Il y avait de la buée dedans.
C'est pile là, dans le silence.
Du très très loin de son atole,
Tobias enfin prend la parole.
Je parle, mais de préférence à tout ce qui reste en silence.
Et je veux apprendre à parler aux autres, pas à moi.
Pourquoi ?
Parce que moi je sais déjà,
des mots, j'en ai tout un collier.
Parfois j'en prends un et je croque,
c'est comme un collier de bonbons et c'est à ma disposition.
On peut dire que je solille l'oc.
Puis, Tobias ayant dit cela, se tait.
Reprend un chocolat.
Dans la pièce ils sont sidérés.
Ses parents pleurent de bonheur.
Et même les joues du docteur sont bien moins doctes qu'à l'aller.
Ils s'êtreaient mal se débrouiller et les lunettes sont remouillées.
C'est reparti pour la buée.
Tobias se dévoie se moucher et s'approcher de lui.
Il le toucher.
Il reçoit multiples câlins.
Eux, quand c'est pas l'autre, c'est l'un.
Et pourquoi tu te taisais avant ?
Demande soudain le docteur.
Tout se suspend dans le silence.
Tobias le leur dit en douceur.
Pour que les mots gardent leur sens.
Toutes le regardent stupéfait.
Tobias répond par un sourire.
Morale, parfois on se tait.
Parce qu'on aurait tant d'à dire.
Et voilà, la fable est finie.
Et maintenant, au lit !
Non, il n'autre.
Oui.
Un livre ludique et déjanté, disponible en librairie.
Episode suivant:
Les infos glanées
Oli
Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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