"L'arbre qui voulait voir le monde"

Durée: 11m6s

Date de sortie: 22/12/2021

durée : 00:11:06 - Une histoire et... Oli - Pour Oli, Marie Modiano, chanteuse et écrivaine, a laissé vagabonder son imagination avec l'histoire de cet arbre qui rêve d'un ailleurs. Un marronnier à qui il arrive pleins d'aventures et que vous allez adorer.

Prends-vous un père.
C'est Oli. O-L-I-O-C.
La bibliothèque des petits.
Je ne suis pas petit.
Je crois.
Bonjour, je suis Marie Maudiano.
Et moi, Peter Vampol.
Et nous allons vous raconter l'histoire de l'arbre qui voulait voir le monde.
Il était une fois un arbre.
C'était un marronnier blanc à fleurs doubles,
de taille moyenne qu'on avait planté 43 ans plus tôt,
sur une avenue du 15e arrondissement de Paris,
pas très loin de la rue Lourmel.
Depuis qu'il avait vu le jour,
il ne pensait qu'à une chose, du matin au soir,
du soir au matin.
Il rêvait de pouvoir s'échapper un jour de son trottoir.
Il voulait voir le monde.
Découvrir enfin autre chose que ce pâté de maison
où il avait passé toute sa vie.
C'est condisciple les autres arbres
qui l'entouraient à vébol lui dire,
arrête tant de rouspeter.
Tu as la chance d'appartenir à l'une des plus belles villes au monde.
Paris, ville, lumière.
Combien aimerais être à ta place ?
Mais ces paroles ne faisaient qu'attiser
la soif de liberté du pauvre marronnier.
Vous ne comprenez donc rien.
Je voudrais extraire mes racines de ce maudibitume
et voyager à travers les continents,
survoler les océans,
admirer ce qui existe ailleurs.
Paris, Paris, Paris.
Je ne connais rien d'autre dans cette ville
que là où j'ai toujours été.
Je n'ai jamais mis mes feuilles à mon martre,
ni à m'aider mon temps,
ni même à la butoccaille pourtant pas loin d'ici.
C'est ailleurs que je voudrais être,
pas là où je suis.
Puis il s'enfermait dans son silence,
souvent durant des jours entiers.
Il pensait que ça ne servait à rien
d'expliquer aux autres ce qu'il ressentait.
Il ne le comprenait pas.
Les saisons se succédaient sans que rien ni personne
ne vienne soulager le mal de cet arbre
qui voulait voir le monde.
Hiver, automne, printemps, été.
Hiver, automne, printemps, été.
Feuilles tombées, pattes feuilles, bourgeons, feuillages.
Feuilles tombées, pattes feuilles, bourgeons, feuillages.
Cela ne s'arrêtait jamais.
Les passants ne lui prêtaient guère attention.
Il y avait ceux qui parlaient fort sous ces branches,
d'autres qui jetaient des mégots de cigarettes à ses pieds,
les amoureux qui prenaient appui contre son tronc pour s'embrasser.
Mais personne ne prenait la peine de lui adresser un regard.
Quand donc pourrais-je connaître cet ailleurs
dont ma sève rêve depuis qu'on m'a coincé ici ?
Ne cessez-t-il de se lamenter ?
Sous les premiers flocons de décembre, à la veille de Noël,
alors que les gens chargés de paquets
se pressaient de rentrer chez eux pour réveillonner.
Le marognier entendit une voix aiguë
qui faisait penser au teintement d'une clochette.
Marognier de Paris, au toit qui veut voir le monde.
Écoutemons un instant, rien qu'une seconde.
L'arbre baissa son regard et vit sur le trottoir
une forme qui ressemblait à un homme miniature.
Il était vêtue d'une sorte de robe de chambre en velos rouges,
pas plus grande qu'un mouchoir de poche,
avec une longue barbe blanche comme un bout de coton
et le dévisager de ses yeux noirs telles deux petites bidoniques.
Je t'amène avec moi tout au nord du Grand Nord,
là-bas, dans la forêt des arbres qui s'englottent
au royaume de Courlova Thoun Tholi.
Tu pourras demander au branche de tristesse
d'exaucer ton vœu le plus cher.
À toi la folie du monde.
Puis le marronnier sentit soudain
un tremblement le traverser de base en haut,
ses racines se libéraient lentement du ciment
qui les recouvrait et ils se détachaient du sol.
Le curieux petit personnage qui venait de lui parler
était à présent allongé sur lui
et semblait tenir un volant invisible
qu'il guidait de gauche à droite
donnant l'impulsion à l'arbre de se diriger dans telle ou telle direction.
Il contemplait Paris pour la première fois.
Avec en plus une vue panoramique,
ses branches n'en revenaient pas.
Ma ville est donc ainsi.
Jamais je n'aurais imaginé à quel point elle épaisse.
Il était ému de découvrir tous les monuments célèbres
dont il avait si souvent entendu parler.
L'arbre et le petit bonhomme accroché sur lui allait de plus en plus haut.
Il était à présent impossible de distinguer
ce qu'il y avait en dessous d'eux.
Tellement, il s'était été loigné de la terre.
Il faisait froid.
Il faisait noir.
La minuscule créature en robe de chambre rouge
prononça une phrase dans une langue inconnue.
Oh, Corva Tonturi,
Euronberriot,
Entlingen est-il framme ?
Il descendir soudain à toute vitesse
et atterrir en trompe au beau milieu d'une immense forêt
recouverte de neige.
Il y avait beaucoup de bruit comme un long râle
qui vous faisait tourner la tête et vous serrez le cœur.
Le marronnier se dit qu'il devait sûrement être arrivé
au nord du Grand Nord,
dans la forêt des arbres qui s'englottent,
dont lui avait parlé le lutin.
Ce dernier se tourna vers lui et déclamât d'un ton solennel.
Dit-on, veuillez avoir haute et bien distinctement,
les larmes de tes frères, tout contre le vent,
te pousseront au loin pour découvrir le monde.
Si un jour tu veux le revenir d'où tu viens,
fais donc dans cette ébranche et chacourrais de loin.
Le marronnier répondit alors,
« Chers amis inconnus, vous qui habitez tout au nord du Grand Nord,
à vous entendre pleurer ainsi je me demande vraiment
si c'est vous qui devez m'aider
ou plutôt moi qui devrais vous consoler.
Depuis qu'on m'a planté à ma naissance
sur un bout de trottoir,
je ne cesse de rêver d'un ailleurs que je ne connais pas.
Je voudrais voir le monde.
A peine utile terminer sa phrase,
qu'il se trouva transporté sur une plage de sable fin
bordée de grands cocotiers.
Il faisait chaud et le soleil le caressait de ses rayons.
Jamais auparavant, il n'avait vu de paysages aussi doux.
Il ignorait où il se trouvait exactement.
Au Caraïbes, au Polynesie,
peu lui importait, il se sentait bien.
Au bout de quelques semaines à regarder l'océan
et écouter le clic-tie des vagues,
il commença à se lasser de son environnement.
Tout est si calme ici.
J'aimerais retrouver l'agitation urbaine,
être un arbre dans une ville inconnue.
A peine utile terminer sa phrase,
qu'il se trouva planté sur un trottoir dominé par des immeubles
qui avait l'air de rejoindre l'infini.
Il y avait beaucoup de circulation,
voitures, bus, taxis de couleur jaune.
Les passants marchaient vite,
comme s'ils étaient tous pressés.
Quel est donc cette ville étrange qui ne connaît jamais le repos ?
« Cet endroit n'est vraiment pas pour moi,
se dit-il en secouant ses feuilles.
»
Il découvrit alors d'immenses montagnes lui faisant face.
Le bleu du ciel contrastait avec la couleur blanche omniprésente
qui se réverbérait partout.
Il pouvait voir des personnes glissées au sol
et dont les pieds étaient accrochés à des sortes de longs bâtons plats.
« On ne savent donc pas marcher ici ? »
Pourquoi se laisse-t-il tous glisser comme ça ?
Curieuse habitude, conseil-je-en-là.
Pendant des mois et des mois qui se transformèrent en années,
l'arbre parcourut tous les endroits du monde.
Mais quelque chose au fond de lui le poussait toujours à partir.
Plus le temps passait, plus il pensait à Paris
et à tous les arbres de son pâté de maison.
Il ressentait une douleur au niveau de ses racines.
Chaque jour, cela le faisait souffrir davantage.
Alors il fit danser ses branches dans le sirocco du désert où il se trouvait.
Le minuscule bonhomme à barbe blanche,
toujours vêtue de sa robe de chambre en velaux rouges,
apparut soudain devant lui.
« Je te ramène chez toi, retrouvez les tiens.
Tu as enfin compris que l'endroit où tu viens
est peut-être la raison de toutes tes malheurs,
mais peut-être aussi le perso de ton bonheur.
»
On dit que la tristesse d'un arbre est celle de tous les autres.
Ainsi, depuis cet instant,
la forêt qui s'englote est devenue silencieuse.
On entend même parfois des rires à travers les couloirs de ses branches enneigées.
Quant à notre marronnier,
il ne sait plus jamais plein de Paris.
Il regarde des saisons défilées et bavarde gaiement avec ses amis retrouvés.
Les autres arbres du quartier.
Quand la nuit vient,
il s'étire et baille,
puis se prépare pour le pays des rêves,
tout en se murmurant à lui-même,
que je suis bien là où je suis.
« Et voilà, l'histoire est finie, et maintenant au lit.
Non, il n'y a autre.
Oui.

Les infos glanées

Je suis une fonctionnalité encore en dévelopement

Signaler une erreur

Oli

Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
Tags
Card title

Lien du podcast

[{'term': 'Kids & Family', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}]

Go somewhere