
OLI en concert : "Ma première note" de Pierre Ducrozet et Jean-René Ducrozet
Durée: 16m13s
Date de sortie: 21/12/2022
durée : 00:16:13 - Une histoire et... Oli - Oli en concert, ce sont des histoires mises en musique et interprétées par les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France et c’est Othman Louati qui signe ce nouvel opus.
Tu vas écouter Oli ? Tu aimes donc les histoires.
Mais est-ce que tu connais Tudou ?
Tudou est un podcast pour les enfants à partir de deux ans.
Des histoires pour jouer avec les sons et le langage.
A très bientôt sur la plire Radio France et Franceinter.fr
Bonjour, je m'appelle Pierre Ducreusez
et je vais vous raconter l'histoire de ma première note.
Au début, j'avais un peu peur.
Moi, les groupes, c'est pas mon truc.
Je préfère d'habitude aller marcher seul le long du fleuve
ou des trucs comme ça.
Mais bon, ma sœur a insisté,
tu verras, c'est trop bien l'école de musique.
Et puis j'étais doué, apparemment, disais mon père.
En fait, pas du tout.
J'avais juste eu 19 sur 20 au contrôle
parce que je connaissais la lettre à Elise
et parce que j'avais eu de la chance.
Alors j'ai quand même pris le chemin de l'école de musique.
C'était mercredi matin, je me souviens.
Les feuilles des arbres changaient déjà de couleur.
Je suis arrivé devant le 28 de la rue des Antonins.
On entendait un brouhaha derrière la porte.
Je suis entré.
Tout le monde était déjà assis derrière son pupitre
avec son instrument
et tentait d'en faire sortir des sons.
La professeure, je l'ai reconnu à ses lunettes,
m'a regardé d'un oeil noir,
comme pour dire,
tu es en retard.
J'ai fait comme si je ne l'avais pas
et me suis avancé vers les instruments.
Il en restait plein encore sur les strades.
Elle m'a dit d'une voix plus grave que prévue.
Choisis-en un, choisis le bien.
Ce sera le tien après ça.
Celui qui m'a attiré,
c'était un grand rond cuivré,
plus beau que les autres,
tout en mêlé de tubes et de cercles à l'intérieur.
Je me suis approché.
Il s'appelle comment celui-là ?
La professeure m'a dit,
c'est un corps.
Allez vas-y, il est pour toi.
J'ai eu un peu de mal à l'amener jusqu'à une chaise,
à le poser devant moi
et là, on s'est regardé, lui et moi
et tout de suite il m'a paru sympathique.
Tous ces tuyaux qui s'enroulaient et s'enroulaient,
ça devait faire des maîtres total.
J'ai souri en pensant que c'était comme mes intestins.
Puis j'essayais de comprendre dans quel sens il fallait le prendre
et j'ai posé ma bouche sur l'oreille du géant.
Ah non, ça devait être l'inverse.
Je l'ai retourné et alors j'ai vu la petite ouverture.
Oui, voilà, ça devait être là.
Mon père avait raison, j'étais franchement doué.
J'ai soufflé dedans.
Un horrible son comme celui d'une porte qui grince
ou d'une rage dedans en est sorti.
J'ai reposé le corps.
Ça n'est pas être simple, cette histoire.
Alors la prof nous a expliqué des choses
que je n'ai pas bien comprise sur les partitions,
les accords, les harmonies
et puis le cours a repris.
Je me suis dit que je ne savais pas
à côté de moi, il y avait une fille au nez retroussée
qui essayait, elle, de taper des symboles l'une contre l'autre.
Le son qui en sortait me trouait les oreilles.
Franchement, le corps et les symboles côte à côte,
moi, ça me semblait bien étrange, mais bon, j'ai rien dit.
La prof, ce qu'elle voulait, c'est qu'on essayait de jouer ensemble,
de faire comme une équipe de foot, quoi.
Ça a changé de l'école où c'était souvent le contraire,
un peu chacun pour soi.
Pendant la semaine, moi, comme les autres,
on avait quelques notes à apprendre
et le cours suivant, on s'appliquait à jouer.
Et à écouter.
Mais on n'y arrivait pas,
ça sonnait n'importe comment
et tout le monde jouait en même temps.
C'est quand j'ai réussi à faire sortir le premier vrai son de mon corps
que la chose est arrivée.
Je n'ai pas bien compris au début ce qui se passait.
J'ai soufflé
et un immense éléphant est sorti de la masse dorée.
En même temps que le son jahissait,
l'animal, avec ses pattes puissantes,
avec sa trompe et ses défenses levées
est sorti du cuivre
et a flotté dans l'air.
Il en a profité pour barrir longtemps
de toutes ses forces, une vraie tempête
qui m'a éclaboussé
et j'ai dû me boucher les oreilles.
Je suis tombé à terre.
La prof m'a dit,
« Lucas, mais qu'est-ce qui t'arrive ?
Tu peux pas lâcher l'instrument comme ça ?
Je suis désolé, j'ai répondu.
Je sais pas ce qui s'est passé.
Je me suis rassi, je me suis calmé.
J'avais complètement déliré.
C'est tout.
Ça allait passer.
La semaine suivante, j'étais le premier à venir m'installer dans la salle
et j'ai commencé à souffler dans mon instrument doucement d'abord
puis un peu plus fort.
Les autres sont arrivés
et mesquerem m'a fait un grand sourire en s'installant
cette fois-ci devant la caisse claire.
Drôle de prénom d'ailleurs mesquerem,
mais qui sonnait bien.
Elle débutait, elle aussi.
J'étais pas le seul.
Et puis s'est arrivé à nouveau,
mais d'une autre façon encore
et je vais vous raconter comment.
On avait choisi un petit morceau pas très difficile.
J'ai soufflé un peu fort dans mon corps
et l'éléphant est apparu.
Je jouais à un dos.
Je me souviens bien.
J'appuyais sur mon piston
quand j'ai entendu la même note,
mais beaucoup plus haute, beaucoup plus forte.
Mesquerem m'a regardé, étonné,
puis a vu l'éléphant à son tour.
Enfin, c'est ce qu'elle m'a raconté après
parce que là, on était en train de jouer,
enfin, on essayait plutôt.
On a continué, on écoutait plus rien autour
et c'est là que, de la grosse caisse.
...
A surgir une noix sauvage.
Et moi, je l'ai vu, comme je vous le parle,
loin.
Je peux vous dire qu'elle était impressionnante
avec ses ailes déployées et ses plumes blanches.
Autour de nous,
les autres restaient penchés sur leurs instruments.
Ils ne voyaient rien de tout ça.
Et puis,
au bout d'une petite minute,
l'éléphant et l'oie ont disparu.
Après le cours,
Mesquerem m'a dit,
c'est incroyable,
tu les as vu toi aussi, hein ?
C'est fou.
Et ça a duré comme ça plusieurs semaines,
avec Mesquerem,
après des jours d'entraînement,
on avait finalement réussi à apprivoiser
l'éléphant et l'oie.
Il ne faisait plus autant les fous qu'avant,
il savait quand enchanté,
crier, quand en chuchoté
et quand en se taire aussi.
Grâce à l'éléphant,
j'avais fait des progrès.
Mon corps, ce n'est bien mieux qu'avant.
On s'était habitués à les voir.
On se connaissait bien maintenant,
eux et nous.
Mais jamais,
on en a parlé à nos camarades.
On savait qu'ils n'allaient pas nous croire.
Pourtant, de leurs instruments,
aussi sortaient plein d'animaux,
du violon,
miolé un chat.
De la trompette,
s'échappaient une yenne en furie.
Et de la contrebasse,
j'aïcée à chaque fois
un cheval au galop.
Le concert de la fin du trimestre est arrivé.
Je me souviendrai toujours
de ce moment incroyable.
Tout avait commencé normalement.
Les parents étaient assis dans la grande salle,
excité comme tous les parents
quand ils regardent leurs enfants.
Et la prof,
d'un air sérieux,
a donné le coup d'envoi,
comme au début d'un match.
On s'est lancé,
on a pianeté et soufflé,
ça coulait.
Mais quand on s'est mis à jouer tous ensemble,
BAM !
C'est parti d'un coup.
Mon éléphant est sorti du corps,
il s'est mis à flotter sur la scène,
l'Oyenne, l'Oyenne s'est échappé de la caisse claire
et la rejoint en reproduisant le rythme
que jouait M.S.K.R.M.
Dans l'air,
ils ont esquissé un pas de danse,
mais alors je sais pas pourquoi.
Peut-être,
à cause de l'excitation du concert,
le public,
l'électricité dans l'air,
en tout cas,
les animaux commençaient à perdre la tête.
Mon éléphant,
qui avait si bien chanté jusqu'à présent,
s'est mis à hurler comme un fou.
L'Oyenne s'est envolée dans les airs,
l'Oyenne s'est mise à courir dans tous les sens
et a sauté sur le cheval,
qui s'est cabré de peur.
Tout notre zoo s'est mis à sonner n'importe comment.
L'orchestre était devenu complètement dingue.
Notre prof s'arrachait les cheveux.
Mais qu'est-ce qui se passe ?
Elle a crié.
Suivez vos partitions.
Avec M.S.K.R.M.,
on essayait de coller aux notes,
mais impossible de contenir les animaux en délire.
Les parents nous regardaient d'un air à folie,
impossible de jouer plus mal.
Alors j'ai posé mon corps à côté de moi
et je me suis levé.
J'ai mis mes doigts dans ma bouche
et j'ai sifflé de toutes mes forces
en direction de l'éléphant,
plusieurs fois.
Et l'éléphant a fini par m'entendre.
Il s'est retourné.
Je l'ai fixé droit dans les yeux
avec un regard qui voulait dire
« Je t'en prie s'il te plaît, joues bien.
»
et dis à tes amis de faire pareil.
Alors l'éléphant a lancé le plus beau son
que c'est jamais entendu.
Une note puissante,
limpide, profonde.
Une note pleure.
Je m'étais rassis entre temps
et j'avais replassé ma bouche
sur mon instrument.
Tout le monde s'est tourné vers moi.
J'avais joué la note parfaite.
Tous les autres animaux l'ont reprise en coeur
et l'ont prolongé à leur manière
et je me suis rendu compte
et alors les notes se sont enchaînées,
sublimes, délicates,
jusqu'à la dernière.
Tout le public s'est levé d'un coup
et a applaudi à faire trembler les murs.
On était tous debout, nous aussi,
nos instruments posés, on s'est penchés pour saluer.
Mais ce qui règle ma regardée,
les yeux grands ouverts,
on a réussi, elle a dit.
On a réussi.
La prof aussi nous a longuement félicité
et puis, mais ce qui rêmait moi,
on est sorti, main dans la main.
On s'est retourné une dernière fois vers la scène
et alors on a vu l'éléphant et l'oie
qui reprenaient lentement,
comme à regret,
le chemin de leurs instruments.
Ils nous ont regardés
et dans un clin d'œil,
nous ont lancé un dernier accord de trois notes
qui a flotté un moment dans l'air
avant de couler sur nous.
Les deux notes noires et la blanche
se sont dispersées comme des bulles de savon
au-dessus de notre tête.
Et quand on a finalement baissé les yeux,
les animaux avaient disparu.
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant, au lit...
Non, une autre.
Au lit, un concert.
Avec les musiciens de l'orchestre
philharmonique de Radio France.
Antoine Trifus et Stéphane Bridou
jeu du corps,
Ravier Rosetto,
jeu de la trompette.
Nicolas Vasquez,
jeu du trombone.
Et...
Loity, joues les percussions,
les claviers
et la musique électronique.
Et c'est lui qui a composé la musique.
Musicien métronome
Paul Maninovsky,
directeur du son Jean-Louis De l'oncle
sur une idée de Cécile Couffemagne
producteur délégué
Léonard Bio.
Réalisation, le lac Stantonie.
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Les infos glanées
Oli
Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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