"Genialstein", par Anne Akrich

Durée: 9m0s

Date de sortie: 18/10/2023

durée : 00:09:00 - Une histoire et... Oli - En écoutant des histoires, grâce à la voix et la musique, l'enfant développe son imagination comme celle d'Anne Akrich, toute rigolote qui, pour Oli, a aussi pensé à certaines mamans.

Bonjour, je suis Anna Krisch et moi Abel et nous allons vous raconter l'histoire de
Genialstein.
Depuis qu'il était né, maman en était certaine. Abel était un génie.
À la maternité, il avait déjà le regard d'un vieux sage. A trois jours à peine,
il scrutait son reflet dans la glace, comme s'il était déjà capable d'apercevoir ses rides.
Puis, il avait eu des dents, il avait marché, il avait parlé. Avant tout le monde bien évidemment,
renforçant ainsi la conviction de maman dans les capacités surnaturelles de son fils.
Grêne qu'il convenait d'arroser pour les faire éclorent de magnifiques fleurs.
C'était sa responsabilité de mère.
Vite vite, il fallait qu'il apprenne l'anglais. C'était utile, italien, c'était beau. Le chinois,
c'était une langue d'avenir, le piano. Pour le rythme, la rythmétique, pour
les muscles, les échecs, pour la logique et bien sûr le latin.
Et c'est ainsi qu'Abel passe à les premières années de sa vie à courir d'ateliers en
test de cours de peinture en stage de karaté. Tout pour maman était la preuve que son fils,
la prunelle de ses yeux, l'amour de sa vie, son chaton, son dragon, son écureuil était H-P-I.
H-P-I.
Haut potentiel intellectuel.
Créativité, hyper sensibilité, empathie, perfectionnisme, pensée en arborescence.
En un mot comme en sang, une intelligence hors du commun.
Pour Abel, ça sonnait comme une maladie ou une malédiction.
Oui, Abel savait ce qui était une malédiction puisque maman lui avait acheté toutes les
encyclopédies de mythologiques avec disponibles qu'elle rangait à côté de ses dragon balls
à dans la bibliothèque.
Une malédiction, c'était le truc qui était arrivé à la ville de Thèbes après qu'Eddy
n'y avait tué son père et épousé sa mère.
C'était vraiment n'importe quoi les histoires que maman lui lisait.
Mon chéri, lui avait-elle dit un jour, nous allons voir une dame qui va te poser quelques
questions pour mesurer ton Q-I.
Qui ?
Caution intellectuelle, nous allons faire dépister ta surdouance.
Encore une satanée malédiction.
Et Abel pensa à Fèdre, la dame bizarre qui tombe amoureuse du fils de son mari, ou
pire à Médé qui tue ses enfants et les mange.
Toutes les malédictions se mélangent dans la tête d'Abel avec quelques équations
et déclinaisons de langues mortes.
Il se mit face à la dame qui devait mesurer son intelligence et établir son bilan neuropsychologique.
Elle prit cette voix imbécile que certains adultes adobent quand ils parlent aux enfants
pour lui poser des questions encore plus imbéciles.
Tout y passa, compréhension verbale, l'analyse visioconstructive et la mémoire de travail.
Abel dit-elle enfin, quel est l'animal qui fabrique le miel ?
Abel plante à son regard dans le sien et répond dit catégorique,
« Le mouton, madame ! »
La madame regarde à maman avec pitié et dit bon, je crois que nous avons fini.
Au diable les abeilles, si son fils le disait, c'était bien les moutons qui produisaient le miel.
Maman ne voulait rien d'entendre.
Elle ne serait satisfaite que quand elle aurait la preuve que son fils était un génie.
N'avait-il pas un stock lexical riche, une intelligence incroyable des compositions
abstraites et une mémoire infaillible ? Ou alors quoi ? Quoi ? Maman était sourdée à veugle.
« Mais maman, c'est quoi un génie ? » demanda Abel, épuisée par les rêves de grandeur de sa mère.
Lui voyait plutôt un petit bleu qui sortait d'une lampe pour exaucer des vœux.
« Le génie de la langue ! »
Alors là maman elle savait pas quoi répondre. Un génie c'est... c'est un génie, un génie quoi ?
Pas besoin d'être un génie pour savoir que quand maman répétait des mots comme si elle était atteinte subitement d'un béguément, c'était pour gagner du temps.
Oui, Abel savait tout de ce vice de l'élocution.
Il avait appris à son séminaire de culture générale que 12 millions de personnes dans le monde en étaient atteintes.
Et parmi les becs célèbres, on comptait Moïse, le type qui avait ouvert la mer rouge en deux pour sauver son peuple,
et Jean-Jacques Rousseau, un écrivain qui aimait beaucoup les fessés.
Mais maman se ressaisit.
« Un génie, c'est quelqu'un qui change le monde ! »
dit-elle avec le sourire qu'elle sortait pour les grandes occasions, quand elle était fière de ses répliques.
Soit, pour faire plaisir à maman, Abel devait trouver un moyen de changer le monde, comme Sangoku, Heracles, Naruto, Tese, ou Pikachu.
Il fallait peut-être faire preuve de bravoure, libérer le monde du mal, tuer une gorgone ou un minotor, mais ça se trouvait où ?
Il fallait prendre les choses dans l'ordre.
Petite 1 déterminer un domaine de compétences.
Petite 2 s'exercer.
Petite 3 trouver un nom et un costume.
« Non code, génial style ! »
Costume, cap, rouge avec un génie doré.
Petite 4 combattre.
Petite 5 changer le monde.
Et que maman fasse des crêpes pour fêter ça.
Et qu'on mette une fois pour toute cette histoire de génie derrière nous.
Abel voyait d'ici le combat.
Génial Stein contre Albert Einstein.
Malheureusement, il devait bien admettre ne pas encore se connaître de talents particuliers.
Abel se creusait la tête.
Il ne savait pas bien comment s'y prendre pour changer le monde.
Ils sont gère maman qui prenait ses désirs pour des réalités avec une force incroyable.
« Eureka ! »
Ce qu'il pouvait faire, lui au contraire,
c'était inventer la machine à prendre ses réalités pour des désirs.
Autrement dit, être heureux de tout ce qui pouvait nous arriver,
se satisfaire du monde tel qu'il allait plutôt que de perdre son temps
et son énergie à essayer de le changer.
« Oh, quelle bonheur ! Une belle assiette des pinards et le chou de Bruxelles ! »
« J'en ai rêvé toute la journée ! »
« Oh ! Un enfant idiot ! »
« J'en ai rêvé toute ma vie ! »
« Oh ! De la pluie pendant tous les vacances ! »
« Les plants avaient besoin de… »
« Oh ! Une pénurie planétaire de bon monde ! »
« Mais c'est tellement mauvais pour les dents ! »
« Tant mieux ! 1000 fois tant mieux ! »
« Que fais-tu, Abel ? »
dit maman inquiète face à cette élan de sagesse.
« Bien maman ! Je prends juste mes réalités pour des désirs ! »
« Mais enfin, ça va pas du tout, dit-elle. Pourquoi fais-tu une chose pareille ?
« Pourquoi ne rêves-tu plus, ne divacues plus, n'inventues plus de choses impossibles ? »
« Pour être heureux et ne pas perdre de temps dans des futilités imbéciles. Tout simplement. »
Maman, elle trouvait que c'était la pire des inventions.
Que c'était sinistre et que le désir, c'était ce qui faisait de nous des êtres humains.
Et elle a dit encore plein de trucs qu'Abel n'a pas compris.
Et puis elle est devenue triste. Triste.
Et elle a dit, « Pourquoi as-tu créé une chose pareille ? »
« Pourquoi tu sois heureuse d'avoir un fils comme moi ? »
« Rien qu'un petit garçon qui t'aime et pas un génie qui va changer le monde. »
Là, maman, ça l'a secoué. D'ailleurs, elle a été secouée de pleurs et à la sangloter.
« Mon petit garçon, pardonne-moi, je t'aime. Je t'aime exactement comme tu es.
Mon château, mon obosomme, mon bernard Lermitt, mon tricératops adoré. »
« Non, je suis pas un petit tricératops. »
« Mais maman était tellement distraite qu'elle a senti la poêle fait couler la pâte et...
Mais pourquoi elle cuise pas ses crêpes ? »
« Oh, maman, je crois que tu as oublié telle le meuf. »
« Oh, mon amour, tu es vraiment un génie. »
Et voilà, l'histoire est finie. Et maintenant, Oli.
« Non, une autre. »
Oli est un podcast original de France Inter.

Episode suivant:


Les infos glanées

Je suis une fonctionnalité encore en dévelopement

Signaler une erreur

Oli

Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
Tags
Card title

Lien du podcast

[{'term': 'Kids & Family', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}]

Go somewhere