C'est haut ! C'est haut ! C'est haut ! Tiens, il y a un drôle déco.
Non, c'est nous ! Oui, c'est nous !
Qu'est-ce que vous faites dans la montagne tous les deux ? Pourquoi vous n'êtes pas au
château avec les autres ? Même ces ballours de soldats sauraient rester en bas, ils ronflaient
encore quand je me suis éclipsé.
On veut voir le dragon, monsieur. Mais ça peut être dangereux.
On a déjà combattu une sorcière. Et on est tombé du ciel.
Et on a été poursuivi par un chat alors qu'on était changés en souris.
Et on n'a que huit ans. Eh oui, le temps passe vite quand on joue avec la mort.
Vous avez déjà rencontré la mort ? Plein de fois, c'est ma marraine.
Quoi ? Fermez la bouche, vous avez l'air de deux grenouilles.
Comment c'est possible que la mort se soit votre marraine ?
Pourquoi pas une c comme tout le monde ?
Parce que je suis Grime.
Grand de sel, Grime.
Je suis humblement de loin le plus grand.
Dès génialissime, je suis un Grime, Grime, Grime, Grime.
Oui, mon nom à moi, c'est bien Grime, Grand de sel, Grime.
Grime.
C'est beau.
Regardez comme le palais du roi me l'ont premier à l'air tout petit, vu d'ici.
Il est rikiki.
Je fatigue, monsieur, c'est encore loin.
Ah, je ne sais pas.
Ce que le roi semble ignorer, c'est qu'on ne trouve jamais un dragon.
C'est toujours lui qui vient à vous.
Si vous le poursuivez, il s'échappe.
Si vous tentez de l'attraper, il vous échappe.
Il vous réduit en miettes.
Mais si vous lui proposez du chocolat, il ne peut pas résister.
J'en ai semé tout le long du parcours.
S'il est dans les parages, il finira par nous rejoindre.
En attendant, reposons-nous un peu.
J'ai mon pot de pâte à meubler.
Je vais nous fabriquer une table et trois chaises pour le goûter.
Ah, la sure de bois a durci.
J'ai du mal refermé le pot la dernière fois.
Ah, c'est dur.
Voilà.
Asseyez-vous.
Je vais vous raconter comment la mort est devenue ma marraine.
À notre naissance, vous le savez,
des faits ou même des diablotins,
des créatures étranges, délicates ou agités
se penchent sur notre berceau et nous font des dons.
Ben, des dons.
Bien des dons, oui.
Ils nous donnent notre caractère et nos différents talents.
Moi, je n'ai pas de caractère.
C'est mon père qui me l'a dit.
Il se trompe.
Tu es calme et posé, un peu timide.
C'est ton caractère.
On entend souvent dire que les gens qui parlent fort
et se mettent vite en colère ont du caractère et pas les autres.
C'est faux.
On les remarque plus facilement parce qu'ils ont plus de défaut, tout simplement.
Moi, j'ai du caractère.
Tu n'as pas écouté ce que je viens de dire.
Mais ce n'est pas grave, ça fait partie de ton caractère.
Par contre, j'ai aucun talent.
Je ne sais pas dessiner.
J'aimerais faire des beaux portraits comme la Jeaconde,
de Léonard de Vinci ou comme la truite de Gustave Courbet.
Je les ai en poster dans ma chambre.
Il faut t'entraîner à dessiner, ça ne vient pas tout seul.
Bah si, si c'est un talent.
Cela se travaille tout de même.
Un don naturel, c'est une chance, cela te donne de l'élan.
Mais par la suite, tu dois faire des efforts.
Comme pour le vélo.
Si quelqu'un te pousse au départ, c'est super, ça roule tout seul.
Mais si tu veux continuer d'avancer,
tu devras te mettre à pédaler, sinon tu vas ralentir et finir par tomber.
Même si le vélo est électrique.
Ah ça, il faut demander à la fée électricité.
Je n'ai pas la réponse à toutes les questions.
Mais il y a un talent que tu as déjà à Noël, et qui est très important.
Ne faut pas le sous-estimer.
C'est celui d'apprécier le talent des autres.
Si tout le monde chantait ou racontait des histoires,
mais que plus personne n'écoutait, ce serait bien triste.
Si tout le monde peignait de belles toiles, mais que plus personne ne les admirait,
cela n'aurait aucun intérêt.
C'est quoi votre don à vous ?
Patience.
Or donc, le jour de ma naissance,
le premier à franchir la porte de notre chômière et à se pencher sur mon berceau,
se fut le diable en personne.
Il dit à mon père,
Si tu me prends pour Parrain de ton fils,
je lui donnerai de l'or en abondance,
et tous les plaisirs de la terre partent dessus le marché.
Je ne te veux pas pour Parrain, lui dit mon père.
Tu trompes les hommes et tu les emportes.
Va-t'en, Satan.
Puis, c'est une petite fée rondelette
avec d'énormes lunettes qui s'approcha de mon berceau
en tapotant sur une calculette.
Bonjour, je suis la fée de la comptabilité.
Je compte sur toi pour tout compter.
Additionnez, multipliez, divisez ou soustraire
avec un boulier sur tes doigts ou dans les airs.
Dans les livres de compte, tu as toujours ton nez.
Plutôt la mort ! a répondu mon père.
Et la mort est apparue à mon chevet.
Elle a farfouillé dans les plis de sa grande capnoire
et elle m'attendu un os pour m'en faire un ochet.
Puis elle s'est présentée.
Je suis la mort qui rend les uns égaux aux autres.
C'est parfait ! se réjouit mon père.
Sans faire de différence, tu prends le riche comme le pauvre.
Tu seras la marraine de mon fils.
Et depuis, la mort est toujours là pour moi.
Dans les moments de difficultés, d'ennuis ou de tristesse,
quand la vie me paraît nul, elle me fait un signe à l'horizon
pour me rappeler qu'elle peut m'emporter chez elle n'importe quand.
Mais je lui dis toujours non
et je me promène joyeusement dans la vie,
même si elle n'est pas toujours belle.
Je n'ai rendu visite à la mort qu'une seule fois.
J'étais très malade
et je me demandais combien de temps il me restait à vivre.
Alors, je suis descendu dans sa maison souterraine.
Comment vous avez fait ?
Dans tous les cimetières, il y a des cavaux,
des petites cabanes en pierre avec des portes en fer.
Il suffit de frapper, s'essuyer les pieds et d'entrer.
Enfin seulement si la mort vous invite à le faire.
On n'entre pas chez elle sans y avoir été invité.
C'est beau chez elle.
C'est... fantastique.
Il y a des milliards de bougies.
Les unes longues, les autres consumées à demi.
Les dernières sont toutes petites.
À chaque instant, il y en a qui s'éteignent ou qui s'allument,
si bien que les petites flammes ont l'air de bondir de si de là comme des feufolets.
Ce sont les sierges de la vie humaine.
Les grands appartiennent aux enfants,
les moyens aux adultes dans leurs meilleurs années
et les troisième aux vieillards.
Mais quelquefois, des enfants et des jeunes gens n'ont également que de petits sierges.
On ne sait pas pourquoi.
J'ai demandé à ma marraine de me montrer ma bougie à moi.
J'étais choqué.
Elle était déjà à moitié fondue.
Des gouttes de sir tombaient en continu.
À chaque seconde, on entendait un ploque qui résonnait dans la grotte profonde.
J'ai pris peur et j'ai voulu tricher.
J'ai ramassé la sirmole qui était tombée à terre.
Je l'ai malaxé.
Je l'ai frotté entre mes mains comme de la pâte à meubler
pour en faire un tube et je l'ai planté en dessous de mon sierge
pour qu'il soit méga géant.
Mais ça n'a pas tenu.
Tous ces défaits et ma bougie s'est écrasée au sol.
Elle s'est fondue en deux et moi, en même temps,
j'ai eu les deux jambes cassées et je suis tombé les fesses par terre.
Alors la mort m'a pris dans ses bras
et m'a reconduit dans mon lit en me faisant promettre de ne plus recommencer.
Elle m'a embrassé de loin et elle a déposé un cahier vierge à mes pieds.
200 pages blanches avec cette inscription au dos de la couverture.
Si tu veux tromper la mort, bonne écriture.
J'étais bien puni.
J'ai dû rester allongé pendant plusieurs mois.
J'en ai profité pour lire d'abord
et comme j'en avais marre de ne plus vivre mes propres histoires,
j'ai commencé à les écrire,
celle que j'avais vraiment vécue et puis d'autre
que j'avais imaginé un peu plus farfelue.
J'ai noircié toutes les pages du cahier.
Oh, il y a tellement longtemps de cela,
je ne sais plus quelles sont les vraies histoires et celles que j'ai inventées,
mais je les partage à ceux qui veulent rêver.
C'est le cadeau que m'a fait la mort, ma marraine.
La transcendance.
C'est quoi la transcendance ?
C'est le genre de gens qui rentrent en transe quand ils dansent.
Non.
La transcendance, c'est une part de nous qui continue d'exister,
même quand on n'est plus là.
Je vais essayer de vous expliquer.
On laisse toujours une trace de notre vie passée,
des images, des écrits, comme des graines que l'on s'aime.
Ils vivent dans la mémoire de tous ceux qui nous aiment
et la mort n'y peut rien.
Elle est un peu froissée, mais elle ne pourra pas repasser.
Quel au ben ?
Monsieur, il y a une bête qui approche.
Elle mange les chocolats.
Non. Je ne vois pas bien à cause des buissons.
C'est le dragon ?
Non, ça a l'air tout petit.
Ça ne peut pas être un dragon.
Sauf si...
C'est un bébé !
Allez, c'est reparti.
Je me tiens prêt et droit, c'est toujours Hansel Grimm,
qui protège les rois.
Je suis leur cavalier.
Leur fou, leur pion, il n'y a pas de repos pour les héros.
L'histoire n'est jamais finie, l'agrime académie.
Par en mission, il n'y a pas de repos pour les héros.
L'histoire n'est jamais...
Fini.