Nouvelle séroïne.
Je pense qu'il faut vraiment qu'on soit encore plus attentifs
à être le cœur ouvert et le regard ouvert sur l'autre.
En réalité, on est tous différents.
On veut tous essayer de s'en ressembler pour faire partie du groupe,
mais ce qui est très beau, c'est qu'en fait, on est tous différents.
Nouvelle séroïne.
J'avais mis des kilomètres aussi par rapport aux difficultés,
par rapport à tout ce parcours.
D'un coup, j'avais mis de la distance
et je pouvais m'autoriser à devenir quelqu'un d'autre.
Nouvelle séroïne.
Les médias, c'est une puissance de frappe tellement phénoménale
pour faire passer des messages
que c'est peut-être un peu dommage de ne pas les utiliser
plus souvent pour des messages qui comptent,
des messages qui nous transforment, des messages qui font en sorte
que la société puisse grandir, aller vers le beau, le bon, le bien.
Quand j'étais au collège,
j'apprenais que la Terre tourne autour du soleil,
que la photosynthèse capte la lumière
pour produire l'oxygène que nous respirons,
que Grasse et Pythagore a au carré plus B au carré,
égal C au carré,
et que le triangle éculatéral a trois côtés égaux.
J'apprenais aussi à me terre,
quand je ne comprenais pas,
à rentrer dans le moule
et à éviter de déranger.
C'est aussi au collège que j'ai eu mes premières règles
et mes premiers pleurs
parce que je n'étais pas la fille cool de la bande.
Mais là, plus personne pour m'expliquer.
Pas un mot, pas un regard bienveillant,
pas une discussion ouverte.
J'aurais eu besoin d'un repère, d'un modèle.
Mais autour de moi, je n'avais pas de femme pour m'inspirer,
pour me montrer que c'était possible.
D'être forte, libre et confiante.
Comment on apprend à s'aimer
qu'un personne ne nous montre le chemin ?
Comment se détache du regard des autres
quand on nous a jamais appris à croire en soi ?
Nouvelle sérroïne.
Je suis Céline Steyer, maman de deux filles,
et j'ai eu envie de leur transmettre de nouveaux récits
pour leur donner confiance.
Alors, avec la Fondation qui habille,
qui partage ces mêmes valeurs,
nous avons organisé une rencontre
entre une femme inspirante, Frédéric Bedos,
et une classe de collégiens de quatrième.
Ensemble et à plusieurs voix,
nous avons enregistré cet épisode spécial
de Nouvelle Sérroïne en deux parties.
J'espère que tu en sortiras aussi grandis que nous.
Belle écoute.
Nouvelle sérroïne.
Nouvelle sérroïne.
Nouvelle sérroïne.
Nouvelle sérroïne.
Bonjour à toutes et à tous.
J'ai vous demandé d'imaginer
tout ce dont vous rêvez, vous pouvez le réaliser.
Et aujourd'hui, c'est ce que je vous propose de faire
ensemble avec le cœur grand ouvert.
Je suis Céline Steyer, la créatrice du podcast Nouvelle Sérroïne,
qui aide chacun et chacune d'entre vous
à trouver son propre chemin
à travers des histoires vraies de femmes d'aujourd'hui
qui ont osé faire de leur rêve une réalité.
Et vous écoutez donc un épisode très particulier
enregistré en public avec vous
dans l'auditorium de la marque qui habille à Khiabi Village
en présence de la Fondation qui habille
et des élèves de quatrième du Collège le Triolo
de Vyne-Neuve-Dasque.
Voilà, qui je le sens, on a déjà tout ce qu'il faut
pour éliminer dans ce monde.
Et face à moi, j'ai une femme
dont le regard nous soulève, nous donne envie d'agir
et d'aller au bout de nos projets et de nos rêves.
Donc, j'avoue vous emmener à la rencontre de cette femme
dont l'histoire est un peu un poème d'espérance,
un cri d'amour, un appel à la vie.
Elle a grandi dans le chaos, elle a connu le vie, de la peur.
L'abandon, elle a aussi trouvé le refuge
dans une tribu d'amour, une famille hors normes.
Elle a vu des lumières, des projecteurs à New York
qui intervevaient les plus grandes stars de musique et de cinéma.
Elle est journaliste, réalisatrice,
fondatrice du projet Imagine.
Et c'est surtout la petite fille à la barre d'ensoir
Frédéric Bedos.
Bienvenue et merci d'être là
face à cette jeune génération
pour semer ses graines de lumière.
Ma première question
face à ces jeunes gens et jeunes filles.
Qu'est-ce que tu ressens aujourd'hui face à eux ?
Bonjour, Céline.
Je pense que je suis tout aussi curieuse de vous
que peut-être vous êtes curieux de ce podcast,
de ce moment qu'on va partager ensemble.
Je sais que à la fin de l'interview,
on pourra échanger.
Donc, voilà, je...
Beaucoup de curiosité.
C'est ça la rencontre, cette curieuse de l'autre.
Il me semble, c'est un des ingrédients.
T'en histoire commence dans une relation fusionnelle
avec ta maman, ta maman Jeanne.
Mais très vite, il y a un équilibre qui se brise.
Tu l'écris dans ton livre,
La Petite fille à la balançoire.
Tu as été une petite adulte miniature.
Et en préparation de cette interview,
je t'ai demandé un mot pour qualifier ton enfance.
Et ce mot a été difficile.
Est-ce que tu peux nous dire pourquoi
et à quoi ressemblait cette vie d'enfant ?
Oui, je pense que cet objectif difficile,
il résume bien les choses.
Il se trouve que j'ai eu la chance d'avoir une maman
qui me portait un énorme amour.
Quand je suis née, la première chose qu'elle a fait,
c'est me surnommé mon petit résort de rêve.
C'est pas trop beau, ça.
C'est chouette d'avoir une maman
qui vous appelle mon petit résort de rêve.
Et en même temps, effectivement, j'étais fille unique.
J'ai jamais connu mon père.
Il y a vite disparu du tableau.
Donc je l'ai jamais connu.
On n'était vraiment que toutes les deux.
Et la première chose, c'est qu'on était très pauvres.
Ma maman venait de l'assistance publique.
Elle avait été abandonnée quand elle était petite fille.
Et elle a fugue à l'âge de 15 ans.
Donc ce qui veut dire que pas de famille, pas d'argent,
voilà, pas de filet de sécurité.
Donc on n'était vraiment que toutes les deux.
Et les premières années,
alors que je suis bébé,
elle prend soin de moi, je pense, avec énormément d'amour.
Elle fait comme elle peut.
On vit comme on peut.
Mais en tout cas, en tant que bébé, je ne me rends pas compte.
Sauf que petit à petit,
elle va tomber dans la dépression.
Et en fait, on va se rendre compte qu'elle a des fragilités psychiatriques.
Et je pense que les difficultés du quotidien,
le fait d'être une mère seule,
qui doit faire en sorte de réussir à trouver, à manger,
de réussir à payer un toit, etc.
Tout ce stress est venu fragiliser encore plus
ce terrain qui fait qu'elle est tombée dans la maladie mentale.
Et donc au fur et à mesure que ces symptômes s'aggraver,
elles perdent des pieds par rapport à la réalité.
Et moi, alors que j'étais toute petite fille,
et bien petit à petit,
il fallait que je puisse résoudre les problèmes à sa place.
Donc je me retrouvais à avoir toutes les inquiétudes
qui étaient censées être celles des adultes.
Et bien c'est moi qui faisais face.
Donc voilà, j'avais peur qu'elle dépense trop
et qu'on n'ait pas de quoi finir le mois,
qu'on ne puisse pas payer l'électricité.
Effectivement, on nous coupait très souvent l'électricité, le gaz.
Voilà, toutes ces choses du quotidien
qui font que...
Ben oui, ça fait une enfance assez difficile.
Mais à ce moment-là, tu as quel âge
quand tu rentres dans ce quotidien
et que tu régies un petit peu votre vie ?
Ça se fait graduellement.
Moi, je n'ai pas une mémoire très précise des dates.
Je ne suis pas...
Je vis un petit peu comme ça, moi.
Mais je pense que ça a commencé très vite.
Je me souviens, j'ai un souvenir un petit peu lointain comme ça,
mais je pense que je devais avoir 5, 6 ans.
Je me souviens que je m'étais acheté des chaussons à talons.
C'est énorme, non ? J'avais des chaussons à talons.
Alors que...
Vous voyez, j'ai pas de talons
et j'ai toujours très mal marché avec les talons,
donc qu'est-ce qui m'a pris ?
Mais ça veut bien dire à quel point...
Parce que vous savez, on dit toujours de se mettre dans les chaussures de quelqu'un.
Je crois que je m'étais vraiment mise dans les chaussures de l'adulte.
Il fallait bien que quelqu'un prenne la responsabilité au quotidien
et je l'avais prise.
Donc vous voyez, il y a quelque chose comme ça.
Donc oui, je pense que ça arrivait graduellement,
son état s'aggraver,
et donc petit à petit, je prenais de plus en plus de responsabilité.
Et ce qui voulait dire aussi avoir de plus en plus d'angoisse.
Parce qu'en fait, c'est ça.
C'est que c'est très angoissant.
On a bien conscience qu'on n'est pas à la hauteur,
qu'on n'a pas tout ce qu'il faut pour faire face à tout ça.
Et en même temps, il n'y a pas le choix.
Et très vite, en fait,
tu as fait la connaissance d'une autre famille,
d'une famille au milieu d'enfants, d'une famille de l'amour.
Est-ce que tu peux nous en parler ?
Oui, en fait, j'ai goûté me dire que j'ai eu une double enfance
parce que c'était une enfance où j'ai fait les allers-retours.
C'est pour ça aussi, c'est un mouvement de balancier.
Ça s'appelle la petite fille à la balançoire.
C'est aussi une métaphore.
Il se trouve que cette famille adoptive,
je l'ai rencontrée quand j'ai 2 ans et demi, 3 ans.
Donc très tôt.
Alors que ma maman commence à avoir des problèmes de dépression,
mais elle n'est pas vraiment tombée dans la maladie mentale.
Mais on a ces problèmes d'abord, de précarité, de pauvreté,
qui font qu'à un moment,
on se retrouve en contact avec cette famille.
Et c'est là où on voit le contraste.
D'un côté, j'étais fille unique, en tête à tête avec ma maman.
Et de l'autre, cette famille adoptive,
eh bien là, il y a une vingtaine d'enfants
venus du monde entier.
Quand je dis une vingtaine, c'est à la fin de leur aventure.
Au moment où je les rencontre, quand j'ai 2 ans et demi, 3 ans,
il y a déjà une bonne dizaine ou douzaine d'enfants,
quelque chose comme ça.
Donc c'est vraiment une toute autre réalité qui s'offre à moi.
Et en fait, ce qui va se passer,
c'est que je vais au début passer quelques semaines chez eux,
avec ma maman d'ailleurs.
On se réfugie à un moment là-bas pour pouvoir reprendre du poil de la bête,
parce qu'on était épuisés, qu'on avait besoin de se nourrir un peu mieux, etc.
Et puis en fait, au fur et à mesure,
ma mère va avoir des épisodes psychiatriques de plus en plus graves,
ce qui fait qu'elle va être internée à l'hôpital psychiatrique
pendant des semaines, puis après pendant des mois.
Et donc dans les moments où elle est internée,
je suis dans cette famille adoptive.
Et je fais des allers-retours chaque fois qu'elle ressort,
je repars avec elle.
Donc j'ai vraiment une double expérience d'enfance
complètement différente.
Donc c'est maman Marie Thérèse et Michel.
Comment tu vis parmi tous ces enfants ?
Comment tu construis cette relation avec les autres,
avec qui tu n'es pas dans ton quotidien, en fait,
parce que tu veux à chaque fois partir ?
Juste un petit mot d'explication.
Donc ma maman, elle s'appelle Jeanne.
J'ai perdu ma maman il y a deux ans, donc elle s'appelait Jeanne.
Et comme ma maman adoptive s'appelle Marie Thérèse,
donc j'avais maman Jeanne et maman Marie Thérèse.
Donc pour que vous compreniez,
c'est pas toujours évident de comprendre.
Les choses se sont faites assez naturellement.
Et je pense que c'est quelque chose qui est très typique de l'enfance.
Je pense que en tant qu'adulte,
parfois on se pose plein de questions que les enfants,
eux, ne se posent pas.
Il y a quelque chose d'assez naturel.
Il se trouve que dans cette famille,
les enfants venaient du monde entier.
Ils étaient tous atteints de plein de blessures différentes,
de traumatisme.
Ils avaient tous su des parcours de vie très difficiles, eux aussi.
Donc on avait ça en commun.
C'est-à-dire qu'on était tous des enfants
qui n'avaient pas été gâtés par la vie,
qui n'avaient pas été choyés, protégés, etc.
On avait tous en partage
une réalité de fragilité, de danger,
de faire face au danger, d'inquiétude,
tout ça, on le connaissait dans notre chair véritablement.
Donc déjà, ça crée des ponts.
Et il y avait vraiment une atmosphère de refuge
dans cette famille.
D'un coup, on sortait d'une réalité
où le danger était permanent,
avec quand même la trouille, l'angoisse permanente.
Et puis, d'un coup, quand on pénétrait dans cette famille,
on avait ce couple, Marie-Thérèse et Michel,
qui était un couple responsable,
qui prenait des décisions,
qui s'occupait des choses du quotidien.
Et donc, d'un coup, on avait le droit,
on pouvait s'autoriser d'être des enfants.
Donc, d'un coup, de ne plus penser à toutes ces choses
et donc de commencer à goûter à la sécurité.
Donc déjà, ça, c'est un cadeau incroyable.
D'ailleurs, que tous ceux qui vivent dans la sécurité
depuis toujours ne se rendent pas compte du cadeau que c'est.
C'est quand on l'a pas eu, que là, on réalise.
Donc, il y avait déjà beaucoup de points communs.
Et alors, il y a une chose qui est très belle,
qui m'a toujours beaucoup touchée chez mes parents adoptifs,
c'est qu'ils disaient régulièrement qu'il y a une chose
qu'ils détestent, c'est l'esprit de famille.
Et c'est quelque chose qui peut être très choquant à entendre,
parce que justement, beaucoup de gens sont très fiers
de l'esprit de famille qu'ils ont réussi à mettre en place
dans leur entourage proche.
Voilà, nous, on est une famille soudée, etc.
Et donc, ça veut dire, on fait passer notre famille avant le reste.
Et on va privilégier et on va faire en sorte qu'eux.
Et puis, les autres, on verra bien.
Et on voit bien que, eux, ce qu'ils y voient,
c'est vraiment justement cette notion d'enfermement,
de créer un mur qui fait qu'il y a notre réalité,
puis il y a les autres.
Comme si les autres, c'était moins important.
S'ils avaient été dans cet esprit de famille,
donc un esprit refermé,
ils n'auraient pas pu ouvrir leur maison, leur cœur,
à tous ces enfants qui venaient de partout.
Ils avaient cet esprit qui permet effectivement, sans arrêt,
d'agréger, de mettre une personne qui est censée être étrangère
à la famille.
Et bien, d'un coup, d'enfer famille.
Donc, d'enfer famille humaine, véritablement.
Réussir sans arrêt, à ouvrir le champ,
pour que l'autre se sente accueillie, se sente aimée,
s'entre que là, il est protégé.
Vous voyez ce que je veux dire ? C'est ça, la famille, c'est un refuge.
Et bien, eux, voilà, sans arrêt, ça veut dire qu'il y avait une agilité,
une plasticité de ce que c'est que la famille.
Je trouve ça très intéressant.
Donc, du coup, c'était, pour moi, une évidence
que c'était mes frères et sœurs.
On est en présence d'un collège,
de jeunes collégiens de quatrième.
Donc, on va parler un peu d'école, quand même.
Quelle a été la place de l'école ?
Parce que tu nous parles de cette famille, de ce refuge,
quand tu étais ensuite avec ma mongeaine.
Quelle était ta relation avec l'école ?
T'aimes aller à l'école ?
J'adore aller à l'école.
Est-ce que vous aimez aller à l'école ?
Ouais. Ah, c'est partagé. C'est partagé.
Mais il y a quand même pas mal de ouïe.
En fait, pour moi, l'école, c'était l'endroit...
tranquille, sécurisant.
C'est-à-dire qu'en fait, j'avais à faire face,
à tant d'inconnus chaque jour,
je savais pas ce qui m'attendait.
Je savais pas quelle difficulté, quel problème
j'allais devoir assumer,
à quoi j'allais devoir faire face en rentrant de l'école,
en rejoignant ma maman.
Je savais que forcément, il y avait encore à voir des trucs,
pas forcément évident.
Donc, le moment où je vais à l'école,
et où je vais passer la journée à l'école,
c'est un moment tranquille.
C'est-à-dire, là, pendant ce temps-là, c'est bon.
T'as juste à être avec tes camarades d'école,
à écouter ton ou ta professeur,
et à apprendre, mais quelle chance de pouvoir apprendre des choses.
Pour moi, j'espère que c'est quelque chose que vous avez, vous aussi,
mais la curiosité,
être curieux du monde,
curieux de comprendre comment les choses fonctionnent,
comment...
Et aussi être curieux de tous ces camarades,
chez chacun de vous, vous êtes une histoire.
A chacun de vous, il y a une histoire derrière vous.
Et donc, à chaque fois qu'on se parle, qu'on apprend à se connaître,
je découvre tout un univers.
Et c'est vrai que, moi, il se trouve que,
comme j'aimais beaucoup l'école, j'étais plutôt bonne à l'école.
Et donc, j'ai eu la porte ouverte à des écoles,
qui étaient des écoles de très haut niveau,
alors que souvent, c'était des écoles privées qui fallait payer.
Et donc, moi, je n'avais évidemment pas les moyens.
Avec ma maman, on n'avait pas les moyens.
Et comme j'étais bonne à l'école,
on me permettait d'aller dans ces écoles sans payer.
Et donc, la réalité, c'est que la plupart des camarades
avec lesquels je partageais ces journées d'école
n'avaient absolument rien à voir avec ma réalité.
C'était des enfants qui avaient une vie plutôt confortable,
parfois même luxueuse.
Et donc, c'était un tel contraste.
Donc pour moi, en fait, leurs histoires,
c'était presque féerique, c'était des comptes de fêche.
Je savais pas qu'on pouvait vivre comme ça,
avec des parents où tout va bien, on a une maison, une voiture, voire deux.
Enfin, voilà. Et tout ça,
voilà, il y avait cette rencontre de réalité différente.
En revanche, autant j'étais curieuse de leur vie,
autant je cachais la mienne.
Moi, j'avais honte de dire ma réalité à moi.
Et c'est un très bon enjeuement,
parce que, du coup, tu avais des copines.
Comment... Parce qu'en fait, quand tu es à l'école, au collège,
t'as des rendez-vous à la maison, tu fais des jeunées,
tu fais des soirées, des jammes, etc.
Comment tu vivais, alors, cette partie plus...
copain, copine, en dehors de l'école ?
Alors, c'est vrai que...
Voilà, il y a eu des moments où j'étais invitée
chez les uns et les autres.
Et donc, c'est là où, d'autant plus, je voyais
le décalage entre leur mode de vie et le mien.
Et donc, plus je réalisais ces différences,
la profondeur de ces différences, plus j'avais honte.
Et donc, évidemment, moi, j'ai invité jamais chez moi.
Je présentais rarement ma maman,
parce qu'en fait, j'avais toujours peur qu'elle ait un moment de folie.
Alors, maman n'était pas folle.
Elle n'était pas folle, elle avait des problèmes psychiatriques,
mais elle était très intelligente,
elle était même brillante, c'était une artiste.
Mais évidemment, elle était imprévisible.
On ne savait jamais à quel moment
elle pouvait sortir quelque chose d'inhabituel ou de choquant,
ou même dans son attitude.
Donc, du coup, je la cachais.
Et quand je vous dis ça, je vous le dis,
parce que je pense que c'est important de se rendre compte
des honte qu'on peut transporter avec soi
et de les regarder à distance.
Evidemment, je vous dis ça maintenant que je suis adulte.
Quand j'étais petite, je le vivais,
et je me posais pas des questions
et je pouvais pas le mettre à distance.
Mais c'est important, après, d'analyser un petit peu les choses.
En réalité, je n'aurais dû avoir honte de rien.
J'étais responsable de rien.
J'avais rien fait de mal.
Et ma maman non plus, d'ailleurs.
Mais la société est très conformiste.
Elle est très cruelle aussi.
Dès que vous ne ressemblez pas
à ce qu'on attend de vous,
à un schéma, un profil idéal,
vous savez que vous pouvez juger, critiquer,
rejeter, humilier.
Et c'était ce que je voyais bien tous les jours
dans la manière dont ma maman a été traité.
Et après, il y a aussi le fait que les enfants,
on est encore plus conformistes que le reste de la société.
C'est-à-dire qu'en tant qu'enfant, on veut faire partie du groupe.
Et donc, on regarde sans se rendre compte,
on regarde quelles sont les codes du groupe
et on va essayer de pouvoir ressembler à ces codes,
de pouvoir faire partie du groupe.
Et donc, s'il y a des choses qui nous différencient,
on a peur d'être mis à l'écart.
Donc on va essayer de gommer ces différences,
de les cacher ou de...
Vous voyez, il y a tout ça.
Et on voit bien que ça peut aller jusqu'à du harcèlement scolaire,
jusqu'à une certaine forme de violence,
d'isolement de certains,
de certains qui ne correspondent pas au code.
Donc c'est très intéressant de se rendre compte
que c'est comme un cercle vicieux tout ça.
C'est-à-dire que c'est la double peine.
Vous avez, si je reviens à moi,
j'étais une enfant qui faisait face à beaucoup de difficultés.
Et au lieu de m'aider,
si si on se rendait compte de ma difficulté,
en tant qu'amara, l'idée serait de m'entourer et de m'aider,
de me soutenir, voire de me consoler parfois.
Mais en fait, je savais que si je montrais totalement ma réalité,
c'était peut-être le contraire qui me serait arrivé.
Vous voyez, là, c'est la double peine.
Je vous dis ça parce que je pense qu'il faut vraiment
qu'on se voit encore plus attentif
à être le cœur ouvert et le regard ouvert sur l'autre.
Parce qu'en réalité, on est tous différents.
On veut tous essayer de s'en ressembler pour faire partie du groupe,
mais ce qui est très beau, c'est qu'en fait, on est tous différents.
Et si on laisse la possibilité à l'autre
d'être pleinement skillé dans son authenticité
et dans sa différence,
ça va nous enrichir les uns les autres.
Ça va enrichir notre regard,
ça va enrichir la vision qu'on a du monde.
Ça va nous questionner, nous interroger sur,
tiens, mais pourquoi moi, je ne suis pas comme ça ?
Et ça va sans doute nous faire grandir.
Donc en fait, il y a quelque chose de merveilleux là-dedans.
Tu disais effectivement que tu avais cette honte.
Tu l'avais vivée réellement.
Tu avais vraiment...
Tu as vécu toi en tant que frédérique, adolescente,
des hontes, différemment,
j'ai honte de ma maman
ou de ce que la société renvoie comme image.
Je dirais même que c'est ça qui est terrible,
alors déjà pas que en tant qu'adolescente,
en tant que petite fille.
Vraiment, c'est quelque chose qui m'a accompagné
tout le monde dans l'enfance.
Exactement.
Et je dirais que la honte est d'autant plus grande
qu'elle est proportionnelle à l'amour que je portais à ma maman.
C'est-à-dire que moi, j'avais un amour immense pour ma maman
et donc c'était encore plus culpabilisant pour moi
de me rendre compte que j'avais honte.
Alors j'avais honte d'elle.
C'est plus compliqué que ça, mais en tout cas, voilà,
je me protégeais des coups qui pouvaient résulter
de cette réalité si jamais elle était découverte.
Donc ce qui veut dire que je mentais.
Je mentais énormément.
Je devais cacher cette réalité.
Donc je mentais sur ma réalité, je racontais des histoires.
Et c'est quelque chose de dur à vivre ça,
parce que quand vous mentez,
vous avez sans arrêt la peur
que à un moment la vérité soit découverte.
Donc vous mettez une énergie folle à nourrir ce mensonge,
à protéger ce mensonge,
tout en tremblant toujours à l'intérieur
qu'un jour le potoro soit découvert.
C'est compliqué.
Est-ce que tu as été découverte ?
Je dirais non, mais...
Demandez-vous de m'en souvenir, pas par rapport à mes camarades.
Mes professeurs savaient, parce que j'étais là,
ils savaient bien que je pouvais pas payer cette scolarité.
Alors ils savaient une partie des choses.
Je pense qu'ils n'avaient pas conscience jusqu'où ça allait,
mais ils savaient que je n'étais pas une élève comme les autres.
Mais ils restaient assez discrets, etc.
Mais après j'ai eu des moments où vraiment j'étais à ça
qu'on puisse découvrir qu'il y avait quand même quelque chose de spécial.
C'était une autre période aussi, il n'y avait pas les réseaux sociaux,
il n'y avait pas plein de choses.
Donc en fait, on pouvait tout à fait cacher une partie de notre vie.
Je pense que même avec les réseaux sociaux, etc.,
je pense qu'on baratine beaucoup sur les réseaux sociaux.
Je dis ça comme ça.
Parce que si on regarde sur les réseaux sociaux,
Facebook, TikTok, etc., tout le monde a une vie de rêve.
Ce n'est pas incroyable.
Vous êtes toujours en train de danser, chanter devant des beaux paysages.
Non, ce n'est pas vrai.
Est-ce qu'au quotidien, vraiment, tout est comme ça ?
Est-ce qu'on n'a que des moments où on est d'accord ?
On voit bien que ça aussi, c'est un miroir déformant, malgré tout.
On essaie de donner une image de soi
qui est peut-être un petit peu plus jolie que la réalité.
Ce qui n'est pas forcément mal, mais c'est juste en avoir conscience.
Juste avoir conscience que la réalité que je montre
n'est peut-être pas totalement ma réalité à 100%.
Ce qui veut aussi dire que la réalité que je découvre de mes camarades
n'est peut-être pas non plus à 100%, celle-là.
Parce qu'autrement, si on se compare,
on a l'impression qu'on a une vie toute naze
par rapport à celui de son voisin.
Et ça, c'est...
Vous voyez ce que je veux dire ?
Donc, non, en réalité, avoir conscience que...
Voilà, il y a à boire et à manger dans tout ça.
Lors de cette préparation,
je t'ai demandé quel était ton livre de chevet quand tu avais 12 ans.
Et en fait, c'est très intéressant,
parce que...
Alors, tu vas peut-être nous dévoiler
quel était ton livre de chevet quand tu avais 12 ans.
Alors, en fait, moi, je lisais énormément.
Vous savez, les moments où il y avait des vacances, etc.
La part de mes camarades allait en vacances.
Moi, je n'allais jamais en vacances, on n'avait pas les moyens.
Et comme j'étais dans des quartiers très difficiles,
je restais énormément enfermé
pour, justement, ne pas être en danger, etc.
Donc, je passais énormément de temps dans les livres.
Donc, un des livres qui m'a vraiment marqué
quand j'étais jeune ados,
ça a été à Gatacristi.
Alors, je lisais tous les Gatacristis.
Et notamment, Mort sur le Nil.
Parce que, voilà, ce qui était génial,
pour quelqu'un comme moi qui ne pouvait pas bouger,
c'était que je voyageais avec les livres.
Et donc, ça m'emmenait au bout du monde,
dans des aventures rock en Bolesque.
Ça me faisait découvrir des paysages.
Et ça, c'est vraiment...
Il faut lire. Il faut lire, absolument.
C'est ce qu'on appelle le voyage immobile.
Mais il n'y a pas de limite.
Vous pouvez aller même au bout du cosmos
en lisant des livres.
Donc, vraiment, ça, c'est extraordinaire.
Est-ce que c'est justement, en lisant et en plongeant,
alors, dans Mort sur le Nil et sur l'Egypte,
parce que ton personnage,
si tu devais te réincarner en personnage historique,
ce serait la reine Hatshepsut,
qui est donc la première femme faraon d'Egypte qui a régné
pendant 20 ans, vous le savez, vous l'avez étudiée.
Hatshepsut, ça a de la gueule.
Est-ce que c'est de ces lectures
et de cette passion pour cette femme qui était venue,
cette envie de devenir égyptologue ?
En fait, je ne sais pas exactement comment ça s'est passé.
Je pense que tout ça relève un peu du fantasme.
C'est-à-dire, vraiment, je pense que j'ai vécu
une bonne partie de mon enfance dans une vie imaginaire,
parce qu'énormément de temps seul,
en partant dans les livres, avec une maman fantasque,
artiste avec laquelle on faisait aussi
des pièces de théâtre improvisées ensemble, etc.
Il y avait vraiment ce côté très beau-aim
dans notre manière de voir le monde.
Et je pense que ça m'a énormément protégé d'avoir ce filtre
qui rendait un peu plus supportable le quotidien, je pense.
Donc, il y avait ce côté un peu poétique,
un peu rock'n'bolesque, etc.
Et donc, je ne pouvais pas m'imaginer être dans un métier ennuyeux,
ou quelque chose comme ça.
C'était forcément l'aventure qui m'attendait,
ce que j'étais là coincée dans ma chambre, les 3 quarts du temps.
Et donc, je me disais, le jour où ça y est,
tu vas devenir adulte,
évidemment que tu vas aller à la découverte du monde.
Donc, je pense qu'il y a eu ça.
Et donc, je voulais être Egyptologue avant de savoir que le mot existe.
Je disais souvent, moi, je voudrais être archéologue,
mes spécialistes de l'Egypte ancienne,
jusqu'au jour où j'ai rencontré un monsieur qui a dit
donc, tu veux être Egyptologue.
Et là, je l'ai regardé avec des urons en me disant,
il vient d'inventer un mot, il se fout de moi.
Et puis après, j'étais voir dans le dictionnaire,
et puis j'ai vu que le métier dont je rêvais existe.
Et alors là, je n'avais plus qu'un seul but,
c'était réussir à devenir Egyptologue.
Et donc, t'avais quel âge à ce moment-là ?
Au moment où je découvre le mot Egyptologue,
je crois que j'ai 13 ans, quelque chose comme ça.
Donc, t'as un âge de nos compagnies.
Et donc, très vite, je mets tout en ordre
pour pouvoir réussir ce projet.
Et alors, quels sont les études, comment on fait pour devenir Egyptologue ?
Alors, en fait, j'ai découvert que, moi, j'étais très impatiente
parce que ce désir là me brûlait depuis tellement longtemps.
Et donc, je me disais, dès que j'ai le bac,
je veux pouvoir faire de l'Egyptologie.
Et en réalité, il n'y a qu'une seule école
qui permet de faire de l'Egyptologie.
Tout de suite après le bac, c'est l'école du Louvre.
Et donc, c'est l'école qui a adossé au Musée du Louvre.
Si vous avez d'autres études complémentaires sur l'Egyptologie,
qui peuvent se faire notamment à la Sorbonne,
ce que j'ai fait aussi, mais à partir de la licence.
Et donc, il fallait que je rentre à l'école du Louvre,
ce qui voulait dire partir à Paris,
ce qui voulait dire faire le concours d'entrée.
Enfin, toutes ces choses-là, toutes ces barrières.
Mais bon, j'ai rien lâché.
Et je suis arrivée trop tard pour le concours d'entrée.
Puis, quand ils ont vu que j'étais très jeune,
j'avais 15 ans et demi, quelque chose comme ça.
Et puis, j'avais quand même des bonnes notes.
Et donc, j'ai pu rentrer.
Et déjà, à 15 ans et demi ?
Oui. En fait, je suis rentrée à 16 ans,
mais à 15 ans et demi, c'était le moment où il fallait faire
le concours d'entrée.
Et voilà.
Je voudrais peut-être dire une chose, Céline.
Tout à l'heure, j'ai été vite sur la honte.
Tu sais, à un moment, tu m'as demandé
si j'étais au bord d'être découverte.
Tu sais, dans mes mensonges, etc.
Et donc, je voudrais quand même le dire.
Il y a un moment qui a été vraiment terrible pour moi,
parce qu'effectivement, j'étais à ça que l'on découvre.
Je vous le dis parce que je pense que, à vos âges,
voilà, on a sans arrêt des épêtes d'Amocles.
Des choses où on se dit, oh là là,
ça, j'espère que personne ne l'apprendra, etc.
Donc, je le partage.
Il se trouve qu'avec ma maman, on avait...
Voilà, on était très pauvres,
on était dans des quartiers très difficiles.
On n'avait pas de salles de bain,
comme on peut les avoir aujourd'hui, etc.
Donc, j'avais une hygiène pas au top.
Ma maman me lavait dans une bassine,
comme elle pouvait, mais quand elle avait toute sa tête,
donc il y avait des semaines où elle ne lavait pas.
Donc, du coup, voilà.
Et donc, à un moment, j'ai eu des poux.
Et j'avais la tête pleine de poux.
Et un jour, je suis à l'école
et je vois qu'il y a un poux qui saute.
Je tremble de peur
que mes camarades découvrent que je suis pouilleuse
et surtout que je savais
que si on découvrait que vous aviez des poux,
on vous rasait la tête.
Et là, vous aviez la honte
dans tout l'établissement scolaire.
Je vous dis ça parce que j'étais à ça,
à ce que ça arrive.
Finalement, personne ne s'en est aperçu
et j'ai réussi à me débarrasser des poux.
Ça a été très compliqué, très dur.
Et c'était vraiment une période vraiment pas facile
où je tremblais de peur tous les jours.
Et je vous dis ça parce que vraiment,
si autour de vous,
vous avez un camarade ou une camarade
qui, à un moment, est dans une grande difficulté,
se retrouve face...
Ça peut être quelque chose comme ça.
Après, j'ai eu la gale, c'était pas beaucoup mieux.
Je peux vous dire que ça gratte.
Il peut y avoir plein de choses qui nous arrivent dessus.
Les épreuves, elles font partie de la vie.
Et tout ce qu'elle que soit notre situation,
on va avoir des épreuves à gérer.
Et donc, au lieu de facilement smoker,
rigoler de l'autre, l'humilier,
vraiment montrer votre noblesse de coeur,
votre intelligence en allant à son secours,
en lui tendant la main, en l'aidant,
en le soutenant, en faisant corps autour d'elle,
de cette personne qui a besoin de vous à ce moment-là.
Parce que vous savez, une personne qui a besoin de vous,
c'est un cadeau pour vous.
Chaque fois que vous avez une personne qui vous demande de l'aide,
ne vous dites pas,
« Oh là là, c'est pénible et tout ça ».
Cette personne qui vous demande de l'aide,
c'est un moment cadeau pour vous.
Parce que ça va être le moment pour vous
de pouvoir révéler votre bonté,
de pouvoir découvrir que vous êtes bien plus gentil,
bien plus serviable que vous ne le pensez,
de pouvoir véritablement le vivre.
Donc c'est un cadeau pour vous, c'est une occasion de grandir.
Et un jour ou l'autre, ce sera à vous,
vous aussi vous aurez besoin d'aide.
Et voyez la vie, c'est ça, c'est ce cercle-là.
Nous avons tous besoin les uns des autres, tous.
...
Je voulais passer, mais on ne peut pas dire
que tu as eu un passage à l'âge adulte,
parce que tu as toujours été cette petite adulte miniature.
Mais comment s'est passé ton arrivée à Paris
quand t'as quitté le foyer avec Maman Jeanne,
quand t'as quitté aussi ce refuge de l'amour
chez Marie-Té et Michel,
et que tu as fait le grand saut,
à Paris, toute seule ?
J'étais tellement joyeuse.
Et pourtant, c'était dur, parce que j'avais pas d'argent.
Je mangeais un sandwich par jour, parce que Paris, c'est cher.
Tout est tellement cher.
Donc j'avais réussi à trouver une petite chambre
vraiment minuscule, avec un toit qui était...
Je ne pouvais pas me tenir debout,
j'avais pas de bureau pour travailler,
je travaillais sur mon lit, un lit tout défoncé.
Bon, vraiment, c'était vraiment des conditions
plus que compliquées,
mais en même temps, la beauté de Paris.
Je me disais, je me souviens, je me baladais sur les quais,
le soir qui tombait, vous savez, on dit toujours
Paris by night, le Paris illuminé.
Vous savez que le monde entier veut voir Paris.
C'est la ville la plus visitée au monde.
Et on peut vraiment être fiers en tant que français,
c'est toute notre culture.
Et donc, je me baladais dans les rues,
et je me disais, cette beauté, il n'y a pas besoin d'être riche.
On peut ne pas avoir de sous, et on a le droit
de se nourrir de cette beauté, c'est pour nous aussi.
Et donc, en plus, je faisais l'école du Louvre,
donc j'étais vraiment tout le temps dans la beauté,
avec toutes ces oeuvres d'art, etc.
Et enfin, je faisais ce que je désirais faire depuis toujours,
donc je me plongais dans l'égyptologie.
Et donc, oui, j'étais vraiment...
C'était une grande joie,
et ça me faisait complètement oublier les difficultés.
Et tu écoutais une sorte de liberté
que tu n'avais pas connue,
parce que tu avais toujours cette dépendance à ma manjeune,
ou ton refuge, qui était plus un coco,
mais là, tu avais cette liberté, c'était une soif d'aventure.
Tu commençais un peu ta vie d'aventure.
C'était déjà l'aventure.
Et en plus, c'était aussi...
C'est ça qui est drôle, c'est que j'ai eu une enfance
où j'étais une petite adulte,
là, j'ai eu l'impression de commencer en adolescence.
D'un coup, j'avais mis des kilomètres
aussi par rapport aux difficultés,
par rapport à tout ce parcours.
D'un coup, j'avais mis de la distance
et je pouvais m'autoriser à devenir quelqu'un d'autre.
Et donc, s'ouvrez à moi tout un nouveau possible.
Ça aussi, c'est important,
de se rendre compte que c'est un message
que j'ai envie de vous faire passer.
C'est la vie, il y a des hauts, il y a des bas.
Donc, il y a des moments où on a l'impression
qu'on est euphorique, tellement il y a plein de belles choses
qui nous arrivent.
Et du coup, ça nous donne l'impression vraiment
que tout va aller très bien.
Et puis, il y a des moments où vraiment,
il y a plein de difficultés
et on a l'impression vraiment que tout s'acharne.
Parfois, il y a vraiment des moments
où le sort s'achane sur vous
et là, vous avez l'impression
que vous n'allez jamais pouvoir vous en sortir,
ni vous relever,
et vous commencez presque à être désespérés.
Et donc vraiment, dites-vous ça,
c'est que tout passe.
Les moments bien, les moments mauvais aussi.
Tout passe.
Et donc vraiment, dans les moments où c'est dur
et où vraiment vous avez l'impression
que vous n'allez pas vous en sortir,
à ce moment-là, vraiment accrochez-vous
à cette conviction-là.
Faites petite voile.
Vous savez, quand on fait de la voile, on dit,
quand il y a la tempête, il faut rabattre la voile
parce qu'autrement, elle va être déchirée
et puis elle peut emporter le bateau.
Donc vous faites petite voile, vous faites le doron
et vous attendez que ça passe.
Parce que ça finira par passer.
Mais surtout, ne partez pas dans des idées trop noires,
ne pensez pas que c'est foutu.
Et même les gens autour de vous qui parfois peuvent être durs
ou vous juger, etc., ils peuvent changer d'avis.
Tout est possible.
Ce qu'il faut, c'est juste laisser passer.
Évidemment que le temps passe long,
ça paraît long dans ces moments difficiles.
Mais après, vous en sortirez plus fort.
Et vous en sortirez aussi avec des leçons de vie
qui vont vous humaniser.
Vous serez plus humains vis-à-vis de ceux
qui ont des difficultés, parce que vous saurez
ce que c'est que d'avoir des difficultés.
Mais tout passe.
Mais tu n'es pas devenu égyptologue.
Oui.
Oui, mais très peu de temps.
Pourquoi ?
Oui, donc effectivement, j'ai eu la grande chance
de faire ces études.
Et au moment où vraiment je dois me lancer
dans cette carrière d'égyptologue,
ma vie va basculer.
Il se trouve que alors que j'étais donc en train de terminer
mes études à l'école du Louvre,
j'étais dans un restaurant près du Louvre
avec une camarade étudiante comme moi.
Et puis, il y a un monsieur qui arrive,
un américain qui arrive à ma table,
qui me dit qu'il m'a observé pendant tout mon repas.
Je me disais qui ce type.
Et il me dit en anglais, voilà,
you're the one I want.
Vous êtes celle que je veux.
Et je me disais qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
Et en fait, c'était le PDG d'une chaîne de télé
aux États-Unis.
Et il a eu un coup de foot sur moi.
Et à ce moment-là, il découvre que j'ai
des connaissances culturelles, artistiques,
je suis historienne de l'art.
Et il me demande si je veux bien faire des essais à New York
pour une chaîne qui venait de lancer.
Et en fait, ça va très vite dans ma tête,
parce que sur le coup, vraiment, je me demande si c'est sérieux,
mais après, il revient avec son assistante et tout.
Donc tout à l'heure de montrer qu'en fait, c'est pas du bidon.
Et là, ça va très vite dans ma tête.
Et je me dis, ce gars me propose d'aller à New York
pour faire des essais.
Et en fait, l'histoire de la chaîne de télé et tout,
ça ne s'est même pas réelle dans ma tête.
C'est juste de me dire, qu'est-ce que j'ai à perdre ?
En gros, au pire, j'aurais vu New York.
Moi, je n'avais jamais été aux États-Unis.
J'avais tellement peu voyager dans ma vie.
J'avais été une fois en Égypte sur mes petits deniers.
Et donc, je me suis dit, voilà, c'est l'aventure.
Et évidemment, ça va complètement changer le cours de ma vie.
Parce que, du coup, tu travailles plus dans les paillettes,
tu es animatrice.
Je commence comme reporter culturel
pour cette chaîne.
Et ça veut dire que j'apprends tout sur le tas.
J'arrive à New York, et effectivement,
je connais rien du tout à ce métier.
J'y ai même jamais pensé.
Je ne connais pas le milieu des médias.
Je ne connais pas non plus le milieu des stars.
Je ne connais rien à tout ça.
Mais je pense que j'étais tellement éloignée de tout ça
que ça a donné sans doute une fraîcheur.
D'ailleurs, j'y allais avec beaucoup d'innocence
et beaucoup de joie.
Parce que, franchement, par rapport au difficulté
que j'avais eu dans mon enfance,
où ça me paraissait fast-touch,
sympa, voilà.
Et donc, j'apprends ce métier sur le tas.
Et c'est assez passionnant.
Et donc, je me retrouve dans une carrière médiatique.
Et j'apprends aussi peu à peu à être journaliste.
Et pour toi, un jour, tu vas t'arrêter.
Parce qu'il te manque quelque chose.
Parce que les paillettes sont qu'un filtre.
On en parlait tout à l'heure aussi de cette vie consommée
sur les réseaux sociaux avec ses filtres, etc.
Est-ce que ça t'avais envie d'enlever ce filtre
et de devrer pour autre chose ?
En fait, je ne crois pas forcément que ce soit
que j'avais envie d'enlever quelque chose.
En même temps, peut-être.
Je ne me pose pas plein de questions comme ça.
Mais c'est surtout qu'à un moment,
j'ai été rattrapée par mon histoire personnelle,
l'histoire que je viens de vous raconter.
C'est quand même une histoire
dans laquelle il y a une expérience de vie qui est très riche
et qui fait que je me sens une personne
très en empathie avec tout ce qui m'entoure.
Et donc, j'avais besoin de rajouter du sens.
Voilà, je me suis toujours dit que les médias,
c'est une puissance de frappe tellement phénoménale
pour faire passer des messages,
que c'est peut-être un peu dommage de ne pas les utiliser
plus souvent pour des messages qui comptent,
des messages qui nous transforment,
des messages qui font en sorte que la société
puisse grandir, aller vers le beau, le bon, le bien.
Et donc, voilà.
Et donc, quand je faisais des interviews de stars, etc.,
à chaque fois, j'y mettais beaucoup d'humanité.
Donc, je faisais des interviews assez intimes
et je crois que je suscité la confiance
chez les personnes qui répondaient à mes questions,
donc elles partageaient des choses
qu'elles n'avaient pas forcément l'habitude de partager.
Donc, vraiment, je n'ai pas à rougir du tout
de tout ce que j'ai fait pendant ce temps.
Mais à un moment, il y a un appel qui se fait,
qui est encore plus fort.
Et moi, l'appel, c'était de me dire, en tant que journaliste,
je voyais bien que, sur toutes les questions sérieuses,
par rapport à la politique, aux questions sociales,
eh bien, il y avait une manière de décrypter
les grands enjeux du monde qui étaient de plus en plus anxiogènes.
C'est-à-dire qu'on joue beaucoup sur les peurs,
on dramatise, on rend les choses très tragiques
et on caricature beaucoup aussi.
Et je me suis dit, en fait, la manière dont on est informé
encourage beaucoup les peurs.
Mais la peur, c'est la pire des conseillères.
La peur, paralysme, et surtout la peur des humanises.
Vous voyez, comment est-ce que je vais partager
si j'ai peur de manquer, comment je vais m'approcher de l'autre
si j'ai peur qu'il m'attaque ?
Vous voyez, la peur, c'est l'ennemi de l'amour.
Et donc, je me suis dit, il faut réussir à informer,
en gardant l'espérance et en n'encouragant pas,
comme ça, sans arrêt la peur.
Il faut surtout plutôt donner l'envie de s'engager,
l'envie de se lever de son fauteuil, de bouger, d'agir,
pour pouvoir, justement, résoudre les problèmes
et permettre au monde d'être meilleur,
d'être un monde meilleur, plus juste.
C'est ça qui s'est passé.
D'où la jeunesse du projet Imagine,
ton ONG qui met en lumière,
c'est ce que tu appelles des héros humbles,
qui changent le monde sans chercher cette gloire
que tu côtoyais auparavant.
Pourquoi le mot Imagine ?
Ah, ça s'appelle le projet Imagine
parce que tout commence par l'imagination.
Comment bâtir un monde plus juste, un monde meilleur
si on n'est pas capable de l'imaginer ?
Dès lors qu'on commence à imaginer les choses,
on peut vraiment commencer à mettre en œuvre
tout ce qu'il faut pour que ça devienne une réalité.
Il me semble que c'est Kennedy qui disait
« If we can dream it, we can make it ».
Donc si on peut le rêver, alors on peut le faire.
C'est un peu raccourci de le dire comme ça,
c'est peut-être pas si simple,
mais n'empêche que ça commence par là.
Il y a aussi parce que ça fait référence à Imagine de John Lennon.
Et évidemment, là, c'est tout un programme,
donc il faut absolument réécouter sans arrêter cette chanson.
Et en regardant bien les paroles, c'est bien,
parce qu'en plus, si on apprend l'anglais,
moi, j'ai appris l'anglais toute seule avec la musique.
Moi, les chansons que j'aimais le mieux,
j'allais voir les paroles, je les traduisais,
j'ai vraiment appris comme ça l'anglais.
Vous voyez, le jour où ce PDG d'une chaîne américaine
m'a proposé d'aller aux États-Unis,
il se trouve que je parlais bien l'anglais
parce que voilà, j'avais eu cette attention
et si j'avais pas parlé l'anglais,
mon destin n'aurait pas...
J'aurais pas pu me saisir de cette opportunité.
Donc je vous dis ça, tout ce que vous pouvez faire
pour faire grandir vos compétences, etc.,
vous savez jamais ce qui vous attend,
quelle belle surprise vous attend.
Et donc Imagine de John Lennon, c'est incontournable.
Et puis c'est aussi parce que ça veut dire aussi
qu'il n'y a pas de limite.
Je pense vraiment que être réaliste
ne doit pas empêcher d'être utopique.
Beaucoup de gens vont mettre en contradiction.
Si vous êtes utopiste,
vous êtes forcément un doerreveur,
vous n'êtes pas les pieds sur Terre,
vous n'avez pas les pieds sur Terre, etc.
En fait, moi, ce que je dis souvent,
c'est est-ce qu'on peut se permettre de renoncer à l'utopie ?
Je ne pense pas.
Et vous savez, quand on dit
« faut viser la lune au pire, on finit dans les étoiles »,
c'est ça. L'utopie, vous mettez très haut là-bas.
Et après, vous allez travailler en ayant cette étoile,
cette utopie, qui va vous guider,
qui va vous donner une direction,
qui va vous donner un cap.
Et après, peu importe où vous arrivez dans le réel.
Mais au moins, vous savez ce qui vous guide
et vous avez un cap.
Si vous n'avez pas de cap, vous n'allez nulle part.
Personne n'arrive à destination s'il n'y a pas...
s'il ne sait pas où il va, s'il n'y a pas de cap.
C'est très intéressant, cette notion d'utopie et de rêve,
ce que disait Kennedy, si tu le rêves, tu peux le faire.
Mais je dirais même si tu le visualises,
si tu l'écris, si ça devient concret,
c'est ça, ça prend vie.
Tu accompagnes avec le projet Imagine des acteurs du changement.
Dans cette salle, on a des jeunes gens qui ont 13 ans,
14 ans.
Comment peut-on être un acteur du changement
quand on a cet âge et quand on est dans une société
qui valorise pas forcément ces périodes de la vie ?
La première chose, c'est veiller à garder
votre idéalisme bien vivace.
En réalité, c'est une des particularités fondatrices
de la jeunesse, c'est que les jeunes sont idéalistes.
Malheureusement, la société sans arrêt va minimiser
la noblesse de cet idéalisme qui vous habite,
va parfois un peu...
Oui, mais toi, t'es jeune.
Quand vous dites quelque chose de beau, d'un rêve,
tu as dit que t'étais jeune.
Oui, alors ça ne veut pas dire que l'idéal que vous portez
est moins intéressant, moins important.
Donc vraiment, restez très convaincus
de l'idéalisme qui vous habite.
Concernant la jeunesse, moi, je déteste le fait
qu'on mette les gens dans des cases, les jeunes d'un côté,
les vieux de l'autre, etc.
J'ai horreur de ça. Je ne fais pas de jeunisme.
Pour moi, il y a une jeunesse d'esprit.
Il y a des jeunes qui sont déjà vieux.
C'est comme ça, qui ont vraiment un esprit,
déjà, où on a l'impression que...
Et puis, il y en a d'autres, jusqu'au bout,
je pense à Edgar Morin,
que peut-être vous avez déjà entendu parler
de ce grand penseur, je crois qu'il va sur ses 102 ou 103 ans,
et il reste une jeunesse d'esprit incroyable.
Il reste toujours aussi curieux du monde,
toujours accroir en ses rêves, en un idéal.
Et c'est ça qui garde la jeunesse.
Donc, vraiment, être attentif à ce qu'habite votre cœur.
Parce que votre cœur, ça va être votre boussole.
Si vous perdez cette boussole,
alors oui, vous allez très vite devenir vieux.
Vieux et chiant et con.
Pourquoi ? Parce que s'il n'y a pas d'idéal,
très vite, les amis, c'est mort.
Ce qui est vivace, qui est vivant,
c'est vraiment ce qui nous pousse comme ça,
qui nous donne de la langue,
qui nous pousse à aller plus loin, plus haut, plus fort.
Vous voyez, il y a vraiment quelque chose d'une énergie de vie,
quelque chose qui vous propulse.
Et puis dès lors que vous restez vraiment comme ça,
camper sur vos certitudes,
que vous êtes fermé d'esprit,
que vous savez mieux que tout le monde, etc.,
là, ça devient très...
Ça manque de vie, vous voyez ?
En fait, c'est cette curiosité permanente
de savoir qu'on n'a pas la science infuse,
on ne sait pas tout, que tous les jours, on apprend.
Donc, garder cet esprit qui apprend.
Et la dernière chose,
c'est, je pense que c'est important de ne pas
mettre en avant l'action pour l'action.
On est dans une société, justement, où tout s'accélère.
Et donc, on se précipite sans arrêt.
Et donc, on est pris dans une frénésie,
frénésie d'actions, frénésie de plein de choses,
qui donne vraiment le tournis,
alors qu'on a besoin de temps aussi pour faire les choses.
Et même pour les apprécier,
pour se rendre compte de ce que l'on vit,
pour sentir aussi le présent.
Moi, je parle souvent de l'épaisseur du présent.
Il faut habiter le présent.
Et aujourd'hui, voilà, tout est là
pour sans arrêt qu'on soit dans le passé,
en train de resesser le passé,
ou de se projeter dans le futur.
Et pendant ce temps-là, on ne vit pas,
parce que le seul moment où vous êtes en vie,
c'est dans le présent.
Il n'y a que ça qui est réel.
Donc, vraiment, habitez le présent.
Et donc, ce que je veux dire par là,
c'est qu'au lieu de vous précipiter dans l'action,
d'abord, vraiment, essayez, dans ce moment présent,
d'aller à l'intérieur de vous-même.
Pour sentir ce qui habite votre cœur.
Parce que vous allez peu à peu sentir,
tiens, il y a une cause qui me touche particulièrement.
Il y a peut-être un projet qui m'attire vraiment.
Parce que si vous allez dans l'action,
vous précipitez dans l'action sur quelque chose
qui va se révéler de ce vent pour vous,
parce que ça ne vous rejoint pas,
alors vous allez très vite croire que,
oui, vous voyez, l'engagement,
ça ne sert pas à grand-chose, ça ne m'a pas fait du bien.
Oui, mais peut-être que vous n'étiez pas engagé
sur quelque chose qui vous tient vraiment à cœur.
Et donc pour ça, il faut prendre le temps d'aller sentir.
Et ne croyez pas que c'est du temps perdu.
C'est sans doute le meilleur temps possible,
c'est celui avec vous-même en dialogue,
avec vous-même en temps de la petite voix intérieure.
C'est une petite voix à laquelle il faut être très...
Elle est discrète, donc elle demande de faire silence.
C'est difficile de faire silence dans un monde de brouhaha,
comme ça, de chaos, comme ça,
tout le temps vous êtes sollicité,
tout le temps il y a des nouveaux clics à faire, etc.
Donc ça demande une vraie volonté de votre part
de dire, je vais mettre ça de côté,
et puis je vais faire un rendez-vous avec moi-même.
Et vous allez voir si vous êtes capable
d'avoir ce rendez-vous avec vous-même,
qui est quand même un rendez-vous d'amour avec vous-même,
alors vous serez peut-être capable d'aimer les autres.
Parce que si vous ne vous aimez pas vous-même,
ça va être dur d'aimer les autres.
Contrairement à ce que souvent on dit,
ah oui, mais ça c'est de l'égoïsme, c'est pas vrai.
Si vous n'êtes pas capable de vous aimer,
ça va être difficile d'aimer les autres.
Donc c'est aussi un cadeau que vous faites aux autres
en apprenant à vous aimer.
On arrive sur la fin de l'interview,
on va passer aux questions.
Mais avant, j'avais juste envie que tu nous dises
s'il y a une phrase
qu'il doivent retenir de ton intervention,
c'est laquelle ?
C'est important, tout passe.
Je vous dis ça parce que je ne vous connais pas.
On se rencontre là ce matin,
mais je sais que dans votre génération,
il y a beaucoup de jeunes de votre âge
qui sont quand même très perturbés
par ce qui se passe dans le monde aujourd'hui
et qui se sentent angoissés,
qui se sentent aussi très impuissants,
que ce soit aussi vis-à-vis de la crise environnementale,
climatique, l'effondrement de la biodiversité, tout ça.
Et puis après, les conditions géopolitiques,
voilà, toutes ces tensions aujourd'hui,
dont on a l'impression que ça nous dépasse,
d'autant plus quand on est un enfant,
j'ai vraiment une attention particulière à ça
parce que moi et ton petit-fille,
j'ai eu toutes ces angoisses aussi,
pour d'autres raisons, mais n'empêche.
Ce qui compte, c'est cet état, cet état d'angoisse.
Et donc vraiment de se dire,
moi, si je pouvais parler à la petite-fille que j'étais à l'époque,
je lui dirais ça, tout passe.
Parce que ce que j'essaie de dire, c'est pas
non mais ça va, t'inquiète pas.
Non, non, vous avez peut-être des épreuves à traverser
qui sont vraiment pas drôles du tout.
Et j'ai pas du tout envie de dire non mais ça va, non.
J'ai envie de respecter ce que vous vivez,
comme j'aurais aimé qu'on respecte ce que je vivais quand j'étais petite.
Moi, ce que je vivais, il y avait des choses dramatiques
et j'avais pas envie qu'on me dise ça va, non.
Donc il faut regarder la réalité en face.
Mais après, voilà, de se dire, OK,
je vis ça, je sais pas pourquoi, c'est dur,
mais je vais m'en sortir.
Donc je vais m'accrocher
et je vais laisser passer cette vague.
Et puis après, sans doute que je vais en tirer des leçons magnifiques
pour moi et pour mon entourage.
Et là, ça devient un cadeau. C'est comme ça.
Merci, Frédéric Beaudos.
Merci, Céline.
Nouvelle sérroïne.
L'interview de Frédéric Beaudos est amenée.
Mais son histoire, elle continue de raisonner.
J'espère qu'elle t'a touché comme elle m'a touché.
Parce que Frédéric, c'est une femme qui aurait pu tout laisser tomber.
Pourtant, elle a choisi l'amour,
elle a choisi d'espérer pour elle et pour les autres.
Si tu veux suivre ce qu'elle fait, et je te le recommande vraiment,
va faire un tour sur le site du projet Imagine.
Le lien est dans la description de l'épisode.
Et un immense merci à la Fondation qui habite
pour croire en ceux qui grandissent.
Merci aussi au collège Le Trio Lo.
Les élèves, les profs, tous, pour cette rencontre pleine de coeurs.
C'était fort, c'était vrai, à très vite.
Ici, pour d'autres rencontres aussi inspirantes.
Nouvelle sérroïne.
Je t'invite désormais à écouter les questions des élèves
posées à Frédéric Godos dans l'épisode 2
de cette mini série spéciale.
Nouvelle sérroïne.
Nouvelle sérroïne.
Nouvelle sérroïne.
Nouvelle sérroïne.
Nouvelle sérroïne.