Nouvelle séroïne !
Salut toi, c'est Céline.
Aujourd'hui je te propose un épisode du podcast « Des ailes aux talents »
porté par la fondation Bétancourt-Chulère.
Ce n'est pas moi qui raconte cette fois-ci.
L'épisode est le portrait d'une chercheuse, Mériem Bagdaddi,
par une écrivaine, Anne Akrish.
Mériem est chercheuse en biologie cellulaire
à l'Institut Nécaire-Enfant-Malade, à Paris.
Elle étudie des cellules incroyables qui se trouvent dans nos intestins.
Oui, c'est un peu bizarre à dire comme ça, mais grâce à ces cellules,
elle essaie de sauver des bébés très fragiles, qui naissent beaucoup trop tôt.
Ces cellules qu'elle appelle les cellules souches sont vraiment des superhéroïnes.
Mais Mériem, ce n'est pas qu'une scientifique brillante.
C'est aussi une maman, une fille d'immigrés originaires du Maroc,
une femme qui n'a jamais abandonné ses rêves, même quand c'était difficile.
Prêt à entendre son histoire ?
Tu vas voir, c'est passionnant et inspirant.
C'est parti !
Bonne écoute !
Nouvelle, c'est Roïne !
Je vous propose de partir à la rencontre de chercheuses et de chercheurs français,
dont l'Odace repousse chaque jour les frontières du savoir.
Des ailes aux talents, c'est une série de portraits de femmes et d'hommes
qui portent les sciences de la vie vers l'avenir, et dont le parcours mérite d'être raconté.
Des portraits littéraires, car nous avons choisi de confier leur récit à des écrivaines et écrivains.
Chaque épisode de ce podcast est donc le fruit d'une rencontre entre un esprit scientifique et une plume.
L'autrice que vous allez entendre dans cet épisode, c'est Anne Akrish.
Elle tire le portrait de la chercheuse en biologie cellulaire Mériem Bagdaddi.
Vous écoutez la quatrième saison des ailes aux talents. Soyez les bienvenus.
Le travelling est affaire de morale, disait Godard,
et cette formule pourrait aussi bien s'appliquer à l'écriture d'un portrait.
Il n'y a pas de bonne manière de regarder quelqu'un.
Le choix du cadre, la distance, le mouvement, tout y est hautement inflammable.
Il faut commencer par choisir un angle.
Un angle de vue, un angle d'attaque, un angle mort.
Le point où l'on se place pour regarder.
On avance, on recule, on panote sur les origines,
on zoom sur un tick de langage ou un rire,
et chaque mouvement en dit autant sur le portraitiste que sur la personne regardée.
Alors comment filmer ?
D'où filmer une chercheuse qui parle aussi bien de ses cellules souches
que de ses origines marocaines,
de la banlieue parisienne que des laboratoires de Toronto,
de l'intime que du politique.
Quel focale adopter ?
Pour saisir cette trajectoire d'exception ?
Caméra subjective pour suivre ses pas de noisile grand ou couloir de necker ?
Gros plan effectif sur cette mère de deux enfants
qui cultif tendrement ses petits organoïdes ?
Faut-il montrer les prix soigneusement rangés dans l'armore vitré de son bureau ?
Le prix jeune talent France 2024 de la Fondation L'Oréal UNESCO,
le prix des jeunes chercheurs de la société française de biologie cellulaire 2024
et le dernier rendat, la dotation ATIP Avenir,
soutenue par la Fondation Bétancours Chulère,
pour ses travaux sur les propriétés mécaniques
de la niche des cellules souches intestinales
et leur rôle au cours du développement embryonnaire et dans les maladies.
Ou faut-il s'attarder sur les photos de ces deux enfants ?
En somme, comment ne pas figer dans des casques commodes,
la femme issue d'immigration qui a réussi,
la mère scientifique,
l'exception qui confirme la règle,
car mère et âme Bac Dadi résistent aux catégories simples
et son portrait ne peut qu'être serpentin.
Suivons donc les tuyaux qui courent au plafond
comme des veines métalliques dans les bâtiments de verre et d'acier
de l'Institut Necker.
On est dans un bâtiment
d'un style industriel.
C'était voulu par l'architecte.
Donc moi je trouve ce bâtiment très beau.
On voit les tuyaux et les fils sur les plafonds
avec des petites grilles.
J'adore ce style.
Ce laboratoire qu'elle a ouvert en mars dernier
en rentrant de son congé maternité
porte encore l'odeur d'une oeuf.
Le terme exact, c'est responsable de laboratoire.
Donc ça veut dire que j'ai une équipe de recherche
sur une thématique que j'ai mis en place.
Et l'idée c'est que avec une équipe d'ingénieurs de recherche,
de techniciens, d'étudiants, de postdocs,
on travaille tous ensemble sur cet axe qui est bien défini,
sur différents angles.
Mais avant ce poste en forme de consécration,
son histoire commence au Maroc.
Je suis née au Maroc
et je suis arrivée en France à l'âge de 3 ans
avec ma mère et ma soeur.
On avait toutes les 3.
On est dans un milieu social qui est...
on va dire assez ouvrier,
ma mère a travaillé comme femme de ménage,
puis comme nous, nous, pardon.
Puis à l'école, à la crèche, puis à l'école,
en tant qu'ad sème.
Mériam Grandi a noisis le grand,
nourri aux promesses de l'école publique.
Toute mascolarité dans le public,
poursière, toujours.
La nationalité française, elle l'obtient en 2015
quand elle a déjà 27 ans.
Je vous retrouve très important pour nous.
Parce que ça nous a vraiment facilité énormément la vie
d'avoir la nationalité française.
Déjà, pouvoir se sentir...
pouvoir appartenir dans le pays dans lequel on a grandi
parce que je suis arrivée à l'âge de 3 ans.
Aujourd'hui, j'en ai 37.
La France, c'est là où j'ai fait ma vie.
J'ai rencontré mon mari, c'est là où sont mes enfants.
Et puis, clairement, pour le travail, le voyage, etc.,
c'est quand même la sonnaie des Français.
C'est un vrai plus.
Le déclic scientifique arrive en 2e année de faculté,
presque par hasard.
J'ai fait un stage en laboratoire, comme ça, l'été.
Un mois, je voulais voir ce que ça donnait.
Et ça a été un déclic.
Je me suis dit, c'est ça que je veux faire.
Elle abandonne alors ses rêves de médecine
pour se tourner vers la recherche.
Par cours classique de l'excellence républicaine,
BACS, licence biomédical à Paris Descartes,
Master en Biologie Moléculaire spécialisé en cellules souches et cancers,
à l'université Pierre et Marie Curie,
puis le doctorat à Pasteur sur les maladies du muscle scélétique.
Ensuite, le Canada, l'Hôpital des enfants malades de Toronto,
où elle découvre sa spécialité,
les maladies intestinales chez les enfants,
et ses fameuses cellules souches.
Comment traduire la passion de Mériem
pour ses superhéros cellulaires
sans trahir la complexité de son travail ?
Les cellules souches, on en a dans plusieurs de nos organes.
C'est ce qui permet à l'organe de se régénérer en cas de blessure.
L'intestin explique-t-elle avec une passion intacte
n'attend même pas d'être blessé pour se renouveler.
Il le fait constamment, agressé qu'il est par le passage de la nourriture,
l'acidité, les bactéries.
On considère qu'en trois, quatre jours,
tout votre intestin est renouvelé.
Tous les trois, quatre jours, c'est comme si vous aviez un nouvel intestin.
Et du coup, cette capacité régénératrice,
vraiment, je trouve ça fascinant, j'ai l'impression que c'est...
Et ça, c'est dû au cellulac souches,
que moi, j'aime bien appeler les superhéros.
Mais chez certains bébés prématurés, le mécanisme se grippe.
C'est l'anthérocolite nécrozante,
une maladie qui touche les grands prématurés
n'est avant 32 semaines.
Une partie de leur intestin nécrose, puis meurt.
Pourquoi ? C'est ce qu'elle cherche à comprendre.
Dans son laboratoire, elle cultive ce qu'elle appelle tendrement,
ses petits organoïdes.
Des mini-intestins reconstituent en éprouvette
qui récapitulent la structure de l'organe réelle.
Nous, nos cellulces souches, on les cultive pas toutes seules.
En fait, nous, on crée ce qu'on appelle des organoïdes,
des mini-intestins en culture.
Donc, en fait, ce qu'on fait, c'est qu'on va aller prendre
un petit morceau d'intestin, on va le triturer
et on va mettre en culture ce petit morceau d'intestin
et ça va s'organiser tout seul,
une structure en 3D,
qui récapitule l'intestin dans le corps.
Mais ça, on l'a dans notre boîte de pétri.
Donc, on avait ça des mini-intestins.
Nous, on l'étudie et les cellulces souchent dans cette structure-là.
C'est vrai, on les foutre,
on tient aux petits organoïdes, comment ça va,
on essaie de leur parler pour que ça...
Toutes notre recherche dépend de ça.
Donc, il faut vraiment qu'on s'en occupe très bien.
Donc là, oui, c'est vrai qu'on a ce rapport un peu...
de tendresse avec nos organoïdes,
parce qu'il faut qu'ils survivent.
Voilà donc l'enjeu des travaux de son laboratoire.
Pour y arriver, il a fallu vaincre plusieurs obstacles,
à commencer par ce syndrome de l'imposteur qu'elle connaît intimement.
On a toujours ça, surtout quand on est une femme,
je pense qu'on a un peu l'impression que c'est jamais assez.
Elles transforment ce syndrome en moteur,
en émerveillement quotidien.
Il n'y a pas un matin où je me suis réveillée
et je me suis ennuyée au travail.
Pas une seule fois, parce que le...
pendant qu'on essaie de répondre à une hypothèse,
on peut avoir des résultats qui nous emmènent complètement ailleurs.
Parce qu'on a une hypothèse, mais le but, c'est de la valider
ou de l'annuler.
Et donc nos expériences peuvent nous emmener à 90°, 180°.
Et moi, c'est ça que j'aime.
Je sais pas de quoi demain sera fait au niveau de nos expériences.
Ce parcours vers l'excellence, elle ne l'a pas menée seule.
Trois mentors l'ont guidé.
Sharagim Tajjabash, à l'Institut Pasteur Paris, lui a donné les fondations.
Tai-Rikim au Canada l'a fait murir.
Et surtout, Daniella Matik-Vinevich, qui a rendu le rêve tangible.
Cette dernière lui a montré qu'on pouvait être scientifique de haut niveau
et mère et avoir une vie normale.
Quand je suis rentrée en France, j'ai rejoint le laboratoire de Daniella
à l'Institut Curie.
Et elle, pour le coup, elle est responsable de laboratoire depuis maintenant,
je crois, presque 20 ans.
Et c'est elle qui m'a vraiment poussée, qui m'a dit,
mais si tu peux y arriver, vas-y.
Je lui dis oui, mais moi, j'ai envie d'avoir des enfants.
Et alors, vas-y, fais tes enfants.
Et en parallèle, tu regardes s'il y a des positions qui s'ouvrent à Paris,
mais tu as le potentiel, il faut que tu le fasses.
Car être femme en science est du sport de haut niveau.
Les statistiques sont implacables, jusqu'au poste d'Octora autant de filles que de garçons.
Puis les courbes se séparent brutalement.
Les hommes continuent leur ascension, les femmes stagnent ou partent.
L'arrivée du premier enfant, c'est ce qui casse les carrières des femmes dans la science.
Un mari auto-entrepreneur qui module ses horaires et une mère présente.
Pas de recettes miracles, juste de la débrouillardise et de la solidarité.
Avoir un enfant et mener une carrière, c'est pas facile.
Je pense qu'il faut pas mentir et dire, oui, vous pouvez le faire, c'est facile.
On peut le faire, oui, mais c'est pas facile.
Il faut une structure qui est très aidante.
Elle a aussi mené ses petites révolutions concrètes,
comme demander un espace d'allaitement au travail.
Si on n'en parle pas, on se dit qu'il n'y a pas d'endroit pour aller t'aider,
donc j'allaites pas, mais il n'en aura jamais.
Et en fait, le fait que moi, j'ai demandé, j'exprimais un besoin
qui est naturel et légal au passage,
derrière, il y a d'autres filles qui ont demandé la même chose
et maintenant, elles sont en train de faire des travaux pour nous mettre une salle d'allaitement.
Cette conscience d'être un modèle interroge, elle porte plusieurs identités.
Femmes, mères, issus de l'immigration populaire, et assument certaines plus facilement que d'autres.
Il y a de l'intersection d'abord d'être une femme,
d'être une mère, de venir d'un certain milieu social et d'une origine.
C'est plus facile pour moi d'assumer mon rôle de femme et de mère
que d'assumer mon rôle de personne qui ne vient pas de ce milieu.
Le social et l'origine, pour moi, c'est un peu plus difficile,
parce que j'ai un peu peur qu'on m'utilise comme...
Ah bah vous voyez, elle, elle est sortie, donc vous aussi, vous pouvez le faire.
Mais elle agit concrètement.
Dans sa ville de Nanterre, elle va dans les collèges raconter son métier.
Dans son laboratoire, elle n'a recruté que des femmes.
Le fait d'être là, c'est suffisant.
Vous vous rendez même pas compte le pouvoir d'être là.
Juste de là et de leur dire c'est possible, ça suffit.
Quand je lui demande ce qu'elle voudrait qu'on retienne de ce portrait,
elle n'hésite pas.
J'aimerais bien qu'on le clôture sur un message que je voudrais envoyer
à toutes les jeunes filles, peu importe leur milieu social.
Et encore plus, quand elles viennent de certains milieux sociaux,
c'est de leur dire qu'elles ont droit d'être là, qu'elles n'ont rien voulu à personne,
et qu'elles peuvent le faire.
Il n'y a pas de limite à leur rêve.
Les limites, c'est elles qui se le mettent.
Je ne veux pas que les femmes me voient comme un peu le...
Ah ouais mais c'est une superwoman, elle peut tout faire...
Enfin, ça emmite.
J'arrive pas à tout faire bien.
Je fais du mieux que je peux.
Mais c'est possible.
Je suis très fière et j'ai travaillé très dur pour en arriver là.
J'ai fait beaucoup de sacrifices, je pense que j'en ferai encore.
Et vraiment, j'en suis très fière.
Pour ma part, si je devais retenir une chose de notre rencontre,
c'est cette formule lancée en parlant des qualités essentielles du chercheur.
L'obstination raisonnée.
En fait, il faut une obstination mais...
Est-ce que ça existe l'obstination raisonnée ?
C'est vous qui l'avantez.
En fait, il faut être...
Je pense qu'il faut être obstiné,
parce qu'on ne peut pas baisser les bras après un ou deux échecs,
mais on ne peut pas continuer encore et encore dans la même direction.
Donc, si je vous reprends l'expérience des cellules qui meurent,
si les cellules les meurent, je ne peux pas continuer à faire mon expérience de la même manière encore et encore.
Il faut changer un paramètre.
Il faut encore changer un paramètre.
Et il faut pouvoir changer plein de paramètres jusqu'à ce que ça fonctionne.
Donc il faut être obstiné, mais pas toujours dans la même...
Faut pas faire toujours la même erreur.
Dans la vie, l'obstination raisonnée.
...
Cette obstination raisonnée pourrait tout aussi bien s'appliquer au travail de l'écrivain et du portraitiste.
Et je suis évité tous les pièges, certainement pas.
Et je suis gardé la bonne distance, le bon cadrage.
Godard encore.
Ce n'est pas une image juste, c'est juste une image.
Et ceci est juste un portrait,
qui aura essayé de restituer la chose fugitive,
qui entoure Maryam Bagdadi.
...
C'était le portrait de la chercheuse en biologie cellulaire Maryam Bagdadi.
Un texte écrit élu par Anne Akrish.
...
Des ailes au talent est un podcast de la Fondation Bétan Courchuleur,
réalisé par Radio France Studio,
en collaboration avec les éditions Gallimard.