
Pourquoi faut-il cuisiner avec les enfants ?
Durée: 5m22s
Date de sortie: 08/03/2023
durée : 00:05:22 - Histoires de doudou - par : Sylvie CHOKRON, Zoé Varier - Sylvie Chokron, neuropsychologue et chercheuse au CNRS, explique ce que la cuisine apprend aux enfants.
Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les autres épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
Je viens de raconter l'histoire, Tudou fait un gâteau vraiment dégoûtant.
Sylvie Chaucron, neuropsychologue et chercheuse au CNRS, vous explique pourquoi il est difficile
pour les petits enfants d'apprendre ce qui se mange et ce qui ne se mange pas.
Dans cette histoire, Tudou va faire un gâteau vraiment dégoûtant.
Faire la cuisine pour les enfants, c'est quand même un laboratoire pour apprendre à faire des gestes
et des gestes qui peuvent être compliquées parce que pour casser un œuf, il faut vraiment bien maîtriser
le mouvement de sa main, la coordination entre les deux mains.
Et les enfants vont pouvoir se servir de ces tâches dans la cuisine pour développer tout un répertoire de gestes.
Alors ensuite, on se rend compte que Tudou a envie de rajouter de la moutarde dans le gâteau.
Et c'est vrai que les enfants vont devoir apprendre les règles alimentaires
et en particulier, ils vont devoir apprendre ce qui se mange et ce qui ne se mange pas.
Et ça c'est une tâche très compliquée parce que dans toutes les situations où on doit apprendre à reconnaître des objets,
en général, on se base sur les caractéristiques physiques.
Mais pour ce qui est de savoir si on peut manger ou on ne peut pas manger,
on ne peut pas se baser sur des caractéristiques uniquement physiques
parce qu'il y a des choses qui sont absolument identiques,
visuellement, au toucher, voire même à l'odeur,
comme par exemple la différence entre les larbes qui poussent partout dehors
et puis la salade ou le basilic qu'on a le droit de manger.
Et donc pour un enfant, ça va devoir être un apprentissage vraiment presque conceptuel.
C'est en voyant la tête de leurs parents quand ils vont mettre des choses à leur bouche
ou quand ils vont vouloir manger des choses,
qu'ils vont comprendre qu'il y a des choses qui se mangent et d'autres choses qui ne se mangent pas.
Mais ça va vraiment prendre un certain temps.
Et il y a une équipe aux États-Unis qui est l'équipe d'Elisabeth Spellke,
qui est une chercheuse très connue dans le domaine de la psychologie du développement,
qui a montré que des enfants de neuf mois,
lorsqu'ils regardent soit un aliment, soit son emballage,
passent exactement autant de temps à regarder l'aliment et son emballage.
C'est-à-dire qu'il n'y a aucune préférence pour l'aliment versus la boîte dont ils peuvent pas faire grand chose.
Et c'est seulement à partir de deux, trois ans que les enfants vont commencer à être intéressés
par des véritables aliments.
Et donc à partir de trois ans, ils vont pouvoir généraliser leur connaissance à de nouveaux aliments.
C'est-à-dire qu'ils vont pouvoir comprendre qu'un nouvel objet qu'ils voient se mange ou ne se mange pas.
Mais ce qui est très compliqué pour les tout-petits, c'est que la bouche ne sert pas qu'à manger.
Donc la bouche, elle sert aussi à explorer, à prendre connaissance des objets et du monde extérieur.
Et donc c'est aussi parce que les enfants, entre zéro et deux, trois ans, vont énormément mettre de choses à la bouche
que ça va être très compliqué pour eux d'apprendre ce qui se mange véritablement et ce qui ne se mange pas.
Et donc cette capacité, cette habileté à savoir ce qui se mange et ce qui ne se mange pas,
c'est pas propre aux êtres humains.
On retrouve aussi cette habileté chez les pigeons, chez les baboins, chez tout un tas de singes,
qui eux aussi, à partir d'un certain niveau de maturation, vont être capables de faire la différence entre ce qu'ils peuvent manger et ce qui ne se mange pas.
Alors ce qui est intéressant, c'est qu'en ce qui concerne justement cette connaissance de ce qui se mange et ce qui ne se mange pas,
les petites filles seraient meilleures que les petits garçons et elles apprendraient plus vite à différencier
justement ce qu'on a le droit de mettre dans un gâteau et ce qu'on n'a pas le droit de mettre.
Alors c'est pas parce que ce sont des ménagères en puissance, c'est simplement sans doute parce que les petites filles sont plus amenées à manipuler de la nourriture,
peut-être que culturellement, socialement, on les invite plus dans la cuisine, on les invite plus à faire les courses et à comprendre justement toute cette chaîne
depuis l'aliment qui est dans le magasin ou dans le champ jusqu'à l'aliment qui va être préparé, cuisiné et servi.
Alors enfin dans cette histoire on se demande s'il va y avoir des crottes de nez dans ce gâteau et on demande même à l'enfant qui écoute s'il a déjà mangé des crottes de nez.
Alors ça c'est extrêmement important cet apprentissage là, justement ce qui est dégoutant pas dégoutant,
ce qui est autorisé à être mangé et ce qui n'est pas.
Alors c'est important parce que le fait qu'un enfant comprenne que c'est dégoutant, ça veut donc dire qu'il a compris ce qui était autorisé,
qu'il a compris les règles et donc ça c'est une tâche cognitive extrêmement importante parce que pour avoir une attitude un peu de défiance,
il faut avoir compris justement ce qui était la régularité de la situation et ce que ça voulait dire d'enfreindre la loi.
Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org
Les infos glanées
LesaventuresdeToudou
Un podcast pour les tout-petits Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
Tags
Les notices de Toudou 16/29 : Pourquoi l'ennui est important pour les enfants ?