#94 — La bergère et la montagne, avec Florence Debove

Durée: 50m36s

Date de sortie: 23/07/2025

Après ses études, Florence Debove a choisi de quitter le chemin tout tracé pour devenir bergère et retrouver le grand air. Après avoir apprivoisé ce métier, elle a organisé ses étés pour les passer en estive, seule avec son troupeau, à la recherche de pâturages frais en altitude. En juin 2019, elle partait pour quatre mois dans les Pyrénées : un été à veiller sur ses 350 brebis, à travailler sans relâche, mais surtout à s’ancrer profondément dans le paysage. Une expérience profonde et intime, au milieu du brouillard et des dangers de la montagne.


Abonnez-vous à notre newsletter pour ne louper aucun épisode ➡️


Retrouvez Les Baladeurs sur :

Les Others

Spotify

Apple Podcasts

Deezer

YouTube

Ausha

En RSS


🎙 Cet épisode a été réalisé par Thomas Firh, accompagné par Inès Cochard. Le récit a été présenté par Clémence Hacquart. La musique est composée par Nicolas de Ferran. Chloé Wibaux s’est assurée du montage, et Augustin Bretillard du Studio Wild Times Record du mixage.


🤝 La saison 8 des Baladeurs est soutenue par Columbia.

Plus d’infos sur l’épisode :


Devenir bergère, c’était la vocation de Florence Debove. Élevée à la campagne, elle a longtemps suivi le chemin des bancs de l’école, avant de tout quitter pour retourner au grand air. Peu à peu, elle a apprivoisé ce métier, depuis le fond des bergeries jusque dans les hauteurs des montagnes où, chaque été, elle part habiter avec son troupeau, en quête de fraîcheur alpine et de pâturages verdoyants.


En juin 2019, Florence part pour quatre mois sur une estive dans le Val D’azun, au coeur des Pyrénées. Installée dans une cabane nichée entre les crêtes, sa mission est claire : veiller précieusement sur 350 brebis, les guider, les soigner et les protéger des dangers du massif, afin de les ramener saines et sauves à la fin de la saison. Une vie choisie, profondément ancrée dans la nature, mais une vie exigeante, où chaque jour amène sa part d’inattendu.


À propos de Florence Debove :


Bergère et autrice, Florence Debove vit et travaille dans les Pyrénées. Après des études en travail social et plusieurs voyages en solitaire, elle choisit la montagne et l’élevage comme mode de vie. Depuis 2015, elle passe ses étés en estive avec ses brebis, entre alpages et solitude choisie. En parallèle, elle tient des carnets mêlant écriture, dessin et gravure, pour raconter le quotidien pastoral et la beauté brute des paysages.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Bonjour, c'est Clément Sacar du podcast Les Balladeurs.
Depuis plus de 8 ans, les balladeurs vous font voyager à travers les mots de celles et ceux qui arpentent le monde.
Aujourd'hui, on est très heureux de vous annoncer une grande nouvelle, Les Balladeurs grandis,
et devient aussi les Balladeurs éditions, une maison d'édition de récits d'aventure et de mésaventure en pleine nature.
Ça fait 3 ans qu'on travaille sur le projet et on a hâte de vous annoncer notre premier ouvrage,
qui sera disponible en précommande le 24 septembre.
Pour en savoir plus et être le premier au courant, rendez-vous sur le lien dans la description du podcast
ou sur le site www.LesBalladeurs.fr
Alors, prêt pour une nouvelle aventure ?
Explorer la nature, c'est aussi la partager.
Avec la Columbia High Society, rejoignez une communauté de passionnés pour des randonnés gratuités encadrées accessible à tous.
Des montagnes au sentier côtier, chaque sortier est l'occasion de découvrir de nouveaux horizons
et de vivre des moments inoubliables en pleine nature.
Inscrivez-vous à l'une des aventures sur colombia.com
Columbia est fière d'accompagner le podcast Les Balladeurs.
Les Balladeurs
Recite aventures et de mes aventures en pleine nature.
Un podcast du média Leosers
Rendez-vous sur notre site leosers.com, L-E-S-O-T-H-E-R-S.com
pour découvrir notre magazine papier, la carte méthode recto-verso
pour organiser vos aventures en France et en Europe et tous nos autres formes.
Dans un monde où tout s'accélère, où les saisons se confondent et les habitudes se perdent,
certains choisissent encore de mener une existence à contre-courant et de s'accorder au rythme du vivant.
Parmi ces choix de vie, il existe un métier que le temps n'a jamais effacé, celui de Berger,
une profession vieille comme le monde, enracinée dans la terre, où chaque geste porte la mémoire des anciens.
Un quotidien bercé par le son des cloches du troupeau, le murmure des prairies et l'écho des montagnes.
Devenir berger, c'était la vocation de Florence de Boeuf.
Élevé à la campagne, elle a longtemps suivi le chemin des bancs de l'école avant de tout quitter pour retourner au grand-terre.
Peu à peu, elle a apprivoisé ce métier, depuis le fond des Bergeries jusque dans les hauteurs des montagnes,
où chaque été, elle part habiter avec son troupeau en quête de fraîcheurs alpines et de pâturage verdoyants.
En juin 2019, Florence part pour quatre mois sur une estive dans le Val d'Azin, au cœur des Pyrenees.
Installé dans une cabane nichée dans les crêtes, sa mission est claire.
Veiller précieusement sur 350 brebis, les guider, les soigner et les protéger des dangers du massif,
afin de les ramener saines et sauves à la fin de la saison.
Une vie choisie, profondément ancrée dans la nature, mais une vie exigeante,
où chaque jour amène sa part d'inattendue.
Mon amour pour la nature commence quand je suis petite.
A l'âge de six ans, mes parents reprennent une ferme dans l'hôte, je grandis là.
En fait, je suis beaucoup mon père qui a des ruches, qui a des apiculteurs.
J'ai une chienne déjà, je passe beaucoup de temps avec elle
et dans les bois, je ramasse des champignons.
Avec mes frères et soeurs, on a l'habitude de cueillir des champignons
pour les amener à l'épicerie et les vendre et faire notre argent de poche.
Donc voilà, je grandis là-dedans et beaucoup seul dans la nature.
Et après mon bac, je décide de voyager pendant un ou deux ans
et après je reprends des études pendant deux ans, un DUT.
C'est un DUT avec une dimension d'aménagement du territoire
et je fais mon stage dans un parc naturel.
Dans le parc naturel, très vite je me rends compte que ce n'est pas trop du terrain,
que je suis tout le temps derrière un ordinateur, sous les néons.
On prend notre pause de midi dans une salle sans fenêtres.
Pour moi, c'est hyper dur.
Dans les bureaux, de temps en temps, il y a des bergers qui travaillent au sein du parc,
qui viennent chercher des papiers ou quoi.
Ils arrivent et ils sont tout bronzés en short et ils pètent la forme.
Je les vois, nous on est sous les néons tout blancs et ils arrivent,
ils ont l'air d'aller trop bien.
Déjà là, j'ai un premier déclic.
Et ensuite, c'est par des connaissances qu'on me dit,
il y a une chevrière qui cherche quelqu'un pour la remplacer
parce qu'elle est enceinte et du coup je la contacte et j'y vais.
Elle a fait une journée avec moi et elle m'a montré comment travailler sa chienne,
ou vont les chèvres et tout.
C'était assez technique parce que c'était en Ardèche
et assez pentu dans les bois avec un troupeau de chevres qui court partout.
Et je sais pas, moi je l'ai bien sentie, je pense qu'elle a vu que ça le ferait.
J'habitais chez eux, c'était plusieurs habités là.
Et je partais avec les chèvres toute la journée,
dès le matin avec sa chienne aussi.
C'était une ferme en haut d'une colline entourée de bois.
Et je descendais en contre-bas dans la pente et dans les bois
jusqu'à la rivière, il y avait une rivière en bas magnifique avec des vasques.
Et les chèvres toute la journée elle paturait là, c'était à l'automne.
Et je me souviens le premier matin où je suis partie,
elles fonçaient dans les châtaignes
et je me souviens de les regarder toutes dans les châtaignes, dans le bois là,
et de me dire mais en fait ça c'est trop beau quoi.
Je vais passer ma journée à aller regarder et manger,
ok je vais flipper, je vais courir et tout mais je suis trop bien là.
Et donc je suis restée et j'ai fait trois mois là.
Je me suis surtout rendu compte que c'était un métier.
Je savais pas en fait qu'on pouvait être payés pour garder des troupeaux.
Je savais que le métier de Delver existait mais le métier de Berger,
non j'étais pas au courant que des gens de ma génération pouvaient être bergers, salariés.
Et donc là j'avais 22 ans et je pense que j'étais aussi en quête de savoir qui j'étais,
ce que je voulais faire et là je trouvais des réponses.
Et là je me disais mais en fait go, c'est trop bien, c'est trop beau, c'est dur.
Mais ça me faisait apprendre sur moi,
il y avait une question de sens vraiment,
où là il y avait un sens à être là et ça m'a rangé bien de trouver un sens quelque part.
Les années suivantes j'ai continué à travailler dans les fermes.
Assez vite j'ai eu en tête de partir en Assy.
J'ai compris que le métier de Berger pouvait aussi être en montagne
et je sais pas, j'ai eu ça un peu en ligne de mire à me dire mais ici moi aussi.
La première année j'ai fait une saison dans les Alpes
et en 2018 je fais ma première estive dans les Pyrenees, dans le Val d'Azin,
sur laquelle je retourne en 2019,
même estive, même cabane, même troupeaux.
Parce que je crois que c'est juste parce que j'ai eu un gros coup de coeur pour cette montagne.
J'ai trouvé trop belle et sauvage et comme quelque chose qui se mérite aussi
et du coup je me disais la deuxième année sera plus simple.
Parce que je connaissais la montagne, je connais exactement les habitudes des Bourbis
ou à quel moment, à quelle période, la végétation comment elle évolue.
Et oui, une espèce de repos mental parce que je suis plus dans la découverte
et que le moindre caillou là je le connais.
Je connais tous les passages des Bourbis, tous les passages secrets,
tous les endroits où elles m'ont eu l'année d'avant, là elles m'auront plus.
Enfin je me dis que mon travail va être facilité et que ce sera moins le combat que l'année précédente.
Ma chienne connaît aussi très bien du coup, comme elle a fait la première année
elle connaît très bien les déplacements des Bourbis et tout donc j'aurai moins aussi à la briffer.
Partir en Estive toute seule, ça me permet de me confronter à mes émotions,
de me mettre des défis, de réaliser un certain rêve qui reste un rêve
parce que dans la réalité c'est plus du tout un rêve, mais de vivre en cabane, de vivre seul.
Je suis quelqu'un qui supporte très bien la solitude et qui a beaucoup voyagé seul
et ça me permet de me confronter à moi tout seul, de découvrir un peu mieux qui je suis,
dans mes travers aussi.
L'arrivée sur l'Estive, elle se fait en deux étapes.
Il y a d'abord l'hélicortage qui a lieu une semaine à peu près avant la montée.
C'est une date qui est fixée où on fait les élicortages pour toutes les estives autour.
Moi j'ai tous mes cartons qui sont prêts, je calcule le nombre de semaines
et je fais mes courses alimentaires comme si je ne pourrais pas descendre de l'été.
L'éleveur vient aussi, l'éleveur des Bourbis.
Lui il amène les croquettes pour les chiens parce qu'il y a deux pâtous aussi, plus ma chienne
et du sel pour les Bourbis, du matériel, tronçonneuse, des choses comme ça.
Et cette année là on me propose de monter dans les licots, alors trop bien,
ça m'était jamais arrivé. C'est magnifique, ça décolle du sol, ça nous aspire
et la vallée est hyper étroite et verticale et après les licots pointent le nez vers le haut
et ils montent jusqu'à Aqaban, ils nous posent à Aqaban.
Et là c'est trop beau parce que là c'est la montagne de printemps, c'est la montagne des fleurs,
la montagne vers un temps.
Au début de l'Estive il y a les redodendrons en fleurs, c'est magnifique,
il y a du rose partout dans le vert.
Au début c'est vraiment l'excitation, c'est trop bien quoi.
La cabane elle est nichée dans un couloir d'avalanche en fait.
C'est très étroit et des deux côtés ça monte assez fort.
C'est une cabane en pierre qui a été consolidée en ciment,
ça fait pas rêver, c'est hyper humide à l'intérieur.
Et donc pour la deuxième année ils ont le maire du village à poser une urethe juste à côté.
C'est une urethe qui est toute neuve, ça me change beaucoup.
C'est facile à chauffer, c'est propre déjà, il n'y a pas des bêtes entre les pierres.
Il y a un ruisseau qui passe entre les deux, entre la urethe et la cabane,
un ruisseau d'où je tire mon eau.
Et moi je bois cette eau qui tombe dans un abrevoir et l'abrevoir ça me fait tout,
ça me fait la va beaux, éviées, frigos,
parce que dans un abrevoir je mets une petite boîte avec mon beurre,
pour quand tu fais chaud.
Et devant la cabane et la yourte il y a un parc de soins,
là où je mets les brebis quand j'ai besoin de les soigner.
Ma chienne Noqué c'est un berger de sa voix qui a un an et demi.
Elle a fait sa première saison l'année juste avant, elle avait six mois.
C'est sur cette montagne là qu'elle a appris le travail.
Et donc là elle connaît la montagne, c'est un chien qui tient très bien dans l'humidité,
qui n'a jamais froid, elle est très résistante,
il y a beaucoup d'orage, elle n'a pas peur de l'orage,
elle est assez intrépide et fonceuse, c'est un peu un bulldozer.
Et à la fois c'est un guide au niveau de son instinct,
elle a évidemment ses sens tellement plus développés que moi
et du coup moi j'ai appris à la lire,
à lire la moindre position d'oreille
ou comment elle évolue dans la nature, moi j'arrive à lire ça
et à savoir si elle a entendu un truc,
si ce qu'elle a entendu c'est plutôt un animal sauvage
ou si c'est plutôt une brebis.
Et de pouvoir suivre Noqué et comprendre tout ce qu'elle pense,
pour moi c'est un atout de dingue.
Il y a 350 brebis, 2 pâtous,
les brebis c'est des brebis de races croisées,
d'une race rustique qui s'appelle Abyssey
avec une race plus bouche-air qui est beaucoup plus grosse.
L'éleveur, il aime bien les couleurs,
donc il y a beaucoup de brebis noirs, noir et blanche,
c'est un troupeau un peu atypique.
Là c'est trop cher, je les vois,
ça va être mes copines en fait,
pour 4 mois.
L'éleveur est content,
il est avec tous ses amis, il y a du monde.
On prend le petit déjeuner là,
de tous debout autour du coffre ouvert de la voiture.
Et dès qu'on est prêt, on fait descendre tout le monde
et les brebis descendent les unes après les autres
en sautillant comme des folles.
Et là elle monte progressivement,
elle connaît ce chemin, elle monte dans la forêt.
Pour un humain, on a une heure de marche,
là avec les brebis, je pense qu'on met 2 heures,
on y va tranquille.
Et on les monte jusqu'à la capane,
elle se pose à l'ombre,
et elle arrive, elle se goinfre direct.
L'herbe, elle est bien meilleure ici.
Pendant qu'elle chôme à l'ombre,
on mange tous ensemble.
Tous ensemble, on va poser des clôtures,
là où il faut, on a du travail à faire,
monter des parcs, voilà.
Au tout début de l'estive,
les gens s'en vont.
Et...
Moi, il se passe quelque chose en moi,
de l'ordre de, ouais, c'est bon, ça va le faire.
Chaque année, j'ai cette impression de...
de devenir bergère
au moment où
je réalise ça, que ça va le faire.
Dans le ça va le faire,
il y a plutôt que le doute n'a pas lieu d'être,
parce que j'arrive quand même sur une montagne
hyper dangereuse, sans réseau.
Il y a des cailloux qui tombent tout le temps,
vraiment, enfin c'est...
Il fait très mauvais, il y a des lacs des deux côtés,
du coup le brouillard, il vient toujours d'un côté
ou de l'autre, je me retrouve toujours soit dans l'orage,
soit dans le brouillard, c'est une montagne qui est dure,
qui n'est pas très bien orientée, où il fait froid.
Où j'arrive dans un truc,
je sais que ça va pas être confortable pendant
quatre mois et que je vais être vraiment très seule.
C'est comme si on passait d'une vie à l'autre, ok?
Il y a un...
là, il y a un gap énorme, que j'ai vécu,
pourtant ça s'est passé comme ça, d'un claquement de doigts,
et très bien.
Et...
C'est un peu comme une seconde nature qui était là,
en dormance.
Donc quelque chose de très sauvage, isolé,
un peu garier,
dans le sens toujours s'en sortir soi-même,
toujours trouver les solutions, avoir plein de problèmes
et trouver toutes les solutions toujours.
J'étais consciente que j'allais me lancer
dans un truc dur,
mais une fois que j'y suis, c'est tellement beau
que j'en suis plus consciente du tout.
Pendant quatre mois,
mon rôle, c'est d'être là, déjà,
d'assurer une présence,
jour et nuit.
Et je m'assure
de la bonne santé des brebis.
Au début de l'estive, on me les monte
en bon état, et bien dodu, et tout,
bien ronde.
Donc il faut savoir bien les mener
et bien s'en occuper
pour qu'elle redescende sans avoir de la faute.


Il faut avoir maigris, qu'elle prenne du poids en estive.
Il faut savoir aussi
les diriger sur la montagne.
La montagne, elle est divisée en quartiers.
L'éleveur, il m'a un peu indiqué
quelle quartier il souhaitait
que je pature à quel moment.
Par exemple, en début et en fin de saison,
il me demande de les garder en bas de la montagne,
parce qu'un troupeau, si on le lâche,
il va sur les hauteurs, parce que l'herbe
est meilleure là-haut.
Et nous,
en début de saison,
on peut les garder en bas.
Donc ça veut dire que je barre avec ma chaîne
la moitié haute de la montagne,
et je les empêche de monter. Elle râle un peu,
mais il y a mangé en bas
et du coup je les maintiens sur toute la partie basse
pendant 15 jours.
Mon job, c'est aussi de vraiment bien observer
toutes leurs habitudes et tout ce qu'elles font,
ce qu'elles aiment, les plantes qu'elles aiment précisément,
à quels endroits elles aiment bien
faire la ceste à midi,
à quels endroits elles boivent bien,
où il y a assez d'eau pour tout le monde
et qui sont en même temps en même temps,
pour même moment.
En fait, le fait qu'il y ait les brebis,
je suis pas seule.
Déjà avec ma chaîne, je suis pas seule.
Le fait qu'il y ait les brebis, il n'est pas tout.
Pour moi,
je suis pas seule aussi,
parce que j'ai un rôle
et après tout, c'est un peu tout ce qu'on veut tous,
avoir un rôle dans le monde,
un sens à notre vie,
ou quoi.
Et donc moi, une fois qu'il y a les brebis, je capte.
De toute façon, une fois qu'elles sont là,
j'ai plein de missions, j'ai plein de trucs dans ma tête
à faire, à anticiper. Il faut que je gère,
il faut que je gère tout repos sur moi,
il faut que je gère, il faut que je m'organise.
Organiser l'infirmerie
là où je mets tous les produits vétaux,
arranger le parc
si ça m'allait pas trop,
checker la montagne partout,
des passages, poser des clôtures,
ranger, ranger le sel,
ranger les croquettes, ranger toutes mes affaires.
Enfin voilà, j'ai plein de choses à faire.
D'entretien de matériel, ou quoi.
À la huit, la porte fenêtre
est vitrée.
Et par la vitre, le matin,
j'ai l'habitude de me lever
quand la montagne en face, elle est toute rouge.
Et donc c'est juste avant de lever du soleil,
c'est vraiment, il fait encore tout noir,
et juste la montagne est rouge.
Je me fais vite, fais un café.
Je mange
quelques amants d'angéens,
un truc vraiment rapide. Par contre,
je prends des biscuits dans mon sac,
et je me fais un petit thermose de café.
Dans mon sac, il y a plein de choses.
Il y a des produits vétérinaires
pour si jamais il y a une breubille là-haut
qui est vraiment mal.
J'ai mon goûter,
mes jumelles,
mon thermose, de l'eau,
des ficelles, beaucoup de ficelles,
ça peut me servir si j'ai une clôture à réparer en chemin,
plein de choses pour si jamais.
Des chaussettes sèches,
des vestes,
des rechanges.
Et voilà, je mets mon sac qui est assez lourd,
je l'asse bien mes chaussures
qui sont assez lourdes aussi.
La chienne, en général,
noqué se lève au dernier moment,
parce qu'elle est crevée,
et qu'elle me connaît très bien,
et en général, elle se lève quand je mets ma casquette.
Voilà, je mets ma casquette,
mon sac sur mon dos, noqué se lève,
on sort.
Donc on sort en général, dans le brouillard.
Et là,
on retrouve les brebillets,
alors qu'ils sont soit une demi-heure,
soit plus haut.
Des fois, je fais pas mal de marche,
des fois, il y a beaucoup de dénivelé pour monter,
et dans ce cas-là, je trace.
Quand j'ai quelque chose de physique ou quoi à faire,
je me focalise sur le sol
et sur les plantes que je vois.
Et du coup, chaque matin, je retrouve les mêmes plantes
aux mêmes endroits, mais qui évoluent.
Il y a des plantes qui ont fleuri,
il y en a qui ont fâné,
il y en a qui sont dans la rosée,
il y a des feuilles magnifiques dans la rosée,
les feuilles d'Alchemy, il est trop beau dans la rosée.
Les toiles d'araignée,
il y a des énormes araignées qui tissent des toiles
dans l'herbe, et c'est trop beau aussi
dans la rosée, ça,
et ça, voilà, ça évolue tous les matins.
Je retrouve les mêmes plantes, les mêmes endroits.
Et donc je les retrouve.
Quand je les retrouve, normalement,
j'arrive à temps, et elles sont pas encore levées.
Je m'assieds, je les brusque pas,
j'attends qu'elles décollent toute seule,
les pâtes ouviennent,
et je les salue,
on fait des canins,
et je sors mon thermos
de café, je bois un petit café là,
avec un petit gâteau.
Et là, il y a un gros levé
de soleil
devant moi.
Même dans le brouillard, souvent, on arrive au-dessus
de la mer de nuage, du coup,
il y a avec un peu de chance,
parce que l'au-delà, montagne est à
2002, je dirais,
et avec un peu de chance
à cette altitude-là, quand même, on est au-dessus de la mer de nuage.
Donc en général,
la cabane, c'est terrible.
Et au fur et à mesure où on monte, et bim,
là-haut, le soleil,
levé de soleil, sur le troupeau, sur les toisons,
là, les toisons, elles deviennent toutes
illuminées,
c'est trop beau.
Et les brebis, elles sont un peu,
c'est un peu des créatures venues d'ailleurs, quand elles sont là-haut,
elles ont passé la nuit là, au milieu de nulle part.
Elles sont hyper détendues,
elles sont sur une crête, un peu toutes les unes
sur les autres.
Ils perdent des tendues, les pâtes, où aussi,
il y a quelque chose de très apaisé.
Et en fait, leur état,
hyper apaisé, il me vient, moi aussi,
à l'intérieur.
En général, il y en a
une qui se redresse,
qui secoue, qui s'étirent,
et voilà, une deuxième qui fait pareil.
Et là, quand il y en a deux,
trois qui commencent à se lancer, il y a tout le monde qui suit.
À ce moment-là,
je leur montre que je suis là,
que je suis pas là pour rien,
et que je vais les diriger vers quelque part.
Et là, juste avant, j'ai eu le temps
de réfléchir où j'allais les mener.
Et donc, je ne les laisse pas prendre
la décision de la direction.
Quand je vois qu'elles sont enlevées,
j'arrive avec la chaîne, je leur montre la direction.
Et là, je les suis toute la journée.
En fait, en fonction
de l'attitude du troupeau
et de comment elle s'étale,
ou comment elle s'étale, pas aussi, elle forme un front devant,
qui avance vite, ou pas.
Je sais si
elle aime ce qu'elle mange,
s'il y a encore de la ressource à cet endroit,
ou s'il n'y en a plus.
Et donc, je les regarde tout le temps,
je les regarde manger,
et je lis
et le paysage, et la météo,
mais je lis aussi le troupeau,
et comment est-ce qu'on porte dans la montagne.
Et ça, ça m'aide à savoir si
est-ce que je les bouge un peu plus vite
que ce que j'aurais prévu,
ou est-ce que je les laisse un peu plus longtemps.
C'est elle qui me montre.
J'attends qu'elle se calme et qu'elle a envie
de ruminer à midi.
J'ai pris un casque-croûte dans mon sac
pour le manger un peu tranquillement.
Il y a un endroit
où j'adore aller, j'appelle ça le cimetière de Géran.
Et c'est un endroit
où le ruisseau coule
et le ruisseau s'étale en plein de petits bras.
Et il y a
des énormes rochers
qui sont posés là.
Ça fait un peu comme des pierres tombales.
J'aime bien me poser là.
Quand je les amène là,
au bout d'un moment, elles ont capté
que j'aimerais bien qu'elles chôment là.
Et je m'assied
contre un rocher avec ma chienne.
Et ça arrive très souvent
qu'il y en a une ou deux qui viennent se poser contre moi
et elles sont toutes là autour, elles se posent tranquilles.
Et là, moi je peux manger.
Je les ai à côté, elles vont bien.
Et tout va bien,
on est super bien là.
Une fois que j'ai fini de manger
ou alors qu'elle commence à repartir,
je pars avec elle
et on continue la journée comme ça
jusqu'au soir.
Et le soir, je les renvoie dans une direction
où je sais que je vais les retrouver le lendemain.
Je les laisse dormir en liberté
parce que c'est ce qu'on me demande de faire.
Et parce que ça se fait comme ça
dans ces vallées là.
C'est enfin
en fait les brebis dans ces vallées,
tous les troupeaux, ils ont exactement leur parcours
et ils connaissent leurs limites de montagne
et ils se mélangent pas entre eux.
Il y a deux troupeaux qui peuvent être à deux montagnes
très proches et qui ne vont pas se mélanger.
Et c'est comme ça que ça fonctionne.
Et alors moi j'ai appris
les endroits où elles avaient
envie de dormir
parce qu'elles ne vont pas dormir partout.
On m'a dit qu'elles étaient leurs couchades
et moi j'ai bien regardé
aussi quel couchade elle préférait
ou pas.
Et donc quand je les envoie
je sais où je vais les retrouver, je sais où elles vont aller.
En fait à ce moment-là
si j'aime tant ce métier
c'est parce que pour moi il y a du sens
je me sens un peu
à chercher comment
fonctionne le monde
et à me poser plein de questions, comme plein de gens
sur comment on évolue
et dans quelle direction on évolue
et en fait dans ce métier
je trouve
quelque chose de magnifique
dans le fait de faire
un métier qui est très ancien
qui date de millénaire
et dont les gestes sont toujours
les mêmes et seront toujours les mêmes.
Et aussi
dans l'espace
si j'étais éleveuse au Groenland
je ferais les mêmes gestes.
Il y a quelque chose d'universal
et d'intemporel qui me fascine
et que j'adore apprendre
et qui s'apprend aussi des gens
et j'ai l'impression
que ça amène du sens dans ma vie
de faire un métier qui n'endommage pas
en fait, qui suit des lois
les plus proches de la nature possible.
Je rentre à la cabane
avec Noqué
Noqué elle capte que la journée elle est finie
du coup elle est un peu toute la journée
elle a été hyper disciplinée mais toute seule
en fait, c'est pas moi qui lui demande
c'est juste elle, c'est qu'elle travaille
et quand on rentre à la cabane c'est un peu le jeu
elle joue avec plein de trucs sur la route
elle est contente, elle a eu une bonne journée
où elle a été bien utile
voilà, moi je rentre
je cuisine, je mange
j'envoie un message
tous les soirs à mon compagnon de l'époque
pour lui dire que je suis en vie
c'est bête mais c'est hyper important
et j'ai
ma soirée toute seule là
sans réseau ni rien
j'ai pris plein de livres
j'ai pris plusieurs Jack London
même si j'en ai lu pas mal
je les relis parce que c'est un bon endroit
pour lire Jack London
j'ai pris a Rookie Murakami
lui j'l'aime bien pour les dialogues
pour ces personnages, ces personnages qui sont très spéciaux
et comme il y a personne là haut
en fait c'est assez chouette d'avoir des personnages forts
et les dialogues entre eux
et bizarrement c'est peut-être aussi parce que je suis toute seule
mais j'adore les dialogues que je lis
à ce moment là
j'écris en fait
j'écris dans la journée
parce que j'ai toujours de quoi écrire dans ma veste
mais dans la journée
ça va plus être des phrases
très courtes ou des haïkous
ou des choses comme ça
quelque chose de l'ordre du poème un peu
des impressions
et le soir j'écris
ben sans filtre
j'écris ce qui vient alors des fois c'est
des anecdotes
ou des listes
ou... ou est-ce qu'il vient
ce qu'il a besoin de sortir
et si j'ai le temps je dessine
beaucoup les paysages je dessine un peu les brebis
je dessine
mes rêves
je dessine des choses qui sont en lien aussi
avec ce que j'écris
je travaille beaucoup la couleur
et en particulier quand ça va
pas trop
je vais utiliser des couleurs hyper flash
et quand ça va
je vais être plus sur du noir et blanc
des choses plus posées
tous les 3 jours
je fais les soins au brebis
le matin
je les descends doucement tout en mangeant
et je les amène jusqu'à cabane
à la cabane
elle dévalle
je leur ai posé du sel le matin donc là elle dévalle
et elle vont se ruer sur le sel
c'est des brebis qui sont très proches de l'homme
donc elles sont vachement agréables
elles sont toujours là autour
et une fois qu'elles ont dévoré le sel
elle se couche
ou alors elle continue à manger
tranquillement autour de la cabane
moi je me fais un petit café à la yourde
et je bois mon café en les regardant
la chaîne se pose, elle surveille quand même
ça c'est un moment vraiment agréable
et dès que je suis prête je les mets
dans le parc
et là je fais les soins
ça peut durer 3-4 heures
donc elles sont fermées dans le parc assez serré
pour que je puisse les attraper
moi j'ai un crochet
qu'on appelle oulette ou caille
avec lesquels je les attrape par la pâte arrière
et
il faut retourner les brebis
donc là c'est des grosses brebis
on les a soit sur les fesses pour qu'elles bougent plus
et il y a des techniques de contention
assez simples
où la bête n'a plus envie de bouger
après elle est plutôt calme
et donc c'est les brebis qui boitent
ou sur lesquelles on a vu une pathologie
une plaie ou quoi
celle-ci je les attrape et je les soigne
si ça boite il faut parer
il faut
désinfecter, il faut des fois donner
un antibiotique
pas de casser on fait des plattres
et moi là je suis
encore un petit peu débutante
même si je commence à avoir des habitudes et tout
je suis un peu à fond
sur les soins, j'adore soigner
on marche au milieu d'elles
pour les faire un peu tourner
autour de nous et voir qui boite
qui boite pas et on les regarde
on voit si elles ont pris un peu de l'état
si elles vont bien
si elles sont stressées, pas stressées
les pâteaux comment ils vont aussi
faire une petite caresse et puis
et puis être là quoi
donc après les soins je les relâche
en général elle chôme
elle rumine à midi autour de la cabane
et elle repart
l'après midi je les guide
je pars avec elle
l'après midi quand je les emmène je calcule
pour en fonction de là où je veux qu'elle dorme
donc je les emmène jamais au pif
je sais où je veux aller
au bout de la journée parce que je sais
où je veux aller les chercher le lendemain
en juillet c'est
plus dur on
doit faire exactement le même travail
mais
dans le blanc, dans le blanc toute la journée
dans le brouillard
le brouillard ça moufle tout
on n'entend même plus les oiseaux
quand il y a vraiment 2-3 semaines
de brouillard ou plus
vraiment on se demande ce qu'on fait là
mais pourquoi je fais ça
et pourquoi moi
je ferai ça alors que d'autres sont ensemble
et
passent un vrai été au soleil
parce que ailleurs il y a du soleil je le sais très bien
quand il y a du brouillard en fait je dois faire
exactement la même chose le même boulot
les mêmes journées
les mêmes journées très longues
10-12h plus
les mêmes journées
très arrasantes
mais sans rien voir
en étant juste dans le blanc
rien
même la seule chose que je vois c'est mes pieds
le sol
donc les brebis on les garde au son des cloches
pour être hyper vigilant le son c'est plus le même
donc quand il y a le brouillard
il peut soit raisonné
et des fois ça étouffe
les sons
c'est un brouillard qui peut être vraiment
très compact
et donc le sol je le vois vite fait
et vite fait un peu de verre
et la terre marron
sous le voile blanc et le voile blanc
ça fait vraiment une lumière
de néon
ça me dépite je vois plus les couleurs
je vois plus le paysage
on se dit toujours ça va passer
et là en fait c'est une montagne où
ça passe pas quoi
ça peut rester des jours
des semaines
où tous les matins on se lève en se disant
mais là ça va être passé et c'est pas passé
la couleur pour moi c'est juste hyper important
dans ma vie je dessine beaucoup en couleur
ça me nourrit
le beau temps ça me nourrit aussi
et le peu de fois
où j'arrive sur la crête et je suis juste au-dessus de la mer
de nuage là on voit que
ça monte tout doucement
non ça va recommencer
ça monte
j'ai l'impression que c'est toujours les nuages qui gagnent
des fois les orages
il y a une période où j'avais les orages tous les soirs
en plus du brouillard
tous les soirs en orage qui me pété sur la gueule
les brebillets elles sentent le mauvais temps arrivé
moi tout juste
donc je suis toujours un peu à la bourre
en tant qu'humaine je suis toujours un peu à la ramasse
à essayer de m'adapter à fond
à jamais être assez
solide
assez endurent
toutes les autres espèces autour de moi
elles gèrent
même les plantes tout le monde gère
et moi je suis là tout le temps
à essayer de résister
et donc ça m'amène
un truc où
c'est pas moi qui elle contrôle sur la nature
j'en fais pas ce que je veux
donc j'essaye juste de survivre là
l'élevage c'est un peu ça
c'est suivre un rythme
qui n'est pas le nôtre
qui est celui et des éléments autour et des bêtes
et donc c'est un rapport à la nature très particulier
où on contrôle pas quoi
moi quand je suis là haut je vis les mêmes choses
que la montagne sur laquelle je suis
les mêmes intempéries, les mêmes froids
et du coup ça me donne une impression
presque d'être à égalité
avec le reste que ce soit le troupeau
ou même le cerf qui passe par là
ou le sanglier
voir d'être un peu inférieur
parce que nous on est plus du tout habitués à ça
et on est un peu nul
on a plus les sens aussi bien développés
on a
et donc il y a un rapport à la nature
où je suis un peu inférieur
je suis un peu là, on sait pas trop comment je suis arrivée
j'ai vite fait une place
aussi parce qu'il y a une cabane et que c'est aménagé
et donc ça fait un rapport à la nature assez beau
dans le sens où
l'humilité elle est obligatoire
après en général le soleil revient
un peu quand même en outre
donc ça va un peu mieux
là je me suis adapté, j'ai pris ma routine
la chienne ça va
je vois qu'elle ne m'égrie pas trop
les brebis ça va
s'il y a eu des boiteries, j'en ai soigné plein
ça m'a donné confiance
outre c'est souvent aussi les visites
d'amis
je suis dans mon corps, il est bien
souvent j'ai perdu quelques kilos
je suis plutôt contente
et je me sens
en forme, je me sens en forme physique
je me sens musclée
en outre les couleurs elles changent sur la montagne
le verre
il jaunit un peu, les couleurs elles viennent plus chaudes
ça jaunit
même la roche elle a l'air de
prendre des teintes plus
du gris, elle passe aux violets roses
les brebis elles prennent plus
les mêmes biais
elles restent beaucoup sur les crêtes
elles chompent très longtemps parce que du coup là
le soleil est revenu, on a plutôt
des bonnes journées
et ça se voit sur le moral
quand il fait beau les brebis
elles se lèvent plus tôt mais à midi
elles font une énorme pause qui peut durer des heures
tant qu'elles ont chaud elles s'arrêtent
et donc parfois j'en profite moi
pour descendre au village et aller me ravitailler
et j'adore
être de passage là, être un peu étrangère
je passe, je m'arrête pas trop
je connais quelques personnes
mais très peu
il y a une toute petite bibliothèque au village
et j'y passe et je prends plein de bédés
tout ce que je peux bourrer dans mon sac
en plus des fruits et légumes et je remonte
un soir du mois d'août
je rentre à la yorte
je me fais à manger
je lis, j'écris un peu
et très tôt je vais me coucher
21h, 11h30
j'entends du bruit
je capte pas trop, c'est un grandement
sourd
je comprend pas trop ce que c'est
je regarde, je vois noqué
elle réagit pas, elle est couchée
je reste dans mon lit mais je me dis
mais c'est quoi ce bruit, quoi
et en fait ça se rapproche
de la yorte, je me dis non mais là faut que j'aille voir
et je vais à la porte
et je prends une grosse lampe torche
j'éclaire dehors
et en fait là je vois
toutes les bruits billes qui dévalent
donc dans le couloir d'Avalanche
elles arrivent par en haut, super haut
et elles dévalent
elles sont à fond là dans la pente
toutes serrées
et je vois que quand je braque
la lampe sur elle, ça affole
celle que j'ai claire
du coup j'ai éteint tout de suite, en fait je vois ça
un peu comme un vision d'horreur
de tout le troupeau
si elle descend là, on sort de la style
et donc elle descend au lac
au village, j'en sais rien où
mais surtout c'est dangereux, c'est hyper abrupt
et si elle descend de le goulé
et qu'elle remonte de l'autre côté
et qu'elle remonte vers la montagne
c'est encore plus dangereux, là c'est des falaises
donc en fait dans tous les cas la direction qu'elle prenne
là c'est hyper dangereux
elles vont pas faire un long feu
du coup j'ai vu que la lumière les avait stressées
tout est instinctif
je réfléchis à rien
j'ai éteint tout de suite
et je prends une petite frontale qui est juste à côté
et qui a plus de piles
comme elle a plus de piles, elle éclaire très très peu
et je me dis ça ça ira mieux
donc elle est venue à côté de moi
elle demande ce qui se passe, elle est prête
là en fait tout de suite je me dis
j'ai capté, je sais ce que c'est
je sais que c'est l'ours
il n'y a rien de d'autre qui peut les mettre dans cet état
quand il y a eu réintroduction des ours
les bergers on n'a pas du tout été formés
en fait on n'est pas formés, on n'a rien pour se défendre
on n'a même pas de fusée ou quoi
on n'a rien, juste on nous a remis
des ours et voilà on n'a aucune formation
et le seul conseil
que j'avais entendu
et notamment de la part des elveurs
qui m'embauchent
c'est
il y a une attaque d'ours, tu sors pas
tu te mets à l'abri
et sauf que là
en fait
en situation
je réfléchis pas, enfin
ce conseil de tu sors pas c'est tellement un truc
qu'on nous a pas répétés
je l'ai entendu une fois, on me l'a dit une fois
voilà, c'est pas un truc à pris, c'est pas intégré
et là moi je suis en situation de
d'urgence, j'ai
350 brebis plus de patous qui sont
comme des dingues
qui font ce vers là où il faut surtout pas foncer
et donc
ce que je me dis c'est que là je peux perdre
tout le monde
moi mon rôle c'est
de m'occuper d'elle tout le temps, c'est qu'elle
c'est de les faire passer avant moi
enfin c'est ça mon métier en fait
et du coup, à ce moment là je réfléchis pas, j'ai pas le temps
j'ai pas le temps de réfléchir
c'est tout instinctif, c'est vraiment un truc d'adrénaline
folle
et en fait je mets mes gaudasses
ma petite frontale s'empile et je sors
quand je sors elles sont en train de prendre la pente
pour descendre dans la forêt
et vers un autre couloir d'avalanches
qui mène
au lac
et je me dis, j'ai peut-être le temps d'envoyer
les noquets justement qu'elles prennent la forêt
et donc il fait noir
je vois rien, ma petite lampe là elle éclaire
rien du tout, donc j'entends les cloches
et surtout le martellement des sabots
et j'envoie à noquer
les brebis sont partis vers le bas
et je l'envoie à droite pour qu'elles contournent
et qu'elles arrivent, je sais que c'est un endroit
qui est très très praticable
par là où j'envoie à noquer et du coup je me dis
qu'elle va pouvoir les doubler parce que son chemin sera plus simple
que celui des brebis
je l'envoie à une noquette qui a le cap
direct par comme une balle
et en fait au moment où je l'envoie je regrette
et je suis la mec, qu'est-ce que je fais
parce que les 350 elles avancent comme des balles
et moi-même je voudrais pas être en face
en fait, je voudrais pas être celle qui essaye de les arrêter
elles avancent
de manière grégare
sans réfléchir
et clairement elles vont me l'écraser
je m'en veux direct, je me dis
dans quel état je vais retrouver ma chienne
et en fait j'entends
les cloches qui se rapprochent
le martellement des sabots qui se rapprochent
et vraiment dans le silence, et moi je suis là avec ma petite lampe
j'essaye de ne me rire rien du tout
ça éclaire que d'elle, juste j'entends le martellement
qui se rapproche, qui se rapproche
et là je me dis bon bah maintenant c'est moi qui vais me faire écraser
c'est très bien
et je me mets au niveau du parc
parce que ma chaîne elle va se placer
derrière par rapport à moi
même si elle me voit pas et tout, elle verra la petite lampe quand même
mais je sais qu'elle va se placer par rapport à moi
elle va me les ramener jusqu'à moi donc je me mets devant l'entrée du parc
comme ça
hop, elle va me les balancer dans le parc
et en fait
là d'un coup, je les vois arriver d'un coup
les yeux des brebis ça reflète la lumière
donc même si j'ai une toute petite frontale
d'un coup, elle passe
juste devant moi là
quand elle passe je vois les deux têtes des pâtous
parce que je me demande, ils sont où les pâtous
je vois les deux têtes des pâtous qui dépassent
du bloc
du bloc de brebis comme ça, mais complètement affoulé
et puis ils courent comme les brebis en fait
ils sont vraiment au milieu des brebis comme si c'était des brebis
les yeux révulsés
donc ils sont pas du tout autour du troupeau
à checker ou quoi non, ils sont comme des brebis
au milieu, ils courent comme les autres
comme des dingues dans la pente
je vois que des petits yeux
et des petits yeux qui foncent, qui foncent
moi au dernier moment je me suis décalée
et elles ont foncé dans le parc
voilà je remets les barrières en place
tout le monde, les brebis elles sont folles
à l'intérieur du parc
les pâtous
ils veulent même pas venir me voir
ou quoi, je leur dis pas grand chose
juste je parle calmement, j'essaye de calmer tout le monde
je ferme le parc
et là
Noqué elle entend un truc
elle voit que les brebis sont parqués
donc elle va renifler un peu plus loin
et elle s'en va d'un coup vers la forêt
et elle se met à boyer
donc moi là à ce moment là j'ai tout fini
j'attends qu'elle revienne, je me dis
mais pourquoi elle est partie, ça a pas trop de sens
qu'elle soit partie comme ça
je l'entends à boyer
et ensuite je l'entends
au début les aboiements
c'est un peu des aboiements de défense
Noqué elle est assez gardienne
le garde de la cabane, la yorte et tout
et au début elle part avec ces aboiements là
il y a un truc pas normal et je vais défendre
et après les aboiements ils se font un peu plus inquiets
et après c'est un peu comme
des
des japements
des japements ou des couillements
très aigus
trop bizarre
et du coup je la rappelle très vite
et là elle revient à mon pied
en fait elle est tremblante à mon pied
elle se colle
et elle veut plus décoller de mon pied
je me dis bah là
soit elle était à côté de lui
ou elle est allée voir en fait
elle a jamais croisé d'ours
peut-être qu'elle avait jamais croisé
d'odeurs d'ours
donc je me dis
peut-être sans savoir
elle a voulu
suivre une odeur et voir ce qu'il y avait au bout
et peut-être elle est tombée sur lui
en tout cas je l'ai jamais vu comme ça
c'est une chaîne qui est gardienne
qui a pas peur de grand chose
qui a un trépide
et là elle est là tremblant tant à mon pied
et en plus moi je me dis
normalement celle qui me défend tout le temps c'est elle
et là elle est là
mon pied
c'est pas elle qui va me défendre là
et donc là je suis vraiment toute seule
à tout gérer j'ai mes deux pâtous tétanisés
mes bourbiers
il va falloir que je regarde
là j'ai essayé de regarder vite fait mais demain
il va falloir que je regarde s'il y a pas de blessés
s'il... combien il m'en manque
les pâtous qui gère pas
la chienne bulldozer un trépide
ça va pas non plus
et la forêt elle est un peu
entre laillourte et moi
nocque pendant tout le temps
de rejoindre laillourte elle décolle pas de mes pieds
je tribuche sur elle
et tout
mais en fait j'ai vraiment
une terreur de retourner à laillourre
vraiment ça me fait un truc
parce que de voir nocque comme ça
je me dis c'est bon il est là il regarde
il me regarde on est tous les deux
là dans ce ballon et
il suivait le troupeau
et là il m'a vu il a dû s'arrêter
dans la forêt quoi
je crois que j'ai rarement
eu aussi peur que là
je suis rentrée à laillourte et là
je suis plus bougée de là
le matin il me suis levé très tôt
je suis tout de suite allé voir les pâtous
surtout tout le monde allait bien
je pense que c'était très bien qu'elle dorme là
qu'elle soit... c'est un petit parc
c'est mon petit parc pour faire des soins
et du coup je pense que c'était bien qu'elle soit contenue et un peu serrée les unes et les autres
ça a l'air assurant
et donc je les lâche tôt parce que je me dis
qu'à ce parc là
elles ont rien à manger
enfin je veux pas qu'elle manque de quoi que ce soit
donc je les lâche très tôt
mais en fait les lâchants je vois qu'elles sont stressées
donc je me dis il faut que je cherche
dans la montagne voir combien il m'en manque
je sais où elles ont dormi
et je sais le chemin qu'il faut pour venir ici
donc surtout sur ce chemin là je vais les chercher
et en même temps je vais les checker
et là quand elles mangent
de loin tout en cherchant je vais les surveiller
et donc je fais ça
elles mangent et puis moi partout je regarde
évidemment il y a plein de brouillards
normalement on suit les vautours
pour trouver les cadavres
mais là il y a plein de brouillards
c'est juste impossible
et même les vautours dans le brouillard
ils trouvent pas forcément
ils vont ailleurs et il y a autre chose à manger ailleurs
et donc dans le brouillard je cherche
je cherche c'est infinie
la montagne elle est grande
et puis c'est des montagnes
enfin on montagne souvent
pour voir vraiment un endroit
il faut y aller quoi
par contre les
les brebis
je vois que régulièrement
elles flippent
d'un coup et elles se regroupent
et elles restent après un enta
comme ça pendant ça peut durer
une demi heure elles flippent en fait
elles s'arrêtent pas de faire ça
je vois qu'elles mangent pas bien
en fait on le voit la rondeur de leur ventre
je sais comment elles doivent être normalement à midi
et là elles sont pas du tout comme ça
du coup je capte que les jours suivants
si c'est comme ça il va falloir que je les garde beaucoup plus longtemps
il va falloir les rassurer beaucoup
et qu'il y ait très peu de mouvements
et donc
ça va être compliqué pour moi de chercher les cadavres
si en plus j'ai beaucoup plus de travail
avec les brebis
et qu'il faut que je sois là en plus
parce que c'est ma présence qui peut les rassurer
et donc finalement
le lendemain je trouve rien
mais je trouve un cadavre de brebis
mais bien plus tard 3-4 jours après
quelque chose comme ça
et donc je fais un constat avec les gardes
qui viennent pour le constat
ils dépessent la brebis
et donc ils regardent la peau
et ils voient de quelle manière
la brebis a été ouverte
ils voient les ématomes et ils conclut
à une attaque d'or
la prédation c'est quelque chose qu'on regarde toujours en tête
parce que c'est un peu le
oui c'est le pire qui puisse arriver
le plus imprévisible
et dangereux et tout c'est le prédateur
et pour moi
la peur, la pire c'est
c'est qu'il y ait des brebis qui dérochent
mais surtout que j'arrive avec un toit pas morte
et qu'il faille les achever
ça c'est un truc que
moi personnellement j'ai voulu apprendre
donc tu es une brebis
je sais faire le geste a priori
et ça c'est un truc
qui me reste en tête
enfin du début à la fin de la cifre
c'est ma plus grande peur en fait
d'avoir moi ça à faire
et c'est la prédation qui peut m'amener dans cette situation
donc je réfléchis
en fait je me remets en question
je réfléchis à plein de
de... en fait comment faire
comment faire
est-ce que je continue comme ça
et je stress tout l'été
ou est-ce que j'arrive
à trouver des solutions, à ménager mon travail
et du coup je
décide juste de ne plus les faire dormir
là où elles ont dormi cette nuit-là
et à chaque fois que je les emmène
là de surtout être là
en septembre
la végétation elle évolue
les brebis elles
commencent à chercher de la végétation plus fraîche
elles commencent à monter un peu plus haut
ou aller dans des endroits qui craignent un peu
donc elles courent un peu plus
elles sont un peu moins
dans leurs habitudes
un peu plus imprévisibles
et donc septembre c'est le début
des gelés
et du coup début des gelés veut dire
dans la haïourte il fait très très froid
mais aussi je sais que la végétation
va être moins bonne donc ça va être tout
va être plus compliqué quoi
et que les brebis il va falloir
à la fois les gérer
et à la fois faire en sorte qu'elles ne m'égrisent pas trop
leur trouver des endroits où il y a à manger
encore ça va devenir technique
je le sais
il y a plus de travail pour noquer
or c'est la fin de saison
on est déjà crevé et du coup
se rajouter du travail là c'est un peu dur
parce qu'on fait déjà des journées énormes
en fait c'est des journées de
dix-douze heures déjà quoi
et en même temps
il y a un truc un peu mental
de se dire ben bientôt on redescend quoi
bientôt faut aussi préparer
mais quand même là je suis encore là
faut être à fond
jusqu'à la fin parce que mes responsabilités
c'est jusqu'à la fin
mais quand même faut commencer
à se dire
ben voilà la berger
il va falloir la laisser là
un moment
je suis nostalgique
avant la fin parce que j'ai un truc
ou 15 jours avant la fin
je suis vraiment
j'ai quelque chose où je dis adieu à tout
genre je suis là ah ça c'est la dernière fois que je vais le faire
ça c'est la dernière fois que je vais le voir
par exemple 15 jours avant la fin je descend
les brebis et je les garde plutôt en bas
donc les crêtes je les verrai plus
et je pense que dans mon caractère
déjà j'ai un côté nostalgique mais du coup là je suis là
ah c'est la dernière fois que je monte sur ce pic
c'est la dernière fois que je fais ça
et en fait c'est une suite de
dernière fois
deux semaines avant je peux faire mes adieux à tout
une fleur
il y a des brebis que j'ai soignés
si j'ai eu
une grosse pathologie sur une brebis
je peux l'avoir soigné pendant un mois
deux mois
l'avoir gardé à la cabane près de la cabane
lui avoir fait un parc
et donc il y a une brebis
que j'avais appelée copine
que j'avais gardé à la cabane longtemps
et tous mes amis ils me demandaient des nouvelles
de copine et tout, typiquement copine
voilà je vais pas la revoir
et les patous c'est pareil
il faut leur dire au revoir
en fait ça a été des vraies compagnies
c'est pas que des animaux, ça a été des vraies compagnies
heureusement j'ai noqué, je repère avec noqué
et tout le reste je dis au revoir
là où c'est très spécial
c'est vraiment au moment de la descente
au moment où je me rends compte
que le troupeau
il monte dans le camion et tout
moi je vais voir
les brebis une fois que le troupeau est dans le camion
je vais voir les brebis sur le côté du camion
je regarde si elles sont bien, si elles sont pas trop serrées
machin
en fait je les ai pris sous mon aile
tout l'été, j'en ai pris la responsabilité
je les fais vraiment sérieusement
comme si c'était les miennes
et donc là en fait ce truc
d'étachement maintenant c'est fini
et en fait c'était pas les miennes
quand même il faut se le mettre dans le crâne
c'est pas forcément facile
parce que ma vie pendant
4 mois elle était légitimée par les brebis
en fait il n'y avait que ça
tous mes besoins à moi il passait après
je les ai à peine écoutés
et donc quand c'est la fin
et quand j'ai fini les adieux et tout
en fait il faut juste vivre pour moi
m'occuper de moi
mais ça faut réapprendre
ça fait 4 mois que je l'ai pas fait
depuis 2019
Florence de Boeuf par chaque été en estive
habitait de nouvelles montagnes
de massif en massif
elle retrouve cette existence rythmée
par les troupeaux, les levées du jour
et le souffle des auteurs
une vie profondément liée au vivant
qu'elle raconte dans son livre
Bergère publié en 2021
aux éditions Transbourréale
merci à elle de nous avoir partagé
ce récit
Les Balladeurs est un podcast
du Média Leosers
cet épisode a été réalisé par Tomaphir
accompagné par Ines Cochar
le récit a été présenté par Clément Sacar
la musique est composée par Nicolas de Ferrand
Clou et Vibo s'est assuré du montage
et Augustin Bretillard
du studio Wild Time Records
du mixage
à bientôt

Les infos glanées

Je suis une fonctionnalité encore en dévelopement

Signaler une erreur

LesBaladeurs

Récits d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Avez-vous déjà poursuivi un loup dans les étendues sauvage d'Alaska, greloté au beau milieu des icebergs ou dormi le long d’une paroi d’escalade à plusieurs centaines de mètres de hauteur ? Tous les 15 jours, découvrez des récits et témoignages d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Un podcast du magazine Les Others (https://www.lesothers.com).  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Tags
Card title

Lien du podcast

[{'term': 'Society & Culture', 'label': None, 'scheme': None}, {'term': 'Society & Culture', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}, {'term': 'Places & Travel', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}, {'term': 'Personal Journals', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}]

Go somewhere