#92 — 5000 km sur les crêtes américaines, avec Clémentine Thiberge

Durée: 61m20s

Date de sortie: 25/06/2025

En 2024, Clémentine Thiberge prenait le départ du Continental Divide Trail, une traversée des États-Unis de plus de 5 000 kilomètres, du Mexique au Canada. À travers déserts arides, forêts profondes et sommets enneigés, ce sentier n’offre ni confort, ni certitude. Seule face aux éléments, Clémentine s’engage sur un chemin où tout reste à découvrir.


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🎙 Cet épisode a été réalisé par Thomas Firh, accompagné par Inès Cochard. Le récit a été présenté par Clémence Hacquart. La musique est composée par Nicolas de Ferran. Chloé Wibaux s’est assurée du montage, et Antoine Martin du studio Krispy Record du mixage.


🤝 La saison 8 des Baladeurs est soutenue par Columbia.


Plus d’infos sur l’épisode :

En 2022, Clémentine Thiberge se lançait sur le Pacific Crest Trail, sa première randonnée au long cours, pour se prouver qu’elle en était capable. Deux ans plus tard, l’appel des longs sentiers a résonné à nouveau. Cette fois, avec la volonté d’affronter le Continental Divide Trail, réputé pour être un chemin particulièrement impitoyable.

Sur plus de 5 000 kilomètres, ce sentier traverse les États-Unis du Mexique au Canada en passant par 5 états. Il parcourt les déserts arides, serpente dans les forêts silencieuses et grimpe sur les sommets enneigés. Peu fréquenté et farouchement sauvage, il n’offre ni confort, ni certitude et oblige les marcheurs à s’en remettre aux éléments, à faire face à l’isolement, et parfois, à aller chercher au fond d’eux des forces qu’ils ne soupçonnaient pas.


À propos de Clémentine Thiberge :

Journaliste spécialisée dans les questions d’environnement, des pratiques outdoor et particulièrement de la montagne, Clémentine Thiberge est aussi une montagnarde passionnée. Habituée des sentiers escarpés des Alpes, elle ressentait le besoin d’aventures plus longues, plus intenses et plus lointaines. En 2022, elle s’est lancée sur le mythique Pacific Crest Trail pour sa première grande traversée, avant de relever, en 2024, le défi du Continental Divide Trail, reconnu comme l’un des plus exigeants.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Bonjour, c'est Clément Sacar du podcast Les Balladeurs.
Depuis plus de 8 ans, les balladeurs vous font voyager à travers les mots de celles et ceux qui arpentent le monde.
Aujourd'hui, on est très heureux de vous annoncer une grande nouvelle, Les Balladeurs grandis,
et devient aussi les Balladeurs éditions, une maison d'édition de récits d'aventure et de mésaventure en pleine nature.
Ça fait 3 ans qu'on travaille sur le projet et on a hâte de vous annoncer notre premier ouvrage,
qui sera disponible en précommande le 24 septembre.
Pour en savoir plus et être le premier au courant, rendez-vous sur le lien dans la description du podcast
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Qui n'a jamais rêvé de découvrir ses propres limites ?
Qui n'a jamais rêvé au détour d'une randonnée de quelques jours, de prolonger l'expérience
et de marcher pendant des mois, juste pour voir jusqu'où son corps et son esprit peuvent aller ?
Cette question, Clémentine Thiberge, se l'est longtemps posée.
Montagnarde dans l'âme et journaliste de métier, elle a découvert très tôt le plaisir des chemins escarpés,
des étendus vierges et des bivouacs sous les étoiles.
Mais après des années à parcourir les Alpes, elle rêvait d'une traversée sans fin,
où les jours coulent au rythme des pas.
Elle s'est alors intéressée au sentier de la triple couronne américaine,
le Pacifique Crest Trail, la Palachiane Trail et le Continental Divide Trail,
trois itinéraires légendaires de plusieurs milliers de kilomètres, dont les noms résonnent comme des promesses d'évasion.
Et puis un jour, elle s'est lancée.
C'était en 2022 sur le PCT,
une première traversée au long cours sur la côte ouest pour se prouver qu'elle en était capable.
Mais deux ans plus tard, l'appel a raisonné à nouveau,
cette fois avec la volonté d'affronter le CDT,
réputé pour être le plus impitoyable des trois.
Sur plus de 5 000 kilomètres, ce sentier traverse les États-Unis du Mexique au Canada en passant par cinq états.
Il parcourt les déserts arides, serpentes dans les forêts silencieuses et grimpe sur les sommets enneigés,
peu fréquentés et farouchement sauvages.
Il n'offre ni confort ni certitude
et oblige les marcheurs à s'en remettre aux éléments,
à faire face à l'isolement et parfois à aller chercher au fond d'efforces qu'ils ne soupçonnaient pas.
Quand je me suis lancée dans le Pacific Trail en 2022,
moi ce que je voulais voir c'était, est-ce que moi en tant que personne,
l'AMDA qui ne suis pas une athlète de haut niveau, est-ce que mon corps est réellement capable de faire ça ?
J'étais vraiment ce qu'on peut appeler une novice de ces grandes randonnées.
J'avais l'impression que tous les gens autour de moi avaient déjà fait des longs randonnées
et moi je ne savais pas où je mettais les pieds.
Le Pacific Trail, c'est le chemin des crêtes du Pacifique.
C'est sur la côte ouest américaine entre le Mexique et le Canada.
C'est 4200 km, c'est beaucoup comme sur le nom l'indique sur des crêtes.
Donc les chaînes de montagne qui sont côté ouest comme la sirenée Vada par exemple
ou la chaîne des cascades, toute la chaîne des volcans également.
Ce n'est pas le plus technique des chemins.
Il y a suffisamment de monde pour qu'il y ait de l'entraide, il y a suffisamment de villes pour se ravitailler.
Donc je me suis dit que j'allais me lancer sur celui-là pour voir si j'en étais capable
et je me suis dit que je vais le faire, soit ça me dégoûte à vie de la randonner
soit je suis accro jusqu'à la fin de mes jours et je vais continuer
et je suis tombée sur la deuxième option et ça m'a rendu accro
et j'avais qu'une envie c'était de repartir.
Je me suis dit, est-ce qu'il y a un chemin qui est plus long, plus dur, plus technique, plus compliqué, plus solitaire.
J'ai cherché un petit peu le toujours plus et très vite je suis tombée sur ce chemin, le CDT, donc le Continental Divide Trail.
Le CDT, il fait partie avec le PCT de ce qu'on appelle la triple couronne des États-Unis, la triple couronne de la randonnée.
Il y a le PCT, le CDT et la Palachiane Trail sur la côte Est.
Ces trois chemins, c'est vraiment les trois centièmes mythiques.
Le CDT, on estime que c'est le plus difficile des trois, aussi bien en termes de logistique, technique, au niveau de la solitude
parce qu'il y a très peu de gens qui font le CDT en moyenne.
Il y a à peu près 400 personnes qui se lancent sur le chemin tous les ans et il y a peut-être un tiers qui le termine.
Donc le Continental Divide Trail, c'est un chemin qui part de la frontière mexicaine jusqu'à la frontière canadienne
sur les pines d'orcelles au centre des États-Unis.
Cette ligne, elle n'a pas été tracée n'importe comment.
Continental Divide, ça veut dire la ligne de partage des eaux.
Ce chemin, c'est une ligne où d'un côté l'eau qui tombe va partir dans l'océan Atlantique, de l'autre côté dans l'océan Pacifique.
C'est une ligne qui traverse du fait de sa spécificité aussi biérydrologique que géographique.
C'est beaucoup sur des crêtes, sur des sobets.
C'est un endroit qui est souvent très sec.
Ce sentier, il traverse au total cinq états, le nouveau Mexique au départ, le Colorado, le Wyoming,
l'Idao et il se termine au Montana pour arriver à la frontière canadienne.
En voyant toutes ces difficultés, je me suis dit j'ai envie de tester ça, voir si cette étape au-dessus j'y arrive aussi.
Avant de partir, c'est compliqué de vraiment se rendre compte.
Ces distances de 4 500 km, c'est très dur pour le cerveau humain de l'envisager.
On sait ce que c'est que marcher 10 km.
On sait ce que c'est de prendre la voiture sur 600, 700 km, mais marcher 4 400, 4 500, 5 000 km.
C'est presque impossible à comprendre.
Avant de partir, je suis un peu pas dans le déni, mais je fais au jour le jour en me focalisant sur des aspects très logistiques.
Je prépare minutieusement mon sac à dos.
Je choisis mes premiers ravitaillements, ce que je vais prendre comme nourriture, ce que je vais prendre comme mot.
J'arrive au Nouveau-Mexique, j'arrive dans une petite ville.
Pour atteindre le départ du Sentier, qui se trouve en plein milieu du désert, on prend une navette.
C'est un bénévole qui, tous les jours, va amener sur le départ du Sentier les premiers randonneurs dans un 4x4.
C'est juste de la piste pour attendre ce départ du Sentier.
On est deux à prendre le chemin ce jour-là.
Smash en anglais et moi, on fait deux heures et demie de piste et on arrive sur la frontière mexicaine.
En arrivant là, très vite, Smash qui était avec moi dans la voiture, prend le chemin et je le vois disparaître.
Tim repart avec son 4x4 et je vois le 4x4 disparaître dans un énorme nuage de poussière.
Je me retrouve toute seule dans ce désert, au milieu de nulle part.
Je regarde devant moi et c'est à ce moment-là où je prends réellement conscience des 15500 km qui m'attendent.
J'ai le coeur qui se met à battre très vite et je me dis qu'est-ce que je viens faire ici.
J'essaie de me raisonner et je me dis que l'objectif, là, ce n'est pas d'aller au Canada.
L'objectif, c'est d'arriver à la prochaine ville de ravitaillement et de faire cette première étape.
Le départ du Sentier, il y a un monument, c'est un petit obélisque qui représente le début du Continentale Divide Trail.
Et à part ça, il n'y a rien d'autre et je me dis maintenant il faut y aller.
Je me lance sur le Continentale Divide Trail le 3 mai 2024, au milieu du printemps.
Il fait déjà chaud. Quand je commence à marcher, il fait une chaleur horrible.
Il y a un soleil de plomb. Il n'y a pas de vent.
Je me retrouve sur ce chemin qui est... Le sol est très mou.
C'est compliqué. C'est un peu comme de marcher dans du sable sec au bord de la plage.
Ça me fait très mal aux chevilles, aux hanches, aux genoux.
J'ai mes articulations qui souffrent. J'ai soif.
Psychologiquement, en plus de ça, c'est difficile parce qu'on marche au milieu des carcasses de vaches
qui sont en train de se dessécher au soleil.
Et c'est là que je me dis c'est quand même un environnement très inhospitalier et j'ai rien à faire ici.
Et mon corps, le premier jour, ça n'adapte pas du tout.
Au bout de quelques heures de marche, j'ai la tête qui tourne.
D'un coup, je suis obligée de bassoir et je vomi.
Je vide mes trips. Mon corps me dit, stop. Tu ne peux pas faire. Il fait trop chaud.
Je m'arrête un petit peu. Je bois. Je mange un peu. Ça va un peu mieux.
Et puis je me dis que je n'ai pas le choix. Je ne peux pas rester ici. Il faut que j'avance.
J'avance avec comme objectif la source d'eau suivante.
Dans cet environnement très aride, il y a des bénévoles qui ont laissé des caches d'eau.
Je laissais des petites mâles en férailles avec dedans des bidons d'eau.
Ce qui nous sauve la vie parce que sans ça, ça serait impossible de marcher.
Donc à peu près une fois par jour, je retrouve ces caches d'eau.
Je remplis mes 6-7 litres d'eau. C'est de l'eau tiède qui a un goût de plastique.
Mais à chaque fois que j'arrive sur ces caches d'eau, c'est comme un trésor.
Ça fait tellement plaisir de trouver ça.
Je remplis toutes mes gourdes que je remets sur mon sac et je repars avec mon sac
encore plus chargé, encore plus lourd, qui me fait encore plus mal au dos.
Et j'avance comme ça.
Sur le chemin, il y a vraiment des grosses différences entre les randonneurs
sur le poids des sacs à dos et l'équipement.
Il y a ceux qui sont ultra-ultra-light, qui vont avoir des sacs à dos
avec un poids de base sans eau, sans nourriture de 3-4 kg.
Et il y a ceux qui vont vouloir un petit peu plus de confort.
Certaines personnes qui marchent plus lentement aussi, donc qui ont besoin
de plus d'eau, plus de nourriture.
On dit souvent, en rigolant sur le chemin, que c'est possible, juste en regardant
un randonneur, de savoir si c'est un américain ou un européen.
Parce que les américains sont beaucoup plus dans l'ultra-light.
Les européens, plus dans la randonnée traditionnelle, avec des grosses sacs à dos,
des grosses chaussures.
Et moi, en bonne française, j'ai un gros sac à dos.
Et en plus de ça, j'ai besoin de confort.
Comfort, ce n'est pas seulement un confort physique, c'est un confort émotionnel.
J'ai besoin de savoir que le soir, j'ai ma tente qui me protège,
qui est suffisamment grande pour que je puisse être assise, pour que je puisse se lire.
J'ai besoin d'avoir ce confort, d'avoir ma liseuse, le soir pour m'évader un petit peu.
J'ai du matériel photo, parce que c'est quelque chose que j'aime beaucoup.
Et quand je croise des américains qui sont ultra-light, très souvent, ils me disent,
tu ne termineras pas la randonnée comme ça, soit tu n'arriveras pas au bout,
soit tu auras diminuer le poids de ton sac en arrivant.
Et donc j'avance petit à petit avec mon gros sac à dos, qui me fait mal au dos les premiers jours.
Et je regrette pas un seul kilo de ce que j'ai à l'intérieur.
Tous ces premiers jours, je suis vraiment dans un espèce complètement désertique.
Il n'y a rien autour de moi.
Et je suis en plus dans ce mode survie.
Il faut que j'arrive à boire assez, il faut que j'arrive à manger assez.
Il faut que j'avance.
Je sais que pour arriver au Canada avant la neige, ce qui est l'objectif,
je dois faire en moyenne 20 miles par jour.
Donc 20 miles, c'est 32 km.
Les premiers jours, j'arrive à faire 27, 28, 29 km.
Donc je suis plutôt dans la bonne moyenne, parce que je sais qu'au fur et à mesure,
j'arriverai à marcher de plus en plus longtemps.
Mais c'est vraiment très dur.
Et au bout de quelques jours, je commence à m'habituer à rentrer dans ce rythme de la marche
où j'accepte un peu plus la douleur, la routine.
Je rentre là-dedans.
J'arrive d'un coup à observer ce qui est autour de moi.
Je me rends compte que je suis dans la période, ce qu'on appelle le désert bloom.
Le désert bloom, c'est une période très courte au printemps
où toutes les conditions sont réunies pour que les fleurs sur les plantes du désert explosent.
Et c'est assez incroyable, parce que toutes les plantes du désert sont tellement sèches,
qu'elles ont l'air mortes.
Et là, soudainement, toutes ces plantes se couvrent de petites fleurs
et je me rends compte que tout est en fait très vivant.
Et toutes ces petites fleurs, en plus, elles sont colorées.
Il y a des milliers de couleurs, c'est rose, rouge, jaune, violet, il y en a de partout.
Et c'est un petit peu comme une grande chasse au trésor de suivre ce chemin coloré.
Et c'est magnifique.
Donc le premier ravitaillement, j'arrive au bout de cinq jours.
J'arrive dans un gros village qui ressemble plus à un village,
ce qu'on aurait dans l'imaginaire mexicain, avec des maisons très basses, carrées, un petit peu en terre.
Il y a un supermarché, un McDonald's.
Et quand j'arrive à ce ravitaillement, la première chose que je fais, c'est que je rentre dans le McDonald's
et j'apprécie l'air conditionné.
Et en arrivant là, c'est la première étape qui me fait me dire
« Il y a vraiment des choses qu'on oublie ».
Et là, je rentre dans ce McDonald's et l'air conditionné, je me dis
« C'est la meilleure invention qui existe au monde ».
Et je m'installe dans ce McDonald's, un McDonald's basique américain avec de la mauvaise bouffe.
Et rien me fait plus plaisir que le Big Mac, l'énorme verre de coca avec des glaçons.
Et l'accès à ces glaçons que je peux prendre, je mets dans une serviette
et je mets sur mes articulations, sur mes chevilles, sur mes genoux.
Et à ce moment-là, je me dis « Je pourrais rester ici toute ma vie et ne jamais retourner sur le chemin ».
Et ça serait bien plus facile.
Et cette première étape, elle me permet de faire un peu le bilan de me dire
« Les premiers jours, j'ai vraiment subi ».
Est-ce que ça va être comme ça tout le temps ? Est-ce que je vais subir jusqu'au bout ?
Et je me dis « Si tu continues pas, tu ne pourras pas le savoir ».
Donc il faut que tu continues et tu verras ce que ça donne à l'étape d'après.
Donc ce premier habitail, je rajette toute la nourriture dont j'ai besoin pour l'étape d'après.
Je prends des litres d'eau, j'essaye d'emmagasiner le peu de fraîcheur qu'il y a dans les magasins.
J'essaye de ne pas trop réfléchir, de ne pas trop y rester.
Et une fois que j'ai tout ce qu'il me faut dans mon sac à dos, je repars très vite de ce village
pour reprendre le chemin et pour ne pas me réhabituer au confort que je peux trouver dans ce village.
Quand on commence un chemin de longue randonnée aux États-Unis, très vite on se fait donner un surnom.
Donc ce surnom, il va dépendre d'une anecdote qu'on a faite, il va dépendre d'une caractéristique.
C'est un surnom que les autres vous donnent, mais cette tradition, elle est là un petit peu pour montrer aussi
que cet environnement, il est extérieur à notre vie quotidienne.
On arrive sur ce chemin et on peut devenir qui on veut.
Moi j'ai reçu mon trail name, c'est Early Bird, parce que je suis celle qui se m'a marché le plus tôt.
Souvent je commence à marcher quand il fait encore nuit.
J'adore toute cette partie de la fin de nuit où il fait encore nuit noire, puis petit à petit il y a les lumières de l'eau
et puis pour moi c'est un moment un petit peu hors du temps.
C'est vraiment une routine qui s'installe et une routine qui est quasiment la même tous les jours,
alors pas au même endroit, mais vraiment la même et assez presque taillé.
Le matin je me réveille, petit déjeuner, je fais un café pour me réchauffer
parce que c'est quand même toujours un petit peu dur de sortir du duvet de nuit quand il fait froid,
qui fait un peu humide, remettre ses vêtements sale et humide.
C'est toujours la partie la plus difficile presque de la journée.
Je plie le camp, c'est quelque chose qui devient au bout de quelques jours
une habitude vraiment régulière, ça devient tellement facile, tellement régulier que je pourrais le faire les yeux fermés,
je fais exactement la même geste dans le même ordre tous les matins et ensuite je me mets en route.
Et à partir de là c'est tout et au feeling et c'est ça qui est très agréable,
c'est que je ne fais plus les choses en fonction d'horaire, je ne regarde pas l'heure, je ne regarde pas le temps que j'ai mis,
la distance que j'ai mis, je fais tout à la sensation physique.
Je m'arrête quand je suis fatiguée, je mange quand j'ai faim.
Si j'ai besoin de quelque chose, je le fais, si j'ai besoin de dormir, je dors,
si j'ai besoin de manger, de boire, je choisis réellement ma journée en fonction du moment,
j'avance et quand j'en ai marre, à la fin de journée, je m'arrête, je plante ma tante et je refais ce petit coco
qui est la seule chose réellement constante sur le chemin, c'est ma petite maison
et je me sens protégée, je me sens vraiment bien dans ce petit environnement.
Je fais à manger le soir, j'écris parce qu'il se passe beaucoup de choses,
il y a beaucoup d'émotions dans les journées, il y a beaucoup de sentiments différents,
je passe d'un sentiment à un de l'autre très rapidement,
la tristesse, la colère, la joie, les merveillements, plein de choses
et c'est des choses très fortes, mais c'est aussi des choses qui s'oublient très vite.
On me demande souvent si ça me fait peur de partir toute seule,
alors la réponse c'est oui, oui ça fait peur de partir toute seule,
ça fait peur de se lancer dans l'inconnu, dans des endroits assez inhospitaliers, dans la nature sauvage.
Ce que je me dis le plus souvent c'est que j'ai beaucoup moins de danger au milieu de cette nature sauvage
que en sortant de chez moi, en ville, donc c'est une peur qui est assez facile à gérer
et puis petit à petit au fur et à mesure des jours quand l'environnement devient familier,
quand la nuit devient plus familière, c'est une peur qui diminue
et à prévoiser cette peur aussi, ça fait partie des choses qui rendent fier derrière de se dire oui,
j'ai peur mais j'y vais quand même.
Le Nouveau-Mexique, je pensais que cet état allait être désertique jusqu'au bout
et au bout de quelques semaines je commence un petit peu à monter en montagne,
donc ça reste des montagnes de désert, ça reste des montagnes où il fait très chaud
mais le premier jour où je commence à monter, je vois qu'il y a un petit peu d'altitude,
je passe du désert poussiéreux au milieu des cactus sans aucune ombre, sans aucune végétation
j'ai l'impression qu'en quelques minutes à peine je rentre dans des forêts,
les arbres commencent à devenir de plus en plus grands,
au sol de ces forêts il y a de l'herbe, quelque chose que j'avais pas vu depuis des jours et des jours
et ce que je remarque le plus en arrivant, d'un coup c'est les odeurs
en quelques minutes j'ai l'impression que mon nez vient de se déboucher
et c'est là que je me rends compte que j'ai passé des jours et des jours dans le désert
où il faisait tellement chaud, tellement sec qu'il n'y avait aucune odeur
même les vaches que je voyais ne sentaient rien, je me rends compte de toutes ces odeurs
un peu de terre chaudes, de sèves, d'herbes, ça me prend au nez
et en quelques instants aussi je vois toute la vie un peu qui se met à grouiller autour de moi
il y a des insectes, il y a des scarabées, je vois des écureuils, des chevreuils
j'ai des serpents qui me passent entre les jambes qui me font sursauter
avec les oiseaux qui chantent autour de moi
et là d'un coup tout renait et ce souffle de vie me redonne une énergie que je commençais un petit peu à perdre
au début quand je commence sur le chemin j'ai l'impression de ne pas être à ma place
je sais pas ce que je fais là, tout fait peur, tout est sauvage, tout est nouveau
et petit à petit au fur et à mesure des semaines, tout l'environnement devient normal
quand je me couche la nuit, tous les bruits que j'entends autour de moi je sais les reconnaître
c'est les mêmes tous les soirs, quand j'entends les coyotes hurlées au loin je sais ce que c'est
quand j'entends gratter à côté de ma tente ça a beau faire énormément de bruit
je sais que c'est pas un oure, je sais que c'est un petit écureuil
et tout cet environnement devient familier et au bout d'un moment c'est l'inverse
les rares fois où je suis en ville et que je prends une journée de repos et que je dors dans un hôtel
et ben la nuit je dors très mal parce que j'entends des bruits qui sont étranges
et du coup je dors beaucoup mieux en fait dans la forêt, dans ma tente
mon dernier jour dans le Nouveau-Mexique, j'étais un peu fébrile parce que c'est une sacrée étape
de terminer le premier état, quand j'arrive à la frontière entre le Nouveau-Mexique et le Colorado
c'est un peu improbable, c'est au milieu de la forêt, il y a un petit poteau
sur lequel sont vissés deux plaques de matriculation, une plaques de matriculation du Nouveau-Mexique et une du Colorado
je m'assoie et je me dis ça y est, le premier état il est terminé
et maintenant il va falloir entrer dans le Colorado
et le Colorado c'est un état que tout le monde à la fois appréhende et à la fois attend avec beaucoup d'impatience
parce qu'il est considéré comme le plus gros défi physique du sentier
quand j'arrive à la dernière ville, je m'équipe pour la haute montagne
donc je m'achète un piolet, je m'achète des crampons, je récupère pas mal de couches de vêtements en plus
c'est un état qui est en très haute altitude, je vais passer un mois et demi à plus de 3 500 m d'altitude
il y a énormément de neige, c'est un état où météorologiquement c'est plus compliqué
parce que le Colorado il est connu aussi pour avoir beaucoup d'orage
le fait d'avoir envie toujours de faire plus, faire plus difficile et de me prouver que j'en suis capable
je n'ai pas forcément dans ma vie de tous les jours j'ai besoin de quelque chose qui soit à la fois physique et mental
et de me prouver que j'ai pas besoin d'une aigle d'extérieur pour faire ça
et à la fois c'est aussi quelque chose que je trouve un peu magique parce que j'ai l'impression que juste mon corps
le corps de tout le monde est capable de faire des choses extraordinaires
et tant qu'on ne le pousse pas, on ne se rend pas compte de tout ce qu'il est capable de faire
et aussi au niveau mental et le fait d'aller aussi loin, d'aller aussi loin, de pousser aussi loin mes limites
me permet de me rendre compte vraiment que j'ai des choses enfouies au fond de moi dont je ne me croyais pas capable
des capacités que j'ai que je ne pensais pas avoir et qui ressortent et se rendre compte de ça ça rend incroyablement fier
donc avant de rentrer dans le Colorado j'ai rencontré une autre fille qui s'appelait Mello
on se dit on va se lancer ensemble, on va être en binôme et on va faire attention l'une à l'autre
donc je commence ces montagnes du Colorado avec Mello
le premier jour au bout de quelques minutes à peine on est rejoint par un américain qui s'appelle Energizer
c'est un ancien militaire, il a 60 ans, il habite dans le Nevada en plein désert
je pense qu'on pourrait difficilement être plus opposé
on fait cette première journée où on rentre tout de suite dans le dur
tout de suite on monte à 3700 mètres d'altitude
moi je commence à subir un petit peu les effets de l'altitude
je suis essoufflée, j'ai un peu mal à la tête
l'altitude me coupe la fin donc j'oublie de manger, je me sens assez vite faible
travers des grandes pantes en neige où on met nos crampons, il faut faire attention et ne pas glisser
moi je me sens bien dans cet environnement parce que je connais la montagne, le froid, l'altitude
c'est difficile mais je connais et je sais comment gérer ça beaucoup plus que la partie des articles
et à l'inverse, je me rends compte que Mello a très peur qu'elle se sent très mal à l'aise dans cet environnement
elle a du mal à avancer
Energizer avance petit à petit, il a un peu moins peur
il comprend que je suis à l'aise, il me dit que je passe devant, je prends les décisions de chemin et nous on le suit
on arrive le soir, complètement rincée, on monte nos tentes, on passe la nuit
et le lendemain on me réveille donc je pleure le camp et je vois Mello s'avancent vers moi
et qui me dit, je ne vais pas y arriver, ce n'est pas fait pour moi, j'ai peur, je ne me sens pas bien, je ne suis pas à l'aise, j'abandonne
et heureusement, je mets Energizer qui avait campé avec nous
et je le regarde et je lui dis, toi tu fais quoi ?
et il me dit, si tu continues, je te suis
et je lui dis, ok, let's go, on continue ensemble
et ce moment là, j'ai l'impression qu'on a un peu, c'est l'impact
on s'est dit, on se lance tous les deux
ni l'un ni l'autre n'abandonne l'autre, on va s'entraider
et on va aller jusqu'au bout, à notre rythme, tous les deux
le premier jour où on se lance vraiment que tous les deux
on se retrouve sur des chemins que j'avais même pas envisagé
la neige recouvre tout, on ne sait pas où est le chemin, on est obligé de se diriger au GPS, à la carte
et surtout avec une bonne dose de logique
et c'est difficile, on avance très lentement
en début de matinée, on se retrouve sur une portion de terrain qui est très raide
c'est des grandes pantes enneigées, c'est vraiment très laborieux
on avance petit à petit
et à un moment, presque en un instant, on se retrouve au dessus d'un mur de neige
qui tombe sous nos pieds, qui fait 70-80 mètres de haut
et je me dis non, c'est pas possible, le chemin peut pas passer là
j'essaye de contourner un petit peu par la gauche pour voir pendant qu'Energizer regarde par la droite
on se rejoint et je dis non, par la gauche c'est des falaises
il me dit pas par la droite, c'est des falaises aussi
on se rend compte que la seule solution, ça va être de descendre ce mur de neige vers glacée
On enfile nos crampons, on sort nos piolais
tous les deux on est assez fébrile, on a un peu inquiète
on a du mal à se lancer sur les premiers pas
et c'est à ce moment là qu'on entend le premier éclair tomber à 500 mètres de nous
et en quelques minutes, il y a un orage qui se forme au-dessus de nos têtes
des éclairs qui tombent de partout, de la grêle qui nous tombe sur la tête
je regarde Energizer, on a tous les deux nos piolais à la main
et en fait je lui dis, là on n'a pas le choix, c'est soit on descend, soit on se transforme en paratonnère humain
donc il faut qu'on y aille
on se lance tous les deux, pas très loin là un de l'autre mais on s'écarte un petit peu
et moi je commence à faire un pas, puis deux je glisse
j'arrive à me rattraper un peu in extremis
et je me dis ok, on est sous un orage, ça fait peur mais il va falloir quand même
il y a les petits à petits parce que là si tu glisses et que tu t'exploses dans les cailloux qui s'en rencontrent bas c'est fine
tapes mes pieds de toutes mes forces dans la paroi avec mes crampons pour essayer de créer des petites marches
au début j'ai mal au pied à force de taper, au bout d'un moment j'ai tellement froid au bout des pieds que je sens plus rien
j'ai ma main qui est étanisée sur le piolais
et je descend, je descend, je descend
au bout d'un moment qui me paraît une éternité
j'ose tourner un petit peu la tête derrière moi pour regarder en contre bas ce qui reste à faire
et en fait j'ai fait même pas un dixième de la descente
je commence à paniquer et je continue à descendre petit à petit
j'ai froid, j'ai mal de partout, j'ai peur
et une demi seconde je me dis et si tu lâchais tout, ça serait fini
et ce froid, cette peur, cette douleur, tout serait fini
et ça a vraiment duré qu'une demi seconde
et ensuite j'ai eu un peu comme une décharge électrique comme un instinct de survie qui m'a fait dire
mais arrête et cette décharge électrique elle m'a donné l'énergie
qui me fallait pour me dire
concentre-toi uniquement sur tes mouvements
et je me suis concentrée sur chaque articulation de mon corps
je descends mon pied droit, mon pied gauche, mon pied haut-laid
j'endors plus les éclairs autour de moi
et à un moment je descends mon pied droit
et là je sens mes crampons qui tapent contre les refus d'en bas
je suis obligée d'utiliser mon autre main pour défermer
mes doigts tétaniers sur le pied haut-laid
j'enlève mes crampons, je pose mon sac à dos
je regarde au-dessus de moi le mur de neige
et là je fonds un larme
et j'arrive plus à m'arrêter pendant quelques minutes
c'est nerveux
energiseur est à côté de moi
j'entends energiseur commencer à rigoler
et je lui demande pourquoi il rigole
et il part dans un fourrier qui s'arrête plus
il n'arrive plus à parler, il rigole, il rigole, il rigole
et je me rends compte que c'est sa réaction à lui
et une fois que lui il a arrêté de rigoler
que moi j'ai séché mes larmes
et ben sans un mot on remet nos sac à dos
et on continue sur le chemin
après ça tout continue à être difficile
mais tout paraît tellement simple
et tout devient très fluide
à la fois sur le chemin entre nous
et très vite il me dit là en montagne
dans l'environnement dans lequel on est
c'est toi qui as le plus d'expérience
et c'est toi qui as le plus de capacité
donc c'est toi qui va prendre les décisions
ça fait forcément un petit peu plaisir
mais ça me fait surtout très peur
et en y réfléchissant un petit peu
je me dis il me donne un petit peu sa confiance
et cette confiance là
elle me donne moins confiance dans mes capacités
et elle me permet de prendre des décisions
beaucoup plus réfléchies
je me rends compte assez vite
qu'avec Energizer on a le don
pour se retrouver à peu près tous les jours
sur une crête quand les éclairs tombent autour de nous
donc très vite on apprend aussi
la prémédie à essayer de redescendre
dans les vallées, dans les forêts
pour être un peu moins exposé
et tout ça c'est à la fois
fatigant mentalement parce qu'il faut beaucoup réfléchir
et à la fois je trouve ça génial
parce que j'ai l'impression de devoir trouver mon chemin
de devoir naviguer
c'est quelque chose qui me plaît énormément
tous les soirs, au moment où on s'arrête
au moment où on plante la tente
il pose son sac à dos
il me regarde et il dit
that was a good day
et tous les jours il dit
c'était une bonne journée
et tous les soirs quand moi je suis épuisée
j'en peux plus
et qui me dit ça
je me dis ah ouais
c'était quand même vraiment une bonne journée
et d'avoir l'énergie à la fois de le penser
et de le verbaliser en fin de journée
et bah ça fait énormément de bien
et ça permet de se dire
oui je suis fatiguée, j'en peux plus
j'ai qu'une envie c'est de me mettre dans ma tente
mais putain qu'est-ce que c'était une bonne journée
au bout de 2 mois et demi à peu près
je termine le Colorado
donc c'est une très grosse étape
l'état
censément le plus difficile est terminé
et je rentre dans le Wyoming
c'est à peu près le milieu de parcours
je me rends compte à quel point
cette partie du Colorado m'a
un peu vidé de mon énergie
physiquement
parce que mentalement je suis super bien
j'ai qu'une envie c'est de continuer
c'est d'avancer
tout est magnifique autour de moi
les paysages sont incroyables
j'ai qu'une envie c'est d'en découvrir plus
mais physiquement j'ai perdu beaucoup de poids
j'essaye de serrer mon sac à dos au maximum
et il commence à être presque un peu grand
je suis vraiment fatiguée
je dors beaucoup la nuit
et à ce moment là je sais que
même si j'ai envie de continuer
j'ai besoin d'une pause
donc je vais faire une pause
juste pour me reposer
dormir, manger
pendant 3 jours je suis dans un lit d'hôtel
et je mange en continue
en continue, j'ai l'impression que je pourrais ne jamais m'arrêter
et je reprends des forces physiques
parce que je sais que j'en suis que à la moitié
que la deuxième moitié sera probablement pas de tout repos non plus
et que ces forces j'en ai vraiment besoin
et au bout de 3 jours je suis en pleine forme
et je suis prête à repartir pour la deuxième moitié
en arrivant au Wyoming je me rends compte que
je ne sais pas du tout ce qui va arriver devant moi
ce qui m'attend, quelles vont être les paysages
parce que avant de partir j'étais tellement focalisée
sur ce défi énorme qui était le Colorado
je me suis beaucoup renseignée
et je sais pas ce qui va arriver devant moi
je passe la frontière entre le Colorado et le Wyoming
et de la même manière que le changement
était très brutal entre le Nouveau-Mexique et le Colorado
là c'est la même chose
je passe d'un coup des sommets enneigés
des lacs, des rivières, des forêts
à une étendue sèche devant moi
il n'y a plus d'eau, il n'y a plus d'arbre, c'est plat
et je rentre dans ce qu'on appelle le Grand Bassin
et le Grand Bassin c'est ce qu'on appelle un bassin endoréique
donc c'est un endroit où l'eau va sois infiltrer
soit repartir en évaporation
mais c'est un environnement qui est tellement sec
tellement chaud, tellement plat
que l'eau ne se déverse dans aucun ruisseau
aucune rivière, aucun océan
donc je rentre dans ce bassin
qui est encore plus inhospitalier que le désert du Nouveau-Mexique
je sais que je vais en avoir pour plusieurs jours
et à cet endroit-là, contrairement au Nouveau-Mexique
il n'y a absolument pas d'ombre
il n'y a pas d'arbre, il n'y a rien du tout
qui permet de faire de l'ombre
et c'est quelque chose que je me rends très vite compte
que c'est très très compliqué
parce que à la fois j'ai envie de me lever tout le matin
pour profiter des heures les plus fraîches
mais l'après-midi, il n'y a rien d'autre à faire que de marcher
je ne peux pas m'arrêter parce que je ne trouve pas un brin d'ombre
au bout de 4 jours
je passe à côté d'une ligne téléphonique
donc il y a un poteau
et je me colle sur ce poteau pour essayer de
crappiller un petit peu d'ombre pendant quelques minutes
et en dehors de ça, il n'y a rien
il faut juste marcher, avancer
et au milieu de ça
je croise de temps en temps
des troupeaux de vache et des vrais cowboys
donc des personnes qui sont sur leurs chevaux
en train de gérer les troupeaux de vache
de les amener d'un endroit à un autre
et j'ai l'impression d'être dans un film
d'être complètement ailleurs, à une autre époque
au bout de quelques jours
je me mets à croiser des troupeaux de chevaux sauvages
parce qu'il y en a encore énormément dans le Wyoming
et je vois ces chevaux sauvages au galop
dans ces étendues américaines
et j'ai vraiment l'impression d'être là
dans un rêve, je me dis
mais en fait tout ça, ça existe réellement
ce n'est pas que dans les films, ce n'est pas que dans mon imaginaire
et ça m'aide à traverser toute cette étape
qui une nouvelle fois est très dure physiquement
où il fait très chaud, où j'ai soif en permanence
où je trouve pas d'eau
les rares fois où j'arrive à une source d'eau
c'est majoritairement des abrevoirs pour les vaches
donc c'est des énormes routes tracteurs
qui sont dans le sol remplis d'eau
il y a des algues, il y a de la bourse de vaches à l'intérieur
c'est marron et c'est les seules sources d'eau accessibles
donc je prends l'eau dans ces sources
je la filtre avec mon filtre à eau
ce qui permet de rendre l'eau saine
mais qui n'enlève absolument pas le goût de la bourse de vaches
donc je bois du thé, tiède, goût-bouze
c'est pas très agréable
mais j'en ai besoin, j'ai besoin de cette eau
c'est l'étal le plus court
ça dure 7-8 jours
et au bout de 7-8 jours, je viens peine de m'adapter
et ça y est, c'est terminé
je rentre très vite dans une nouvelle chaîne de montagne
qui s'appelle les Wins
c'est une chaîne de montagne magnifique
je viens de passer une semaine dans un endroit ultra plat
et là en quelques heures, je rentre dans une chaîne de montagne
et autour de moi, c'est des sommets déchiquetés
très, très alpin
tout est très minéral
il y a des lacs, immense
il y a encore un petit peu de neige
il faut passer des cols
tous les jours, il faut passer un col, redescendre dans la vallée, remonter
je suis en plein milieu de l'été
je profite du soleil quand il est là
et je me retrouve dans un environnement parfait
la température est parfaite, le chemin est magnifique
tout est beaucoup plus ludique
l'après-midi, je m'arrête, je me bêne dans des lacs
je fais une pause, les pieds dans la rivière
et là je suis vraiment à ma place
beaucoup de faunes, c'est très varié
on croise énormément d'animaux
de toutes les tailles, de toutes sortes
l'animal qui fait le plus parler, c'est bien sûr l'ours
la relation entre le marcheur et l'ours, elle est particulière
parce qu'on en a tous très peur
et à la fois on a tous très envie d'en voir
mais de pas trop loin, de pas trop près
c'est un peu une relation un peu ambivalente
les ours noirs sont présents dans tous les états du CdT
et à partir du Wyoming, on rentre dans le territoire des Grisly
et là c'est pas la même chose
autant les ours noirs, c'est impressionnant
ça reste un ours, ils peuvent être curieux, ils peuvent bien sûr être dangereux
mais le Grisly c'est plus du tout la même chose
et à partir du Wyoming, il faut changer ses habitudes en conséquence
déjà il y a des équipements à voir, je me suis acheté un spray anti-ours
donc c'est un peu une bombe au poivre
je m'équipe aussi d'un sac pour mettre ma nourriture et tout ce qui sent
y compris par exemple le dentifrice, c'est un sac en kevler
donc c'est un sac qui est très résistant
il faut mettre toute sa nourriture dedans
et le soir accrocher ce sac à un arbre le plus loin possible de l'attente
ce sac il permet à ce que l'ours ne fasse pas le lien entre humain et nourriture
parce qu'il va sentir la nourriture, il va reconnaître que c'est la nourriture
mais le sac est tellement résistant que l'ours ne pourra jamais accéder à ce qui est dedans
et c'est ça qui est le plus important c'est que les ours restent sauvages
et qu'ils aient envie d'être le plus loin possible des humains
et au début ça fait quand même peur parce qu'on se dit là j'ai un sac à dos rempli de nourriture
si je me retrouve à un ours il peut faire ce qu'il veut
et petit à petit je me mets à avoir de plus en plus de 13 de griselis sur le chemin
c'est des traces énormes, il y en a de partout
il faut s'adapter, dès que j'ai peu de visibilité sur le chemin
je me mets à chanter, à crier, à faire du bruit pour que les ours sachent que je suis là
un jour je me retrouve, j'avance, je regarde mes pieds, je regarde pas vraiment autour de moi
je suis perdue dans mes pensées et je lève la tête
et là je me retrouve face à un petit ours vraiment pas grand
qui est face à moi, qui est complètement figé
moi je me fiche en le voyant et il est à 15 mètres de moi
il bouge pas, je n'ose pas faire un seul mouvement
et on se regarde comme ça pendant de longues secondes
et je me rends compte qu'il est très curieux et à la fois il a peur
et je me dis mais moi je reçois exactement la même chose
et c'est un peu un moment hors du temps, je regarde droit dans les yeux, je regarde droit dans les yeux
et au bout de quelques instants j'ai dû faire un mouvement ou quelque chose
et je le vois partir en courant dans la forêt
voilà c'est un animal qui dans notre imaginaire fait très peur
et en fait là où je suis je me rends compte qu'on est tous les deux dans le même environnement
et qu'on se partage un terrain et qu'on est tous les deux là pour la même chose
pour profiter de la forêt et manger ce qu'on peut manger
et qu'on peut tout à fait vivre dans le même environnement
si moi je fais les choses correctement, il n'y a aucune raison que je me fasse attaquer
ou que je me fasse manger par un ours
et j'arrive à la fin du Wyoming et là je me dis qu'il me reste plus que deux états à traverser
je me rends compte que toute cette partie des trois premiers états est passée très très vite
et j'ai envie de profiter et j'ai pas envie que ça se termine
et j'ai envie de continuer à marcher encore des semaines et des semaines
alors je ralentis un peu le rythme
je profite un peu plus de mes journées, je fais plus de pauses
et j'essaye de ralentir le rythme pour faire durer le plaisir le plus longtemps possible
quand je rentre dans l'Idao, j'ai encore une fois aucune information sur l'état
parce que je me suis pas vraiment renseignée
et j'ai aucun imaginaire sur cet état
c'est l'avant-dernière état, j'irai pas vraiment réfléchir
j'attends qu'une chose c'est d'arriver dans le montanal, dernier état
très vite, je me rends compte que ça va pas être aussi facile que prévu
parce que finalement c'est l'état dans lequel il y a le plus de dénivelé
les montagnes ne sont pas aussi hautes que dans le Colorado
mais c'est en permanence du dénivelé, tous les jours
en haut, en bas, ça monte, ça descend
le surnom de l'Idao sur le CDT, c'est les montagnes russes
c'est des montées très raides
on se demande qui c'est qui a tracé le chemin
parce qu'il n'y a aucun virage, ça monte 3 dans la pente
ça descend 3 dans la pente
et c'est ça en permanence tous les jours
c'est de nouveau très sec, donc il faut porter beaucoup d'eau
le sac il est lourd
et en plus de ça, c'est l'état où il y a le plus d'abandon
sur le chemin parce que c'est une partie
où ça fait très longtemps qu'on marche
on commence à être fatigué physiquement, psychologiquement
tout est un peu dur et on est encore loin du Canada
c'est pas tout proche, il reste plusieurs semaines, plusieurs mois
et autour de moi, les gens que je connais un peu
on est tellement peu sur le chemin
donc on sait qui est à 2-3 jours devant, 2-3 jours derrière
et là je vois tomber les gens comme des mouches autour de moi
les gens qui abandonnent, qui rentrent chez eux
là il n'y a plus personne autour de moi, je connais plus personne
et c'est dans l'idao que j'ai passé le plus de temps seul
j'ai fait une étape de 8 jours sans croiser un seul être humain
et il y a certains jours où je m'entraîne même à parler tout haut
parce que j'ai l'impression que je vais perdre ma voix
j'ai l'impression que je n'arrive plus à parler, que je suis enrouée
j'ai l'impression d'être seule sur Terre, que le monde extérieur n'existe plus
quand je rentre dans le Montana, ça fait une drôle de sensation
parce que à la fois je suis super fière d'être arrivée là
à la fois je me dis c'est bientôt fini
j'ai pas vraiment envie que ça se termine
les jours sont de plus en plus court
le soleil se couche de plus en plus tôt
les animaux font un peu leur dernière réserve
on voit beaucoup beaucoup plus de traces d'ours
parce qu'ils sont dans leur période d'hyperfavie
avant de libération et ils cherchent à manger tout ce qu'ils peuvent
je vois tous les petits écureuils faire leur réserve
c'est la fin, c'est la fin d'un cycle
la fin d'un cycle de l'été et la fin de moi m'a rendonné
donc ça correspond complètement à l'état d'esprit dans lequel je suis
la température je suis tellement que tout commence à geler autour
les rivières commencent à geler
la nuit j'ai mes bouteilles d'eau qui gelent
le matin mes chaussures, mes chaussettes qui sont mouillées
sont toutes cartonnées
quand je parle le matin, je suis en pantalon
je mets les gants, le bonnet
tout devient un peu plus lent
ça me permet de...
dans ma gâzinée tout ce que j'ai autour de moi
de vraiment réfléchir à tout ce que j'ai fait
tout ce que j'ai vécu
d'apprécier toutes les sensations qui sont autour
la dernière étape
elle se fait dans le parc national des glaciers
et c'est un endroit qui est magnifique
comme son nom l'indique il y a beaucoup de glaciers
c'est de la haute montagne
il y a des lacs, d'un bleu turquoise
on est en automne alors il y a une explosion de couleur
de jaune, d'orange, de rouge
les arbres sont vraiment toutes les couleurs
c'est magnifique
j'ai envie de retarder au maximum la fin
donc dès que je peux prendre un petit sentier en plus
dès que le long du chemin je peux faire un petit sommet en plus
m'arrêter à un lac je profite de toutes les occasions
à cet endroit là il y a énormément d'animaux
je vois des animaux que je n'avais pas encore vu jusque là
je crois des élan, des chèvres, des rocheuses
qui sont des énormes chèvres sur les chemins
je profite vraiment de tout ce que j'ai
parce que là ça y est le comptard-bour et il est lancé
et je sais que c'est bientôt terminé
et je sais que tout ça aura bientôt disparu
le dernier soir où je savais que je vais dormir
sur ce chemin
j'ai eu vraiment une montée de nostalgie et de tristesse
je ne voulais pas que ça se termine
je me suis couché dans ma tente et je ne voulais pas fermer les yeux
parce que je savais que la dernière nuit elle serait passée
j'ai fini par m'endormir
le lendemain matin je me réveille dans un état d'esprit complètement différent
je suis un peu euphorique
je mets 2 minutes 30 à plier le camp tout va très vite
j'ai envie d'avancer et je suis dans un état vraiment de déxcitation et de fourrie
je marche très très vite
je ne regarde plus du tout ce qui se passe autour de moi
le paysage
j'ai envie d'avancer, je vais arriver au bout
et je suis tellement heureuse
j'avance, je cours près sur le chemin
et je vais tellement vite que je me prends une racine
et je m'étale de tout mon long par terre
je perds mon sac à dos, ma casquette, mes lunettes
je tombe la tête la première par terre
j'ai de la boue sur le visage
j'ai les mains tout éraflées
j'ai tapé très fort les genoux
j'ai du mal à me relever
j'ai un peu la tête qui tourne
je m'assoie, je souffle
et je ne me rends pas vraiment compte si j'ai vraiment mal
ou si c'est juste un choc
et dans ma tête je me dis
si t'as mal, si t'as quelque chose de cassé
peu importe
même si tu dois y aller à 4 pattes, tira au bout
là on est tellement proche du but
que si tu dois ramper pour y aller
si tu dois marcher sur une jambe
si tu dois marcher sur les mains
c'est pas grave, tira quand même jusqu'au bout
je me remets dans le chemin
et là j'arrive
face au lac de Waterton
le lac de Waterton, il relie les Etats-Unis au Canada
c'est un lac immense
et je le vois devant moi
j'ai l'impression d'être au bord de la mer
il y a du vent, il y a des vagues sur le rivage
ça souffle ça
j'entends ce bruit des vagues
et je sais qu'il me reste
à peine quelques centaines de mètres
le long de ce lac
pour arriver vraiment à la frontière
et je longe dans la forêt
j'avance, j'ai vraiment le coeur qui bat
et d'un coup je me retrouve
face à ce monument
ce petit ovélisque
le même ovélisque
qui avait au départ, sur la frontière mexicaine
avec marqué en gros Canada dessus
et je vois ça
je m'arrête, je sais pas quoi penser
je sais pas quoi dire, je sais pas quoi faire
à la fois l'impression qu'il faudrait
qu'il y ait quelque chose d'exceptionnel qui arrive
à la fois il se passe rien
je suis toujours dans la forêt, toujours sur un chemin
toujours au même endroit
et là j'ai tellement de sensations
tellement de sentiments qui arrivent en même temps
je me mets à pleurer mais je sais pas vraiment pourquoi
je sais pas si c'est parce que je suis très heureuse
je sais pas si c'est déjà de la nostalgie
je sais pas si c'est de la tristesse que ce soit la fin
je pense qu'il y a de l'épuisement au milieu de tout ça
je m'assois et j'ai l'impression
que d'un coup mon corps dit ça y est
je t'ai emmené jusqu'ici
maintenant je veux plus bouger
c'est fini, me demande plus rien
et d'un coup je me mets à avoir mal
aux dos, aux épaules, aux genoux
et pour repartir de là je sais qu'il faut que je marche
une petite demi heure
et j'ai l'impression que c'est la plus grosse épreuve
que j'aurai à faire
j'ai juste envie d'être là face à ce lac
déchaîné
face à ces montagnes canadiennes
face à ces forêts qui sont flamboyantes
et c'était mon but
j'y suis arrivée
c'est fini
après avoir bouclé le continental
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et merci à vous de l'avoir écouté
Les Balladeurs est un podcast du média Les Ozzers
cet épisode a été réalisé par Tom Affir
accompagné par Inès Kochard
Le récit a été présenté par Clément Sacar
La musique est composée par Nicolas de Ferrand
Clou et Vibo s'est assuré du montage
et Antoine Martin du studio Chris Péricorde
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